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 « C’est une honte pour nous, avec toutes nos richesses, d’avoir les enfants les plus malnutris du pays… », déclare M. ZAKARI OUMAROU, GOUVERNEUR DE LA REGION DE Maradi 

Le Républicain : Vous êtes à la tête de la région de Maradi depuis 8 mois, présentez-nous cette « région » que beaucoup de nigériens aimeraient bien connaitre…

M.ZAKARI OUMAROU : Sur le plan physique, la région de Maradi c’est cet espace de 330 000 km² situé à cheval entre les régions de Tahoua et de Zinder, quasiment au centre du Niger, parcourue par deux importantes vallées, celle du Goulbin Maradi à l’Ouest et celle du GoulbinKaba à l’Est. C’est une zone agricole, maraichère et commerciale par excellence, avec une partie nord très propice à l’élevage transhumant. Cet espace appelé donc « Région de Maradi » est administrativement divisé en 8 départements qui sont Aguié, Gazaoua et Tessaoua à l’Est, Mayahi, Dakoro et Bermo à Nord, Guidan Roumdji à l’Ouest,  Madarounfa au sud et la Ville de Maradi qui à certains égards fonctionnent aussi comme un département. Ces départements sont à leur tour subdivisés en 44 communes et arrondissements communaux. Actuellement la population de la Région avoisine les 4 millions, précisément un peu plus de 3 millions 920 mille habitants, répartis dans plus de 2000 villages, quartiers et tribus. La région de Maradi, c’est aussi deux sultanats, celui du Katsina et celui du Gobir. Les sultans sont secondés dans la hiérarchie coutumière de 31 chefs de cantons, de groupements et de communautés.

Sur le plan structurel, à l’agriculture et l’élevage, les deux principales mamelles de l’économie nationale, s’ajoute ici à Maradi, une troisième mamelle, celle du commerce et autres transactions économiques. D’où justement le statut de « capitale économique du Niger » dévolu à la ville de Maradi. La part du commerce dans le PIB régional n’est pas assez maitrisé, mais ce qui est sûr, le secteur du commerce joue un rôle très important dans l’économie régionale, tant en termes d’emplois, d’accès à la richesse et contribue aussi pour une meilleure résilience des populations de la région face aux chocs extérieurs, malgré des indicateurs démographiques défavorables.

Le Républicain: Justement parlons d’économie et de ce statut de « capitale économique ». Comment se porte aujourd’hui l’économie régionale ?

M.ZAKARI OUMAROU : Pour bien comprendre et apprécier les performances de l’économie régionale, il est important de la replacer dans son cadre macro caractérisé par, d’une part, son appartenance à l’économie nationale, et d’autre part, par sa forte extraversion, notamment avec le Nord du Nigéria. La récession qui frappe l’économie mondiale en ce moment s’est transformée en crise financière dans la quasi-totalité des pays africains. Cela s’est traduit au Niger et partout ailleurs, par un ralentissement des investissements. Nous gérons le programme Maradi Kolliya et celui-ci est en effet fortement impacté. De l’autre côté, l’arrivée de nouvelles autorités au Nigéria voisin a quant à lui mis fin à l’un des secteurs les plus prometteurs de la filière économique. Je parle du transit qui n’existe plus aujourd’hui, du moins sur sa forme classique. Nos recettes douanières sont passées de plus de 2 milliards par mois, à quelques centaines de millions aujourd’hui…Un autre aspect à verser dans ce registre, cette année, la campagne agricole n’a pas répondu à nos attentes et celles de nos vaillantes populations. 877 de nos villages agricoles sont déclarés déficitaires de 50 à 95%, ce qui expose environs 800 000 personnes à une insécurité alimentaire certaine. C’est une situation dramatique, d’autant qu’elle touche toutes les régions du pays… Conséquences sans doute du réchauffement climatique. Globalement, au vu des violents chocs extérieurs qu’elle subit et de par les indicateurs en place, on peut considérer que la région s’en tire plutôt pas mal sur le plateau national. Cela est dû sans doute à l’extraordinaire capacité de résilience des populations de la région de Maradi, qui contrairement à d’autres contrées, n’attendent pas l’apport de l’Etat pour organiser leur propre riposte et leur adaptation. Mais cela ne dédouane pas l’état de ses responsabilités et c’est pourquoi nous travaillons  sans relâche pour accompagner et dynamiser cette aptitude.

