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Le ministre de l’Enseignement Primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des langues Nationales et de l’Education Civique M. Daouda Mamadou Marthé a fait, dans un point de presse, un aveu d’échec de l’école nigérienne caractérisée par un mal très profond. En effet, selon le ministre le niveau des enseignants est en chute libre d’où la nécessité d’une évaluation générale pour extirper les mauvaises graines de  notre école. Selon nos informations cette opération qui débutera en mars prochain au niveau des enseignants du primaire concernera également les autres ministères relevant du monde scolaire et de la formation jusqu’à l’université. Retour sur un échec programmé par les institutions de Bretton Woods.

Le ministre Marthé a décrit la source du mal qui relève au Programme d’Ajustement Structurel (PAS), ces mesures drastiques et fallacieuses imposées à nos pays dits en voie de développement il y a une vingtaine d’années. Pourtant les bailleurs de fonds instigateurs de ces mesures ont fini par avouer leur caractère inopérant ou disons-le, tout simplement leur échec.  Dans un pays comme le Niger selon un expert :  « L’impact spécifique des programmes d’ajustement structurel sur l’école s’est traduit entre autres par le départ massif des enseignants parmi les plus expérimentés à la retraite anticipée, dégarnissant ainsi des milliers de classes ; par le gel du recrutement dans la fonction publique de nouveaux personnels, enseignant aussi bien que technique, réduisant les structures et l’Etat à des solutions palliatives telles que l’engagement de vacataires et de contractuels ». C’est justement ce constat d’échec de ce diktat des institutions de Bretton Woods des années 1980 que le gouvernement via le ministre Marthé vient d’en faire un violent réquisitoire en lieu et place des enseignants qui ne sont en réalité que le résultat de ce fiasco programmé. L’on se souvient du dogmatisme de ces commis du FMI et de la Banque Mondiale de l’époque qui faisaient croire aux gouvernants du Tiers Monde que pour bénéficier de leur endettement, il faut absolument procéder à la liquidation des secteurs sociaux de base dont l’école et la santé. Notre pays qui reste chroniquement dernier en matière d’IDH a été plus que tout autre pénalisé par le PAS car nous avons besoin autant de la quantité et de la qualité. Au bilan, c’est contre toute attente que le gouvernement actuel vient de tirer la sonnette d’alarme : le système ne tient plus la route. La catastrophe en quelque sorte car des tests nationaux et internationaux ont mis en évidence la débâcle à travers le niveau très faible des enseignants. Le verdict est sans appel : des 72 000 enseignants de nos écoles primaires, 11,5% sont d’un niveau très faible à en croire le ministre Marthé. Ce dernier appel au retour aux fondamentaux à savoir la formation des enseignants dans les écoles normales. Ce qui n’est qu’un retour à l’ordre normal des choses car initialement non seulement ce sont les meilleures élèves qu’on envoyait dans les écoles normales mais aussi les enseignants constituaient des modèles aux yeux des écoliers. Ce n’est donc que partie remise si le passage des enseignants aux écoles normales (re)devient obligé.

A l’origine du pourrissement de la situation…

Pourtant, personne ne peut nier les efforts des autorités de la 7ème République pour l’école nigérienne. Elles en ont fait même assez. Du moins le régime actuel a investi dans l’école nigérienne dans certains cas plus que tous les régimes qui se sont succédé au Niger ! C’est un fait le régime d’Issoufou a construit des classes et recruté des enseignants plus que tous les autres.  Au parlement, récemment, à l’occasion de l’interpellation du Premier ministre (représenté par le ministre des enseignements secondaires), le débat avait achoppé sur le niveau des enseignants et l’on semble incriminé ces derniers oubliant le processus historique à savoir la contractualisation de l’enseignement après avoir vidé l’école publique de ses meilleurs cadres (retraite anticipée sur injonctions des bailleurs de fonds, la perversion appelée double vacation, la contractualisation…). Pour une question d’équité il faudrait indexer la faillite des réformes du système éducatif sur injonctions des partenaires techniques et financiers qui ont produit le système hybride actuel, inopérant et inconsistant. Le PAS est passé par là. Il faut avoir le courage d’incriminé le FMI et la Banque Mondiale qui avaient fait croire au monde à l’époque qu’en dehors de leur perspective point de salut. L’école publique a perdu toute crédibilité de sorte que même les parents à revenus moyens ont tendance à envoyer leurs enfants dans le privé dans l’espoir de garantir un minimum à leurs rejetons. On le voit, avec la mise au point du ministre Marthé aujourd’hui, il apparait clairement que les problèmes de l’école nigérienne sont structurels. L’alternative crédible serait qu’on se fasse violence et prendre courageusement l’école publique à bras le corps pour envisager une sorte d’états généraux de l’éducation. Du moins une rencontre des experts en éducation. Pour le reste, admettons qu’en l’état l’école publique nigérienne est plus que jamais inopérante. Tous les partenaires doivent revoir leur copie pour une alternative crédible aux exigences du monde scolaire… pour le bien du Niger.

