• Affaire de famille
  • Une histoire franco-nigérienne
  • Enjeu humanitaire et profit commercial

Climat de terreur, de paranoïa, de suspicion et calomnie ; coups bas, peaux de bananes et corruption ; licenciements abusifs, gestion patrimoniale ; des agents toujours au bord de la crise des nerfs et des larmes…Voila l’atmosphère qui règne aujourd’hui au sein de la Société de transformation alimentaire (STA), une société agroalimentaire spécialisée dans la fabrication du Plumpy Nut, un complément destiné à la récupération des enfants malnutris. La STA a pour principaux clients l’UNICEF et Médecins sans frontières, qui distribuent ce produit dans les différents centres de récupération nutritionnelle (CRENI et CRENAS) du Niger, pour lutter contre la malnutrition des enfants. Au départ, la STA était plutôt spécialisée dans la fabrication d’un autre produit, « Vitamil », mais aujourd’hui elle fabrique du Plumpy Nut et ravitaille, au-delà du Niger, des pays voisins comme le Burkina Faso et le Mali. Ce qui explique la bonne santé financière actuelle dont jouit la STA. Ca, c’est le côté cour.

Côté jardin, tout est lugubre au sein à la STA, où il y a deux catégories d’agents : les bourreaux incarnés par la Direction Générale, qui gèrent la société comme s’il s’agissait d’un bien familial, au gré de leurs intérêts et humeurs et au mépris des règles élémentaires de gestion, parce que sans égard ni considération pour le personnel, encore moins, semble-t-il, pour les actionnaires. Du fait des pratiques de la direction, la STA est transformée en un véritable vestibule du roi, pour parler comme l’écrivain Ahmadou Hampâté Bâ, où on y trouve deux catégories d’agents : ceux qui viennent à la direction pour mentir, et ceux qui viennent parce qu’on a menti sur eux.

Nous pesons nos mots, et ce ne sont pas les sieurs N. M, S. M. ou encore G. J. qui diront le contraire. La liste des victimes d’abus de toutes sortes est longue au sein de la STA, mais penchons-nous pour le moment sur ces trois cas précis.

  1. M, jeté à la porte pour avoir sauvé la vie à de millions d’enfants nigériens malnutris

Le 20 février dernier, le sieur N. M. reçoit une lettre signée par le Directeur général de la STA, I.O.B, une lettre intitulée « Notification de licenciement », libellée comme suit : « Monsieur, par lettre en date du 16 février 2017, nous vous demandions des explications relativement à la perte totale de six milliards cinq cent quatre-vingt-sept millions neuf cent quatre-vingt-trois mille trois cent cinquante-neuf  francs (6.587.983.359, 57 F CFA) subie par la STA S.A, du fait des failles et des manquements de la qualité. En outre, nous vous rappelions par le même courrier que ces pertes ont été causées par un défaut de contrôle environnemental de travail et de respect des exigences clients de suivi. Or, en tant que Responsable Qualité STA, il vous revenait de veiller à ce que le contrôle environnemental de travail soit effectué, et que les exigences clients soient appliquées. Ce dysfonctionnement de la qualité et la perte consécutive subie par la société attestent d’agissements fautifs et d’une négligence claire de votre part, démontrant que vous n’avez pas assumé vos responsabilités et que vous n’avez pas rempli vos obligations…Aussi, nous avons le regret de vous annoncer que nous ne sommes plus en mesure de vous maintenir dans nos effectifs, et nous vous notifions par conséquent votre licenciement à compter de ce jour…Conformément à la réglementation appliquée, vous disposez d’une période de préavis de trois mois. Cependant, nous nous dégageons de cette obligation en vous versant une indemnité compensatrice de préavis correspondant aux salaires et aux avantages de trois mois…Voudriez-vous bien vous présenter le 28 février à nos bureaux pour signer le reçu pour solde de tout compte et pour la remise de votre certificat de travail conformément à la réglementation sociale ». Oui, vous avez bien lu : une perte de six milliards cinq cent quatre-vingt-sept millions neuf cent quatre-vingt-trois mille trois cent cinquante-neuf  francs (6.587.983. 359 F CFA )répartie comme suit : une perte financière de produit d’un montant de quatre cent quatre-vingt-sept million cinq cent quarante-huit mille cinq cent soixante-dix-sept  francs(487.548.577 FCFA)et une perte financière consécutive à 6 mois d’arrêt de production d’un montant de six milliards cent  millions quatre cent trente-quatre mille sept cent quatre-vingt-deux mille francs (6.100.434.782 FCFA). Tout cela au cours de la seule et très courte période allant de septembre 2015 à mai 2016, tel que notifié par le même DG I.O.B. dans une lettre d’explication en date du 16 février 2017 adressée à N. M.

 Avec des accusations d’une telle gravité, la place de N. M. n’est-elle pas plutôt derrière les barreaux, si tant est qu’elles sont fondées ? Sinon pourquoi attendre deux ans après les faits pour le licencier ?