Le Républicain: Vous l’aviez dit, l’élevage constitue une mamelle de l’économie régionale à l’instar de l’agriculture et du commerce. Qu’en est-il du fameux conflit entre agriculteurs et éleveurs dans votre région ?

M.ZAKARI OUMAROU : Oui en effet le conflit entre agriculteurs et éleveurs est une préoccupation constante de toutes les autorités à tous les niveaux. La région de Maradi est justement une zone de récurrence de ce type de conflit. Fort des expériences capitalisées en matière de gestion de conflit, notre stratégie était alors axée sur l’anticipation. Nous n’avons pas attendu que les agriculteurs s’affrontent pour venir en pompiers ou en humanitaires. Très tôt j’ai engagé des consultations dans toutes les communes et dans tous les départements avec les corporations d’agriculteurs et d’éleveurs. Ensemble, lors d’une réunion tenue à Maradi il y a un peu plus d’un mois, nous avons de manière consensuelle fixé la date du 31 décembre 2016 comme date butoir à partir de laquelle les éleveurs peuvent transhumer dans les zones agricoles. Résultat, il y’a eu zéro conflit entre agriculteur et éleveur dans la région de Maradi.

Le Républicain : Vos prédécesseurs se sont souvent retrouvés empêtrés dans des querelles avec leurs collaborateurs. D’une manière générale quel rapport entretenez-vous avec les leaders d’opinion, les élus et les cadres de commandement par exemple ?

M.ZAKARI OUMAROU : Ben écoutez, c’est plutôt à tous ces collaborateurs qu’il faudrait poser la question. C’est à eux d’apprécier la qualité de mon management. En ce qui me concerne, ce que je puis dire, c’est que je ne ménage aucun de mes efforts pour que tout ce qui est prévu par l’Etat et ses partenaires soit réalisé intégralement et dans les délais. La première chose que j’ai faite, c’est d’abord instaurer un climat de confiance avec tous mes collaborateurs et tous les partenaires. Nous avons fait beaucoup de réunions au cours desquelles nous avons appris à nous connaitre et à mutualiser nos compétences. Moi je me définis plus comme un « manager » et non un « justicier » ou même un « inspecteur », bien que toutes ces « robes » fassent partie de ma panoplie.

A l’heure actuelle, je peux vous dire que la collaboration avec tous les acteurs est correcte et cordiale sur toute la ligne.

Le Républicain :   En dehors des discours officiels, votre fonction vous a amené à prendre la parole devant vos administrés, on imagine jusque dans les coins les plus reculés… de quoi les entretenez-vous assez souvent ?

M.ZAKARI OUMAROU : C’est vrai que le peu de temps que nous avions passé à la tête de cette région, nous a permis de la parcourir de long en large et d’en saisir les vraies préoccupations des populations et les réponses mises en place par celles-ci. La région de Maradi, comme je le dis toujours, est un vrai paradoxe. D’un côté on a une agriculture parmi les plus productives du pays, l’un des plus gros cheptels, une place des plus enviables sur le plan économique, mais à côté des indicateurs sociaux parmi les plus défavorables du pays. A titre d’exemple, l’ISF ici dans la région est de 7.8 enfants par femme alors qu’il est de 5.6 au plan national. Cela se traduit fort malheureusement par un fort taux de mortalité infantile et une forte prévalence de la malnutrition des enfants. Partout où il m’est donné l’occasion de m’entretenir avec les masses laborieuses, je n’ai cessé de leur dire que c’est une honte pour nous, avec toutes nos richesses, qu’on dise que nos enfants sont les plus malnutris du pays, car en effet c’est ce que disent les statistiques nationales.

