Notre but, c’est d’en finir une fois pour toute, avec cette image dégradante du « vieux retraité » tassé sur une chaise à longueur de journée. L’objectif de cette réflexion est de les sensibiliser pour un retour dans leurs terroirs  en vue de contribuer au développement à la base de leurs communautés.

Quelques informations  et interrogations  sur les retraités    

  • Au Niger il y’a actuellement environ 22 000 retraités, civils, militaires et paramilitaires confondus (déclaration du Ministre de la Fonction Publique lors de sa visite à la CARENI) ;
  • Pour l’année 2016 le montant total de leurs pensions s’élève à environ 16 milliards de FCFA (déclaration du Ministre de la Fonction Publique lors de sa visite à la CARENI) ;
  • La plupart de ces retraités vivent dans les grands centres urbains  souvent  loin de leurs terroirs ;
  • Sur le plan sanitaire, Il y’a deux catégories de retraités : ceux qui sont malades et ceux qui sont en bonne santé ;
  • Il y’a lieu de réaliser une enquête afin de dresser une situation exacte sur les retraités. Cette enquête  permettra de connaitre entre autres informations : leur nombre exact, leur répartition par corps d’emploi,  le nombre de ceux qui sont en bonne santé, le nombre  ceux qui sont  un peu malades, le  nombre de ceux qui sont gravement malades, leur répartition géographique sur le territoire national, les activités qu’ils exercent , le nombre de ceux   qui peuvent être encore actifs et servir au développement  de  leurs terroirs ; ces données peuvent servir de base pour prendre des décisions motivées sur les retraités ; par exemple on peut venir en aide à ceux qui sont gravement malades et qui n’ont pas de soutien familial ;
  • De même Il y’a lieu de faire une étude pour connaitre les raisons profondes qui empêchent aux retraités de retourner dans leurs terroirs une fois admis à faire valoir leurs droits à la retraite ; lorsque les obstacles  seront identifiés ,ils sera facile de les lever en vue d’un retour massif des retraités.

Pourquoi les retraités doivent retourner au terroir ?    

Les retraités doivent  regagner leurs terroirs  pour leur propre intérêt et pour l’intérêt national. Les principales raisons qui justifient le  retour des retraités dans leurs terroirs sont les suivantes :

  • Un des problèmes majeurs qui entravent le processus  de  décentralisation est  le manque  cruel de ressources humaines qualifiées  pour la mise  en œuvre  d’un réel  développement à la base ;
  • Le processus de décentralisation va rentrer dans sa phase de croisière avec le transfert imminent des ressources et compétences aux conseils communaux et régionaux dans les secteurs de l’éducation, de l’hydraulique, de la santé et de l’environnement ; c’est maintenant qu’on a plus que jamais besoin des retraités sur le terrain ; ils n’ont pas  de place dans les fadas dans les centres urbains ;
  • Les retraités sont des ressources humaines précieuses pouvant grandement et efficacement contribuer au développement à la base ; actuellement ils  servent peu ou pas au développement  du pays ;
  • Le système éducatif national étant en panne depuis un certain temps, il produit des cadres d’un bas niveau, qui ne sont pas performants sur le terrain ; les retraités peuvent aider à palier  à cette insuffisance ; ils peuvent jouer le rôle  d’assistants techniques ;
  • Ils peuvent aider à l’encadrement des populations dans  divers  secteurs tels que : agriculture, élevage, hydraulique, protection de l’environnement, santé, l’éducation,  sécurité ;
  • Les retraités des secteurs administration et finances peuvent apporter leur contribution pour une bonne gestion des communes qui  sont actuellement  tenues par un personnel souvent non qualifié, ce qui  a occasionné de sérieux problèmes  de gestion dans beaucoup de communes ;
  • Ils peuvent se faire élire conseillers et participer aux débats politiques au sein des conseils communaux ou régionaux ; compte tenu de leurs diverses expériences,   ils peuvent  amener les conseils  à prendre des décisions motivées, réalistes, réalisables et  pertinentes ;
  • Ils ont le devoir moral de partager leurs expériences avec leurs parents qui les ont soutenus jusqu’à devenir ce qu’ils sont aujourd’hui ;
  • Ils  peuvent tirer une satisfaction morale  en mettant à profit les dernières années de leurs vies au service du développement de leurs terroirs ; le Prophète SAW a dit : « la vraie richesse d’un homme en ce monde se mesure au bien qu’il fait autour de lui» ;
  • Ils retrouveront la joie de vivre heureux parmi leurs parents amis et connaissances parce qu’ils sont dans une ambiance conviviale;  la vie en milieu rural est moins stressante qu’en milieu urbain ; ces personnes âgées ayant une santé fragile seront moins exposées  aux maladies

NB : l’objectif de ce retour des retraités ne sera atteint que si les communautés d’accueil reçoivent «  ces étrangers »  à bras ouverts et facilitent leur réintégration.

Cadres d’intervention possibles pour  les retraités et quelques exemples  d’actions qu’ils peuvent mener    

  • Les retraités peuvent mener des activités à travers : les organisations paysannes, les Projets, les ONG, les chambres d’agriculture, les groupements d’intérêt économique ;
  • Ils peuvent monter des micros projets et chercher des financements pour réaliser des actions  au profit des populations ;
  • Ils peuvent s’associer pour créer  des établissements privés : d’enseignement, de santé et  de sécurité  (retraités militaires et paramilitaires) ;
  • Ils peuvent également mener des activités de productions agro sylvopastorales  pour ceux qui ont des terres et des animaux ;
  • Ils peuvent être contractuels dans les secteurs de l’éducation, de la santé de l’administration  et autres ;
  • Les retraités militaires et paramilitaires peuvent  collaborer avec les forces de défense et de sécurité  en matière avec  de  renseignements   pour assurer la sécurité de la population.

Mesures d’accompagnement pour le retour des retraités dans leurs  terroirs  

L’état a beaucoup à gagner de ce projet de  retour des retraités. Pour les encourager  à partir, l’état  doit créer pour eux des conditions de vie et de travail attrayantes, en prenant entre autres les mesures suivantes :

  • Faciliter la prise en charge de leurs soins de santé ;
  • Leur faciliter la création des différents établissements et structures sus évoquées ;
  • Leur faciliter l’acquisition de financements pour les porteurs de micro projets, à travers les banques ou les partenaires au développement ;
  • Décentraliser le payement des pensions jusqu’au niveau communal pour limiter au maximum leurs déplacements pour toucher leurs pensions ;
  • Attribuer aux retraités  un quota de conseillers au sein des conseils communaux et régionaux ;
  • Attribuer des parcelles avec des conditions souples de payement par les communes aux retraités candidats au retour ;
  • Construire des logements sociaux dans les villages en vue de faire bénéficier les retraités qui n’ont pas de maisons chez eux ; le problème de logement est certainement une des raisons qui empêchent les retraités de retourner à la maison ;
  • Continuer l’électrification rurale pour qu’à moyen ou long termes tous les gros  villages du Niger soient électrifiés ;
  • Couvrir tous les villages du Niger par le réseau internet.

Mr Issa HAROUNA, Agronome. iharouna15@yahoo.fr