 En fait de preuves, il n’en est rien. Effet, N. M. a occupé les fonctions de chef de service qualité jusqu’au 06 novembre 2015, date à laquelle il a été nommé Administrateur Provisoire de la STA pour une période de 3 mois, période au cours de laquelle il y a eu effectivement un incident suite à une contamination au Salmonelle (une bactérie très pathogène pour le consommateur) sur le lot 300715. Ce qui a entraîné un arrêt de la production le 14 août 2015, production qui a repris le 21 octobre 2015, après des investigations conduites par le même N. M. en sa qualité de chef service qualité justement. Comme on le constate, l’arrêt de production est de 2 mois et 7 jours et non de 6 mois, comme l’a démontré N. M.  dans sa lettre d’explication, preuves à l’appui. Comme l’atteste également le rapport d’investigation qui est entre les mains de la direction de la STA. Rapport qui prouve que N. M. est un travailleur bien qualifié et professionnel, car si réellement il y a eu des failles et des manquements dans ses contrôles, le lot contaminé allait tout simplement être acheminé dans les CRENI et distribué à des enfants, déjà malades. Nous vous laissons le soin d’imaginer les conséquences. En vrai professionnel, en travailleur consciencieux et dévoué aussi, N. M. a vite alerté la direction, allant jusqu’à recommander l’arrêt de la production, le temps de conduire les investigations nécessaires pour identifier et éliminer les dangers éventuels. Ce qui fut fait, car suite à cette recommandation, c’est le Directeur général lui-même qui a ordonné l’arrêt de la production.

De même, il est ressorti des investigations et des avis concordants des spécialistes que la source la plus probante de menace pour la production, était l’environnement de travail. C’est ainsi que, là encore, N. M.  a mis en place des actions de correction et recommandé une fois de plus à la direction générale la destruction pure et simple de la totalité du lot contaminé, pour éviter tout incident pouvant mettre en danger la santé, voire la vie des enfants qui auront à le consommer. Alors question, quelle attitude attendait la direction de la STA de la part de N. M ? Qu’il ferme les yeux et laisse passer et écouler le lot contaminé ? Que ce lot soit distribué dans les CRENI et consommé par les enfants ? Que ces enfants meurent par suite de contamination de ce lot ? Qui répondra alors de ces morts, pour ne pas dire de ces meurtres ?

Du reste, cet incident de contamination a été géré avec tellement de professionnalisme, de lucidité, de tact et du sens de l’anticipation (le rapport le dit explicitement), que le principal client de la STA, à savoir l’UNICEF, a renouvelé sa confiance à la société. Ce qui lui a permis de continuer à produire jusqu’à la date d’aujourd’hui. Pour dire que c’est par responsabilité morale et éthique que N. M. a recommandé l’arrêt de production et la destruction des 7811 cartons du lot d’une valeur de 219.192.282 FCFA et non 487.548.577 FCFA, comme mentionné dans la note de licenciement adressé par le DG à N. M. De même, selon plusieurs spécialistes de la question contactés par nous, l’arrêt de la production ne constitue pas une perte pour une entreprise agroalimentaire dans des situations de contamination microbiologique. Il est au contraire recommandé pour limiter les pertes et préserver la santé des consommateurs que sont les enfants de nos vaillantes populations rurales qui peinent à manger à leur faim.

En clair, n’ayant pas produit, la STA ne peut pas raisonnablement perdre 6.100.434.782 FCFA en 2 mois 7 jours seulement, alors même qu’aucun intrant n’a été utilisé.

Mais comme le dit l’adage, il n’y a pas de fumée sans feu. Et le vrai motif des lettres d’explication et note de licenciement adressées par le DG à N. M. est ailleurs. Il a pour origine l’Ordonnance N0 159/15 du 13/10/2015 du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey, une ordonnance de référé, qui nomme N. M, responsable qualité à la STA, en qualité d’administrateur provisoire, pour une durée de trois mois. Ce, à la demande des requérants. L’intéressé, ainsi que mentionné dans l’ordonnance et en vertu de l’article 160.2,1, 2, 3, a pour mission « la sécurisation des commandes, la maîtrise des cycles d’achat, la réduction de l’endettement et l’amélioration de la capacité d’autofinancement ». Nous reviendrons plus loin sur les causes mêmes de ce jugement qui nomme N. M, administrateur provisoire de la STA.