Aussi, nos populations sont confrontées ces derniers temps, à un phénomène de grand banditisme. Les « richards des villages » comme on les appelle ici, sont régulièrement l’objet d’attaques armées par des bandits qui réussissent souvent à mettre la main sur le butin et tuer ou blesser leurs victimes, cela je dirai malgré des efforts inlassables que fournissent les patrouillent départementales et transfrontalières. Le dernier cas a eu lieu dans le département de Gazaoua où des bandits armés ont attaqué et tué un monnayeur et son beau frère, en emportant au passage une somme importante. Alors, partout où je passe j’attire l’attention de la population que la sécurité n’est pas qu’une affaire des forces de l’ordre. Les gens doivent être vigilants. Il est impensable qu’on dise que des voleurs viennent à moto, à 2 heures du matin dans un village, commettent des crimes et des forfaits, sans que personne ne soit alerté; cette campagne a été très payante car le réseau des malfrats qui sévit dans la zone vient d’être démantelé il y a de cela une dizaine de jours ; En effet, les bandits et leurs complices ont été arrêtés par les FDS de Maradi et de l’Etat voisin de Katsina et mis à la disposition de la justice.

Le Républicain : Autre sujet de l’heure, l’éducation … Qu’en est-il de la situation scolaire dans votre région ?

M.ZAKARI OUMAROU : Globalement, on peut dire que la situation est calme par rapport à ce qui s’est passé ailleurs dans le pays. Quand je suis arrivé, j’ai automatiquement engagé des consultations formelles et informelles avec tous les acteurs. J’entretiens un dialogue permanent avec l’ensemble d’entre eux, ce qui nous a permis ensemble de surmonter pas mal de situations difficiles que ça soit avec les enseignants contractuels, les enseignants des universités, les étudiants ou les parents d’élèves. C’est le lieu ici de féliciter le sens de la responsabilité et la maturité des acteurs de l’éducation de la région. Sinon, sur un tout autre plan, je dirai même que le système éducatif à Maradi se porte mieux que partout ailleurs dans le pays. L’enseignement supérieur est notre principal baromètre en la matière. Sur ce plan, Maradi est en train de se transformer progressivement en une sorte de « hub » de l’enseignement supérieur. En tout cas nous y travaillons pour qu’il en soit ainsi. On a déjà l’université publique Dan Dicko Dan Koulodo avec plus de 2000 étudiants, l’IUT ou l’institut universitaire de technologie, deux universités privées, l’université libre de Maradi et l’université Mariam Abacha dont nous venons de réaliser la pose de la première pierre avec la première Dame Dr Lalla Malika Issoufou ; une chose est sure, l’enseignement supérieur est en plein développement et Maradi offre en effet toutes les commodités pour le développement des filières supérieures.

Le Républicain : On ne peut plus parler de Maradi sans parler du « Programme Maradi Kolliya ». Où est-ce que nous en sommes présentement ?

M.ZAKARI OUMAROU : Le programme continue. C’était déjà pas conçu pour s’arrêter un 18 décembre, les travaux continuent dans beaucoup de chantiers, notamment l’aménagement de la tribune populaire, le siège du Conseil Régional, le siège de l’ORTN, le siège de la trésorerie régionale, l’aménagement des caniveaux. Pour une bonne part, tous ces chantiers qui fonctionnent sont détenus par des entreprises locales. Je profite de cette occasion pour féliciter et encourager le « patriotisme » de ces entrepreneurs locaux qui font aujourd’hui notre fierté.

Sinon je vous le concède, beaucoup de chantiers sont à l’arrêt. Les entrepreneurs prétextant qu’ils n’ont pas été payés par l’Etat, alors que dès le départ, les règles étaient claires. Notre plus grosse déception, c’est avec les chinois qui ont bénéficié des marchés des infrastructures parmi les plus emblématiques telles que la maison des jeunes, l’arène des jeux, l’Académie des Arts, des routes à bitumer et qui ne sont plus là aujourd’hui. C’est ce qui donne à la population cette impression d’inachevé, à juste titre d’ailleurs.

Malgré ce retard, dans la réalité des choses, on peut dire que le programme est exécuté à plus de 60% et son impact sur la vie socio-économique des habitants de Maradi est sans commune mesure.

Le Républicain : Un dernier mot à l’endroit de vos administrés et des nigériens d’une manière générale ?

M.ZAKARI OUMAROU : Bonne et heureuse année à toutes les nigériennes et à tous les nigériens.

A la population de la région de Maradi, je demande de redoubler d’ardeur et d’être vigilant sur la sécurité collective.

Propos recueillis par Bazo Maazou 

Le Républicain N° 2108