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« Le bashing est un néologisme d’origine anglophone utilisé pour décrire la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement un sujet ou une personne … »  (Wikipédia).

Toute proportion gardée, le Président Issoufou Mahamadou fait aujourd’hui face  à un « bashing » intense de la part de l’opinion nationale. Dans cette opération de « lynchage public », les réseaux sociaux, les médias et les artistes sont abondamment utilisés, ce qui donne une résonnance extraordinaire au phénomène.

Et pourtant, le président nigérien vient à peine d’être réélu avec + 92% des suffrages au second tour et dispose d’une majorité écrasante (139/171) au parlement. Normalement, avec des paramètres aussi déterminants, tout devrait aller pour le mieux. Mais voila que, ces derniers temps, le leadership du Président Issoufou est fortement contrarié, par une subite poussée d’adrénaline au sein de l’opinion nigérienne.

« Tayi tawri ! … »

Les salves proviennent de partout. Il n’ya pas un seul média, pro ou anti, qui ne rapporte chaque jour un fait qui alourdit le casier judiciaire de la « Renaissance ». Profitant d’une liberté d’expression chèrement acquise à la Conférence Nationale Souveraine, les nigériens prennent de plus en plus goût à ce jeu périlleux qui consiste à brocarder leur président sur la place publique, sans en mesurer les conséquences. Dans cette campagne de dénigrement, les mots « Gouvernement », « PNDS », « Renaissance », « Guri », « Socialistes », désignent alternativement une même cible : Le Président de la République Issoufou Mahamadou, présenté par un journal de l’opposition comme le « nombril d’un pouvoir morbide ».

A Niamey, c’est en effet le déchainement total. Rare de trouver là bas quelqu’un qui comprend et approuve ce qui se passe au sommet de l’Etat. Fait curieux, cela se passe à un moment où l’opinion nationale suspecte l’opposition politique d’avoir « déposé son bilan ». Est-ce le réveil de l’opinion, s’interroge un journal de la place ? Outre les termes choquants, tels que « Incompétence », « navigation à vue », « impunité », « violation des lois », égrenés quotidiennement et sans retenue dans les médias pour décrire « la Guri Gouvernance », s’ajoute une grosse fièvre sur le front social où des syndicats entretiennent une surchauffe permanente, relayés dans ce « harakiri », par une « certaine » société civile qui en rajoute, en dénonçant dans une récente déclaration, « l’amateurisme » du gouvernement et en appelant les nigériens à une marche le 21 décembre pour « redresser cette situation chaotique »…

On le voit bien, « ta yi tawri » de tous les côtés, le Président Issoufou Mahamadou est au pilori. « Le peuple » le prend au dépourvu et ne cesse de scander sous sa fenêtre des « ritournelles qui fâchent ». Acculé de toute part, le pouvoir n’ayant d’autres solutions pour baisser les décibels de cette symphonie lancinante et lugubre à ses oreilles, se raidit et s’en prend avec beaucoup de légèreté aux artistes initiateurs et propagateurs du slogan « Ta yi tawri ». « Ridiculose ! », s’indigne, dans un néologisme provocateur, un quotidien privé réputé proche du pouvoir.

Il n’ya plus de doute, les relations entre le Président Issoufou et l’opinion nigérienne ont atteint un stade de dégradation critique.

Recoller les morceaux …

Nombre d’observateurs estiment en effet que le Président Issoufou l’a bien mérité. Les nigériens ont du mal à gober la crise financière qui les accable individuellement alors que les barons de son régime se sont lourdement enrichis et leurs concubines circulent dans des 4×4 à Niamey. Non plus, ils ne comprennent pas pourquoi un gouvernement de 42 ministres, un Haut Représentant, des dizaines de conseillers avec rang de ministre, alors que les enseignants des universités, les enseignants contractuels et les étudiants cumulent des mois d’arriérés de salaires, de pécules et de bourses. Aussi, ils ont du mal à cerner la pertinence de certaines décisions prises par le Président Issoufou lui-même, telle celle de « limoger » le DG des Douanes et l’introniser « conseiller avec rang de ministre » le même jour.

Interrogé sur le désamour qui s’installe progressivement entre le Président et ses concitoyens, un de ses proches confirme en effet que le Président Issoufou en est profondément affecté et s’attèle présentement à « recoller les morceaux ». Et d’expliquer que, « C’est une situation conjoncturelle qui met en effet le Président dans une mauvaise posture, mais nous espérons que, dès le début de l’année 2017, quand la situation économique du pays va s’améliorer, nos compatriotes oublieront cet épisode… »

Il faudra alors faire vite. Car le bashing a des effets dévastateurs sur le moral du prince et de ses concitoyens. Récemment en France, François Hollande (Un ami au Président Issoufou) a été obligé de renoncer à un second mandat, suite à un bashing sans précédent sur sa personne qui a duré plus d’une année. Ailleurs sous d’autres cieux, le bashing  a provoqué des marches gigantesques qui ont débouché sur des « révolutions » ou des « destitutions ». C’était le cas hier au Burkina voisin, au Brésil et aujourd’hui dans la lointaine Corée du sud…

Mais les observateurs s’accordent à dire que le Président Issoufou a encore de bonnes cartes dans ses mains. Il peut inverser la tendance en faisant amande honorable, en envoyant un signal fort à l’opinion nationale, notamment en matière de lutte contre la corruption et l’impunité ou même, en décrétant « un cessez-le-feu général ».

Les analystes scruteront avec intérêt son discours du 18 décembre prochain pour savoir quelle réponse le Président Issoufou envisage-t-il dans le règlement du divorce qui l’oppose à son opinion.

El Kaougé Mahamane Lawaly