De la prison au parlement. Quel plaisir pour un homme politique ! Ancien ministre, réélu député national en prison, cet infirmier d’Etat a du vent en poupe. Grand mobilisateur devant l’éternel, à Lumana le leadership de Soumana Sanda est incontestable. Il a bien voulu répondre à nos questions sur son emprisonnement, son observation sur la gouvernance du président Issoufou, ses rapports avec Hama Amadou et son parti Lumana Fa Africa et bien d’autres questions d’intérêt national.

Niger Inter Magazine : Vous venez de reprendre votre place au parlement après un séjour à la prison de Say. Quel sentiment vous anime présentement ?

Député Soumana Sanda : Le sentiment d’un homme politique qui malgré les persécutions refuse de renier ses convictions, d’un homme qui est fier de son leader et qui croie profondément en lui et à toutes les valeurs pour lesquelles il se bat depuis toujours.

Niger Inter Magazine :      La prison est un lieu de méditation par excellence, dit-on. En tant qu’homme politique quelles leçons aimeriez-vous partager avec nos lecteurs dans la marche actuelle de notre pays ?

Député Soumana Sanda : Que la prison reste le meilleur cadre de réflexion pour tout homme politique quant il y va pour ses opinions. C’est une grande école de la vie qui vous rapproche de votre Créateur, de votre famille et de vos militants et qui vous permet d’acquérir le réflexe d’aider votre prochain car les lieux de détention regorgent des nécessiteux. A la lumière de toutes ces vertus propres aux prisonniers politiques, je suis attristé  par la gouvernance actuelle qui  ne privilégie en rien le bien-être des populations. Le Niger va mal, très mal et comme solution on semble vouloir nous proposer l’insouciance et l’indifférence.

Niger Inter Magazine :      Votre parti LUMANA FA AFRICA constitue la principale force de l’opposition après le départ du MNSD NASSARA pour la majorité. Que répondez-vous à ceux qui parlent de la fragilisation de l’opposition notamment avec l’absence de Hama Amadou du pays ?

Député Soumana Sanda : L’opposition est plus forte que jamais car ce sont les gouvernants qui font l’essentiel de son travail de mobilisation. Hama Amadou ce n’est pas seulement par la présence qu’il mobilise, mais aussi par l’esprit, il n’a jamais été aussi près des Nigériens que dans cette situation inédite qu’il a vécue.

Niger Inter Magazine :      Notre pays connait une situation assez morose au sortir des élections générales. A en croire les autorités en place la sécurité pèse lourd sur le budget national notamment avec la lutte contre Boko Haram. Partagez-vous cette version des faits ?

Député Soumana Sanda : Nous sommes tous d’accord qu’il faut sécuriser notre pays, et que pour cela il faut y mettre le prix, mais cela constitue la mission régalienne de tout gouvernement. Ce qui n’est pas acceptable, c’est de ne pas avoir une planification raisonnable de gouvernance, comme un gouvernement pléthorique de 43 membres sans les ministres sans portefeuilles.

Niger Inter Magazine :      Entre autres griefs faits à la COPA 2016 pendant les élections c’est le fait d’appeler en même temps au boycott des élections tout en maintenant Hama Amadou comme candidat. Avec le recul comment expliquez-vous un tel ratage ?

Député Soumana Sanda : Il ne s’agit pas de ratage du tout, mais d’une stratégie qui a bien payé, celle qui a consisté à imposer un 2éme tour à un Président de la République en exercice  avec comme challenger un prisonnier.

 Notre rôle était de ne pas laisser de terrain de facilité à l’adversaire qui était prêt à tout pour se maintenir à travers un plébiscite dès le 1er tour.

Niger Inter Magazine :      Votre parti a toujours soutenu que l’affaire dite des bébés importés ne vise que votre leader Hama Amadou. En tant que démocrates votre parti n’aurait-il mieux agi en laissant la justice aller jusqu’au bout de ce dossier en ce sens que votre président dispose d’une défense à même de le défendre sur toute la ligne ?

Député Soumana Sanda : N’est-ce pas ce que nous avions fait ? Malgré le caractère hautement politique confirmé par les dire de certains ténors du PNDS eux-mêmes, nous avions suivi toutes les procédures en la matière.

