Dire que notre capitale contient les pires formes d’insalubrité urbaine, c’est remuer le poignard dans la plaie. Mais ce côté enlaidissant est en profonde mutation car, depuis un certain temps, le rythme des journées de salubrité s’accentue. S’il est indiscutable qu’une nette  différence s’observe entre les associations de proximité, les unes uniquement motivées par des actions très portées sur les quêtes en vue de garnir des comptes bancaires individuels et les autres se vouant aux activités à caractère social de grande envergure, nous devons de louer le dévouement dont font preuve ces dernières. Tous ces regroupements de jeunes et de personnes âgées, impliqués dans ces œuvres utiles avec l’entrain indispensable, auront la grosse satisfaction morale à laquelle aspirent ceux qui se démènent pour vivre dans un environnement sain tel que garanti par la Constitution. Nous n’oublierons pas ceux qui ont pris le train en marche et qui commencent par se méfier de ces acrobates passés maîtres dans l’art de tuer dans l’œuf, tous les efforts méritoires qui renforcent ou accompagnent ceux de l’Etat.

Ce rythme s’est donc accentué, au point de faire penser à une concurrence positive entre associations. L’aspect le plus frappant est l’ampleur du terrain que gagne ce phénomène, au grand bonheur des citadins qui n’en demandaient pourtant pas autant. C’est un indice du changement de mentalité qui parcourt son petit bonhomme de chemin dans ce domaine. Fatigués d’attendre indéfiniment les promesses des Maires, les citadins ont dû se rendre à cette ultime évidence, que leur salut en matière de salubrité urbaine se trouve entre leurs mains. Ceci démontre brillamment que le nigérien n’est pas démuni du minimum de civisme comme certains s’égosillent à nous le faire avaler.

Ces nettoyages ravivent dans nos esprits de bons vieux souvenirs d’un régime un tantinet dictatorial, mais ayant réussi à nous inculquer des valeurs citoyennes évoquées parfois avec une certaine nostalgie. Même si c’est la mort dans l’âme qu’ils y sont parfois impliqués, sans avoir à se salir les mains, le boubou et en se pinçant le nez, quelques opérateurs économiques et des dignitaires au pouvoir ou dans l’opposition, apportent un précieux encouragement et accompagnent ces milliers de citoyens logés dans les quartiers populaires. C’est une belle instruction civique à ceux qui semblent avoir tout simplement abdiqué, face à une tâche dont ils avaient minoré la lourdeur tout en voulant bénéficier de la dignité diluée dans le titre de Conseiller municipal.

S’il est normal de se rassembler pour crier son mécontentement en jonchant les lieux de meeting de milliers de sachets d’eau et d’envahir clandestinement d’autres endroits par des tonnes de détritus , il est encore mieux d’inciter les producteurs de saletés à déclencher régulièrement le grand ménage. Attendre que les agents actuels de la municipalité s’en occupent, alors que leur enthousiasme se trouve fortement émoussé, le moral à leurs pieds et rongeant leur frein, c’est chercher midi à quatorze heures. Il est possible d’abolir de la gestion de la ville, toutes ces manœuvres dilatoires consistant à faire de vaines promesses à ces agents conduits, à leur corps défendant, au bout du rouleau. Aucun Président de conseil de ville, extraterrestre serait-il, ne peut relever le défi de rendre immaculée la totalité du territoire de la capitale, sans avoir fait une place de choix à la rigueur et à un réalisme sans faille. Nous nous trompons peut-être en pensant que quelque part, cela a dû échapper à certains, mais l’incivisme généralisé et le dérisoire niveau des recettes ne peuvent à eux seuls justifier des accumulations d’impayés de huit mois.

Comparativement aux visages peu reluisants qu’offrent ces agents municipaux de Niamey meurtris dans leur chair par l’exécrable situation qu’ils vivent, on peut déduire que leurs collègues des autres régions sont un peu mieux lotis et que les Maires de nos autres grandes villes sont d’impeccables gestionnaires. Réussir à imposer une salubrité démocratisée au sein de nos cités pour les besoins de la cause, nous permettra de nous acclimater progressivement à la nouvelle donne : payer nos taxes sans trop miser sur les Maires vers lesquels nous ne pouvons nous retenir de pointer un doigt accusateur. Cela ne servira peut-être pas à grand-chose parce que chez nous, même lorsqu’on a le dos au mur, la démission est perçue comme une sorte de lâcheté, quitte à devoir sortir par la petite porte, lorsque cela se corse.

Les autorités municipales ont le devoir de juger à leur juste valeur ces initiatives et faire en sorte que l’énorme économie qui en découle soit, au fur et à mesure, injectée dans d’autres secteurs où elles peinent à joindre les deux bouts : payer les salaires des agents par exemple. Gageons qu’elles ne se priveront certainement plus de ces opportunités qu’offrent ces initiatives et qu’elles les encourageront fortement en y attirant d’autres bonnes volontés. Ces habitants ont compris qu’étant à la base des saletés, leur premier devoir est de réparer le dommage sans se faire prier ; ils ont compris que leur mieux-vivre dépend aussi de leur participation à la dissémination d’idées novatrices, de leur prédisposition à poser des actes salvateurs et de se faire plaisir en vivant dans un environnement désormais assaini par eux-mêmes. Espérons que c’est le compte à rebours qui marque le début de la fin de leur calvaire. Montrer aux visiteurs, une nouvelle image de notre capitale, oui mais à la sueur de qui ? Motus et bouche cousu.

  Innocent Raphael