Vers une alternative crédible pour l’école nigérienne ?

Le ministre Marthé a eu le courage de dire que ça ne va pas à l’école et comment il entend remédier à la situation. En cela il mérite le soutien de tous comme l’a suggéré le président des fondateurs des écoles privées. Mais il n’est plus question des réformettes. Le débat ne doit plus se limiter au payement des salaires et pécules comme pomme de discorde habituelle entre gouvernants et syndicats du secteur de l’éducation. L’approche doit être désormais systémique. Il faudrait considérer tous les paramètres pour une école d’essence nigérienne. Dans ce sens, le professeur émérite, l’historien nigérien Djibo Hamani confiait récemment au Républicain : « Le problème de notre école c’est que c’est une école étrangère. Ce n’est pas une école nigérienne.  » Et de préciser : « Le programme doit d’abord partir de notre pays selon nos besoins. Si nous avons besoin de produire du bon mil, du bon haricot ou de la bonne pomme de terre alors il faut former correctement les gens à satisfaire nos besoins en priorité. Le savoir exogène viendra après.  Je le dis ici l’école telle qu’elle est faite elle est mauvaise quoi qu’en pensent les responsables de cette école ». C’est dire que si l’on ose asseoir une école véritablement nigérienne il faudrait au préalable procéder à la rupture d’avec l’école actuelle telle que conçue par le colon pour le besoin de sa cause. Il faudrait se démarquer des objectifs surannés de l’école coloniale. Il s’agit de revoir le système éducatif nigérien ce qui appelle à une sorte d’états généraux de l’éducation bis. Si tant est qu’il est vrai que l’école doit participer au développement du pays alors l’école nigérienne ne saurait faire économie de son contexte, la réalité, les objectifs et besoins de développement du Niger. Par exemple, il est aisé de constater le caractère aléatoire du volet promotion des langues nationales et alphabétisation de notre école au regard de notre besoin pressant d’inverser la tendance en matière d’Indice de développement humain où notre pays est mal classé du fait de notre retard en matière d’éducation entre autres. Il va sans dire que pour que l’initiative salutaire du ministre Daouda Mamadou Marthé puisse être couronnée de succès, il urge de réfléchir en profondeur sur tous les maux qui assaillent cette école pour combattre le mal à la racine. Il est grand temps que les pouvoirs publics décident de l’orientation souveraine de notre école. Une école qui doit contribuer à booster le développement de notre pays comme attente majeure du peuple nigérien. Il faudrait simplement aller…au-delà des réformettes.

Elh. Mahamadou Souleymane

 

Le Pr Djibo Hamani à propos du système éducatif nigérien

« Cette école est un problème en elle-même. Quand vous employez les gens vous avez l’obligation légale et morale de leur donner leur dû, de les payer. Et surtout quand c’est un budget c’est-à-dire que cela est prévu ;  il faut donc payer les gens. Quand vous promettez la bourse aux étudiants il faut leur donner la bourse. Si vous ne pouvez pas ne promettez pas. Mais contrairement à ce que pensent nos ministres, députés, syndicalistes, étudiants et parents d’élèves le problème fondamental de l’école n’est pas là. Le problème de notre école c’est que c’est une école étrangère. Ce n’est pas une école nigérienne. Je le dis également à propos de notre université je dis que cette université n’est pas une université nigérienne. On peut l’implanter n’importe où ce sera son milieu parce que, dans une université nigérienne la première chose c’est de savoir en quoi elle peut servir le pays ? Le programme doit d’abord partir de notre pays selon nos besoins. Si nous avons besoin de produire du bon mil, du bon haricot ou de la bonne pomme de terre alors il faut former correctement les gens à satisfaire nos besoins en priorité. Le savoir exogène viendra après.  Je le dis ici l’école telle qu’elle est faite elle est mauvaise quoi qu’en pensent les responsables de cette école. De même les syndicalistes doivent aussi comprendre que ce n’est pas seulement une question de salaires ou de bourses car on pourrait payer tous les salaires et les bourses, si les programmes ne sont pas en adéquation avec la réalité, la culture du pays, l’histoire du pays, la civilisation du pays, les objectifs d’avenir du pays, la réalité, le sol et le climat, elle est vouée à l’échec. Par exemple le petit européen déjà à l’école primaire il pense à ce qu’il va faire. On voit des petits enfants faire des merveilles parce que déjà leur système leur a permis  d’avoir des objectifs et de se projeter dans le futur. Ici par contre finir l’université signifie très souvent aller au chômage. L’université doit former des gens avec des perspectives en adéquation avec les réalités, les perspectives du pays. Mais le problème de fond c’est le système éducatif qui est en cause. Il faut commencer par là tout en luttant pour avoir les salaires ou bourses. »

Extrait de l’entretien à bâtons rompus avec Pr Djibo Hamani, Le Républicain n°2105