Niger Inter Magazine :      Pour revenir aux raisons de votre détention, vous avez, comme qui dirait, défié l’Etat le 13 novembre 2015 en prononçant votre discours pour accueillir Hama Amadou à Niamey. Que répondez-vous ?

Député Soumana Sanda : j’avais plutôt exercé un droit constitutionnel, demandé aux militants d’aller accueillir pacifiquement leur leader.

Niger Inter Magazine :      A votre sortie de prison vous avez réitéré votre soutien inconditionnel au leadership de S.E Hama Amadou. D’aucuns reprochent à M. Hama Amadou de prendre des risques mesurés dans votre lutte contre le ‘’gurisystème’’. Est-ce qu’il vous est arrivé de rappeler votre président à l’ordre en l’intimant de s’investir dans la lutte politique sur le terrain ?

Député Soumana Sanda : Je le réitère également dans vos colonnes.  Hama n’a jamais manqué d’assumer son rôle de leader dans le combat que nous menons, tout ce qu’il fait c’est en concertation  avec nous et à notre demande.

Niger Inter Magazine :      L’argument de ‘’coquilles vides’’ n’est-ce pas un alibi pour justifier votre rupture d’alliance avec le PNDS Tarayya ?

Député Soumana Sanda : c’était surtout la trahison dont nous avions été victimes qui en est la cause.

Niger Inter Magazine :      Si c’est à refaire quelles sont les conditions de possibilité d’une autre alliance LUMANA/PNDS ?

Soumana Sanda : Je n’en vois aucune au stade actuel.

Niger Inter Magazine :      Vous êtes sorti de prison avec une condamnation. Ce qui pourrait entacher votre carrière politique. Si le juge vous a condamné n’est-ce pas que les faits qui vous sont reprochés sont constitués ?

Député Soumana Sanda : Laissons les questions de justice aux avocats, moi je suis un homme politique qui a toujours inscrit ses actions dans le cadre des lois et règlements de la République.

Niger Inter Magazine :      Pouvez-vous citez au moins deux choses à l’actif du président Issoufou Mahamadou pour le bien du Niger ?

Député Soumana Sanda : Laissez-moi le temps d’y réfléchir.

Niger Inter Magazine :      En tant qu’ancien ministre de la santé du président Issoufou et pour l’avoir cotoyé  pendant la lutte contre le tazarce quelle impression  aujourd’hui d’Issoufou opposant historique et Issoufou chef de l’Etat avez-vous?

Député Soumana Sanda : Il faut assumer le passé élogieux et regretter ce qui se passe aujourd’hui.

Niger Inter Magazine :      D’aucuns voient en vous au Niger comme un Malema en Afrique du Sud. Comment entrevoyez-vous votre contribution au sein du parlement et de votre parti pour sortir le Niger de l’ornière ?

Député Soumana Sanda : Je reste avec humilité Soumana Sanda, le militant toujours en phase avec son leader qui a eu l’honneur de faire partie des représentants du peuple et qui entend jouer son rôle avec abnégation. Toute démocratie a besoin d’une opposition et mon parti est fier d’assumer ce rôle.

Niger Inter Magazine :      A vos heures perdues quels sont vos loisirs préférés ?

Député Soumana Sanda : La lecture, le sport et le jardinage.

Niger Inter Magazine :      Quelle est votre perception de la presse nationale ?

Député Soumana Sanda : elle contribue énormément à la promotion de la démocratie et de l’Etat de droit.

Niger Inter Magazine :      Que serait une véritable renaissance culturelle du Niger selon vous ?

Député Soumana Sanda : C’est un Niger dans lequel tous les citoyens sont traités de la même manière où le droit de chacun est respecté.

Niger Inter Magazine :      Le leadership c’est le sacrifice, dit-on. Quelle a été votre meilleure motivation en prison ?

Député Soumana Sanda : L’évidence que tôt ou tard la vérité triomphe toujours sur le mensonge.

Niger Inter Magazine :      En tant que président de la Fédération Nigérienne de Taekondo depuis votre prison quelle a été votre réaction après la prouesse du jeune Alfaga ?

Député Soumana Sanda : De la fierté d’avoir contribué à assurer à notre pays un succès  qui a fait l’unanimité de toutes ses filles et de tous ses fils du Niger.

Réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane et  Abdoul Aziz Moussa