Auparavant expert international en énergie et pétrole pour le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Mahaman Laouan Gaya a pris la tête en juillet 2015 de l’Association des producteurs de pétrole africains (Appa), dont il est devenu le nouveau secrétaire exécutif.

Fondée en 1987 à Lagos, au Nigeria, cette institution désormais basée à Brazzaville, en République du Congo, compte à présent dix-huit pays membres.

Pour Jeune Afrique, Mahaman Laouan Gaya revient notamment sur la nécessité d’un véritable marché pétrolier africain capable de tenir tête à la concurrence internationale et sur la réforme à venir qui doit donner les moyens de ses ambitions à l’organisation.

Jeune Afrique : Vous achevez un séjour d’une semaine à N’Djamena, au Tchad. Quel était l’objectif de ce voyage?

Mahaman Laouan Gaya : Je suis venu rencontrer les autorités tchadiennes pour les entretenir du processus de réforme de l’Association des producteurs de pétrole africain (Appa) qui arrive à son terme. À la fin du mois de mars à Abidjan, en Côte d’Ivoire, un conseil de ministres va se tenir pour valider cette réforme. Celle-ci est motivée par le simple fait qu’après 30 ans d’existence, notre organisation n’a pas permis au pétrole d’avoir un impact sur l’économie réelle de nos États producteurs de pétrole.

Concrètement, en quoi consiste la réforme que vous évoquez ?

D’abord,il faut remettre l’organisation à plat, dans le contexte géopolitique pétrolier et énergétique mondial avec les défis que sont la baisse des cours et le coût des matières première qui donnent toujours l’Afrique perdante. Il n’y a que la finance internationale qui en profite.

Il y a aussi le défi climatique et la pauvreté énergétique. Au vu de cela, il faut de nouveaux objectifs stratégiques de façon à ce que cette organisation ait un impact sur le quotidien des Africains.

Pensez-vous aller vers la transformation au niveau local pour augmenter la plus-value, comme dans le cas des autres matières premières ?

Dans tous les cas, il faut que les Africains s’approprient de plus en plus leurs matières premières. Au niveau mondial, les pays africains membres de l’Appa pèsent pour 12% des réserves de pétrole, encore que ces chiffres restent contestables. Sachant aussi que l’Asie comme l’Amérique du Sud ont atteint ce qu’on appelle « le pic pétrolier », et ont donc des réserves qui s’amenuisent.alors qu’en Afrique, nous avons de la marge.

On n’a pas besoin d’aller chercher des majors américaines ou européennes qui ne pensent qu’à faire de la spéculation.

À l’heure actuelle, seuls 18 États africains produisent du pétrole alors que 52 pays ont des bassins sédimentaires susceptibles de contenir des réserves d’hydrocarbures. Vous voyez les perspectives qui peuvent s’offrir aux Africains. Nous pensons que nous pouvons organiser un marché pétrolier physique en Afrique, voire évoluer vers sa financiarisation.

Par ailleurs, malgré les 12% de la production mondiale que nous représentons, les prix sont fixés ailleurs. Aujourd’hui, on utilise le brent comme référence pour le pétrole alors que l’Angleterre ne produit pas une goutte de pétrole. C’est aussi un paradoxe qu’il faut corriger.

À quoi va ressembler la nouvelle organisation des producteurs de pétrole africains ?

Elle portera d’abord un nouveau nom. Elle s’appellera l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APO en anglais) avec comme instance suprême la conférence des chefs d’États. Jusqu’ici, elle se situait au niveau ministériel. Il s’agit de placer les défis que je viens d’évoquer à un niveau politique plus élevé.

Après la sécurité physique et alimentaire, la sécurité énergétique doit être le troisième défi de l’Afrique.

Après la sécurité physique et alimentaire, la sécurité énergétique doit être le troisième défi de l’Afrique. Notre organisation veut s’y attaquer. À partir du 1er avril 2017, le Tchad va prendre la présidence de l’organisation. Ce sera donc le président Idriss Déby Itno qui sera à sa tête, et non plus le ministre en charge du Pétrole.

Certains pays tels que le Nigeria ont plus de 50 ans de production pétrolière derrière eux. Malgré tout, est-ce que l’Afrique n’a pas aussi un retard en matière de transfert de technologie ?

Au-delà du transfert de technologie, c’est d’abord la question du transfert de compétence. Force est de constater que dans le cadre des négociations des contrats pétroliers avec des majors américaines ou européennes, nous sommes obligés de faire appel à des cabinets de consultants américains ou européens pour nous assister. Il est temps que nous soyons maîtres de notre destin.

Aujourd’hui, dans le cadre des négociations, on retrouve un homme politique un ou deux ingénieurs face à un état-major avec des avocats pétroliers, des techniciens de divers domaines pour négocier. Cela ouvre la porte à toutes sortes de malversations. C’est un paradoxe qu’on retrouve dans les mines et autres domaines, et auquel on doit mettre fin.

On n’a pas besoin d’aller chercher des majors américaines ou européennes qui ne pensent qu’à faire de la spéculation.

Des sociétés africaines comme la Sonatrach en Algérie, la NNPC au Nigeria et la Sonangol en Angola sont désormais en mesure de faire de la prospection. On n’a pas besoin d’aller chercher des majors américaines ou européennes qui ne pensent qu’à faire de la spéculation.

Les pays africains subissent de plein fouet la chute des cours du baril. Que fait votre organisation face à cette situation ?

C’est justement une des raisons qui expliquent la réforme que nous entamons. Que le prix du baril monte ou descende, le prix du carburant à la pompe ne change pas. Quand il y a hausse du prix du baril, ce sont les majors qui en profitent. Quand il baisse, ce sont les compagnies aériennes occidentales qui en profitent. Dans tout cela, c’est l’Afrique qui est la grande perdante et nous voulons mettre fin à cela en organisant un marché pétrolier africain.

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