Kalilou Seydou Moussa est Doctorant à EHESS Marseille. Socio anthropologue, enseignant à l’université de Tahoua, il a apprécié le nouveau gouvernement qui vient d’être mis en place par le Président de la République. Il apprécie également dans cet avis citoyen la gestion du pouvoir par Issoufou Mahamadou et ses camardes.

Je le trouve aussi pléthorique, bâti sur une logique de partage et budgétivore dans un pays où comme on le dit, « tout est prioritaire ».

Au-delà de ces constats que tout le monde partage pratiquement, mon esprit s’est dirigé sur deux autres aspects qui méritent bien une attention.

Mahamadou Issoufou et ses camarades semblent être de vrais génies en politique

Ils se jouent de tout le monde, de leurs alliés comme de leurs opposants. Ce n’est pas Hama Amadou qui dira le contraire ni Seyni Omar qui vient de nous donner la preuve. Le Président de la République sort toujours par là où on ne l’attendait pas, il maintient des positions que les citoyens n’arrivent pas souvent à comprendre, il semble faire fi des contestations et des cris de cœur mais, semble maîtriser tout le monde. En tout cas, il semble avoir toutes les cordes en main et dirige le bateau Niger dans la direction qu’il veut.

Mahamadou Issoufou semble être un homme fidèle

Des rumeurs ont couru sur une éventuelle division du parti PNDS, sur des conflits entre lui et ses camarades proches, on a parlé de contestations internes, certains ont même prédit l’explosion du PNDS avec l’arrivée du MNSD, mais les camarades tiennent toujours. Dans ce nouveau gouvernement, tous les portes feuilles ministériels stratégiques sont dans les mains de ces camarades de lutte : Bazoum à l’intérieur, Massaoudou aux finances (la situation financière exige un fidèle parmi les fidèles à ce poste), Foumakoye toujours au pétrole, Kalla Moutari à la défense, le plan est tenu par l’épouse d’un de ses fidèles, etc.

Dans un contexte politique hostile où les gens ne se font pas cadeau, Mahamadou Issoufou et ses camarades ont su tenir et imposer leurs marques, c’est un exploit politique qu’il faut souligner. Et puis, malgré tous les assauts, ils ont su rester fidèles entre eux et garder leur unité. Ce qui a manqué aux autres partis politiques.

Le problème est que, l’ingéniosité des camarades en politique et la fidélité dont ils ont fait montre jusque-là ne se jouent pas toujours en faveur du peuple car comme le dit l’adage « quand deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ». Le peuple observe, subit et attend la fin des luttes politiques pour que ses problèmes soient véritablement abordés. Malheureusement dans notre pays, la lutte politique ne s’arrête pas après les élections, elle est permanente et souvent sans pitié.

Il nous faut construire un système politique au Niger, qui permettra aux dirigeants politiques une fois élus, de se consacrer à la gestion du pays plutôt qu’à la lutte politique et politicienne. Nous avons besoin de génies, mais de génies pour construire notre pays. Nous avons besoin de fidélité, mais il faudrait d’abord et surtout rester fidèle au peuple et au Niger.

Kalilou Seydou Moussa, socio anthropologue Univeristé de Tahoua