« L’objectif aujourd’hui est non seulement de parvenir à une sanction de ces comportements criminels mais aussi de faire rentrer l’état dans ses droits. Alors là tous ses droits », déclare le procureur Chaibou Samna

Le procureur général de la République près le Tribunal de grandes instances hors classe de Niamey vient de faire une mise au point sur l’opération Maiboulala qui défraie la chronique. En effet, dans un entretien exclusif accordé à notre confrère Le Témoin, M. Chaibou Samna a clairement précisé l’objectif des arrestations en cascade des personnes impliquées dans des affaires de détournement des deniers publics. A en croire le procureur général, il ne s’agit nullement d’une chasse aux sorcières mais bel et bien d’une nouvelle dynamique encadrée par la loi visant à ‘’faire rentrer l’Etat dans ses droits’’. Décryptage.

S’agissant des affaires en cause, le procureur de la République a cité entre autres :  des dossiers de la Soraz, du barrage de Kandadji, du fonds de contrepartie Ministère du Plan , OPVN (Office des Produits Vivriers du Niger), de la CAIMA (Centrale d’Approvisionnement en Intrants et Matériels Agricole), de celui relatif à la mise à la disposition de certains commerçants, dans des conditions à élucider, de matériaux de construction, le dossier relatif aux conditions d’importation et de transit de certaines marchandises telles que le riz, les produits congelés, le dossier de l’Hôpital régional etc.

Et pour un début, on peut dire que la moisson n’est pas négligeable. Certes les Nigériens attendent une forte annonce. Selon le  procureur général, la source la plus autorisée : « A la date d’aujourd’hui nous pouvons estimer à plus de 500 millions de francs CFA le montant total récupéré. Il faut aussi noter les saisies pratiquées sur les comptes bancaires, sur les biens meubles et immeubles notamment les véhicules, les maisons, les parcelles. Tout est mis en œuvre pour que l’Etat rentre intégralement dans ses droits. Les juges d’instruction du pôle économique et financier ont été déjà saisis et je suis convaincu qu’ils poursuivront les actions combien bénéfiques pour notre pays. »

Certes le procureur n’a pas déterminé le nombre total de dossiers qui sont sur sa table mais les réseaux sociaux proches du pouvoir  annoncent plus de 300 affaires en attente. Il faut se réjouir de la réforme de la loi sur le détournement des deniers publics qui constitue un progrès certain par rapport aux pratiques connues jusqu’à une date récente. En effet, selon le procureur Samna désormais il n’est plus possible au juge ‘’d’accorder la liberté provisoire sous caution que si cette caution est au moins égale au montant de la somme détournée ou à la valeur des biens détournés, dissipés ou soustraits (article 138 nouveau du code pénal)’’. C’est dire que le temps est révolu où les indélicats viennent simplement rembourser une partie de la somme ou biens détournés et vaquer à leurs occupations en échange d’une liberté provisoire.

Un autre motif de satisfaction et de motivation à l’endroit des nigériens,  c’est la volonté politique affirmée des plus hautes autorités pour décidément combattre la corruption et infractions assimilées au Niger. Dans ce sens, l’attente des nigériens c’est de voir cette opération menée sur toute la ligne sans deux poids, deux mesures. Dans un pays qui s’appauvrit de plus en plus, il est inadmissible que la volonté de puissance de quelques-uns mettent en péril toute la nation en sapant l’intérêt général par le vol, la corruption, le clientélisme politique et le trafic d’influence. Dans cette perspective, le message du procureur général M. Chaibou Samna à l’endroit des citoyens est assez pertinent : « Les Nigériens doivent comprendre que l’Etat doit être seul à avoir le monopole de la violence légale et de la solvabilité. Il n’est pas concevable que les individus soient plus forts que l’Etat. Chaque Nigérien, à quelque niveau de responsabilité où il se trouve, doit se convaincre que c’est une chance qu’il a d’être à la place où il se trouve et que des milliers, sinon des millions de Nigériens aussi méritants sinon plus méritants auraient pu valablement être à cette place. Il faut que cette chance soit saisie pour faire de bonne œuvres non pas pour soi-même mais pour le bien du service et du pays en général. »

C’est dire que cette volonté du président Issoufou de tenir ses promesses à l’endroit du peuple nigérien doit être accompagnée et soutenue par les citoyens. Et pour avoir une idée de l’ampleur de la tâche, le procureur Samna alerte : « S’il fallait mettre en prison tous ceux qui sont poursuivis pour ces faits malgré le payement, il faudrait alors construire trois autres prisons à Niamey » !

Elh. M. Souleymane