  1. M, licencié pour 2,43 Millions de rebus d’arachide non recouvrés sur 34 millions de rebus d’arachide placés auprès des commerçants
  2. M, lui a été remercié pour un motif qui sort de l’ordinaire, à savoir Manipulation de fonds non autorisée portant sur un montant de Deux millions quatre cent trente mille francs CFA. S. M. occupait les fonctions d’Assistant Approvisionnement Arachide à la STA jusqu’à cette date du 16 février 2017, où il reçoit une notification de licenciement, avec prise d’effet immédiat, signée des mains du DG : « suite à votre courrier du 28 décembre 2016, vous reconnaissez l’écart qui s’est dégagé sur le reversement de la revente de l’arachide « lot 301115 ». Nous vous avons adressé deux (02) mises en demeure, respectivement le 29 décembre 2016 et le 06 janvier 2017, afin que vous reversiez la somme de Deux millions quatre cent trente mille (2.430.000) francs CFA, mais force est de constater qu’aucune réaction de votre part ne nous est parvenue jusqu’à cette date…En conséquence, nous vous notifions par la présente, votre licenciement avec prise d’effet immédiat…». Voilà pour la notification de licenciement. Pour le motif invoqué, à savoir « Manipulation de fonds non autorisée », on verra dans les lignes qui suivent qu’il est tout aussi pompeux que fallacieux.

En effet, le 30 novembre 2015, la STA reçoit un lot de 1000 sacs d’arachide en provenance du Burkina Faso à travers un fournisseur bien connu. Après une analyse de tri affectant 278 sacs, le Laboratoire notifie à la direction de la STA que ledit lot n’est pas conforme aux spécifications internes en Aflatoxines. C’est ainsi qu’une fiche de non-conformité interdisant l’utilisation de la quantité restante a été établie par le service qualité et transmise au service approvisionnement arachide, où une tentative de récupération a été effectuée avec un essai portant sur 61 sacs, en vain. C’était le 31 mars 2016. Par la suite, une réunion interne a été convoquée, en présence d’un représentant du fournisseur, réunion qui a décidé de revendre la quantité restante à raison de 51.500 FCFA le sac. Par la même occasion, le fournisseur consent à faire une remise de 3.500 FCFA par sac, ce qui correspond à une facture d’avoir de deux millions cinq cent vingt-sept mille  francs (2.527.000 FCFA). Mais, qui mieux que S. M. connaît le circuit d’approvisionnement d’arachide ? Il fut alors, à l’unanimité, désigné pour chercher des acquéreurs pour les 661 sacs restants, pour une facture globale de  trente-quatre millions quarante un mille  cinq cent francs (34.041.500 FCFA), voir Facture (N° 0000371 du 07/04/2016), l’autorisant à prendre en charge cette quantité. En bon connaisseur du milieu, S. M. réussit sans difficulté à trouver trois acheteurs, tous très bien connus de la STA, qui eux aussi connaissent très bien le circuit et ont leurs entrées dans le milieu des femmes qui produisent la pâte d’arachide. Mission accomplie pour S. M, d’autant qu’il a eu la certitude que les versements se feront de façon progressive, au fur et à mesure des ventes, comme c’est toujours le cas en pareilles circonstances, du reste. Et S. M.  n’est pas à son coup d’essai. Marché conclu, comme dirait l’autre et S. M.  dressait des rapports réguliers au DG, pour lui rendre compte de la situation des versements, ainsi que des difficultés liées à la revente du stock restant. Mais au bout de 10 mois de stockage, la marchandise a fini par être atteinte de moisissure. Les femmes, qui ont aussi le sens des affaires, et donc de leurs intérêts, s’en sont détournées et les versements se font désormais de façon irrégulière, voire aléatoire. C’est le début des soucis pour S. M, qui passe le clair de son temps à traquer ses clients, qui eux passent le leur à traquer les femmes productrices de la pâte d’arachide.

Malgré ces difficultés, à la date du 19 décembre 2016, il ne restait que deux millions sept cent vingt-deux mille cinq cent francs (2.722.500 FCFA) à recouvrer, sur le montant total de trente-quatre millions quarante un mille  cinq cent francs (34.041.500 FCFA). En dépit de cette prouesse, le DG adresse une lettre à S. M, le sommant de s’expliquer sur le montant qui reste à recouvrer. Fort de sa bonne foi et sans se laisser démonter par cette attitude du DG, S. M. se démène comme un diable pour recouvrer le montant dû, allant jusqu’à joindre à sa lettre d’explication les reconnaissances de dettes dûment signées par ceux des acquéreurs qui ne se sont pas encore acquittés de leurs versements. Pour joindre l’acte à la parole, il fait retourner dans les magasins de la STA, les quantités reprises auprès des acquéreurs qui ne trouvent plus d’acheteurs à cause de leur qualité qui s’est fortement détériorée avec le temps. A la date du 29 décembre 2016, S. M. ne restait devoir à recouvrer que la somme de deux millions quatre cent trente mille  francs (2.430.000 FCFA), soit 7,14% du montant total. Tout cela ne lui a pas épargné les foudres d’un DG, résolument décidé à lui faire sa fête. Une première, puis une deuxième mise en demeure lui tombent sur la tête. Il comprend qu’il est sur la liste noire des indésirables, des gens à licencier. Ses collègues de travail l’ont compris aussi, mais personne n’ose parler au risque d’être la prochaine victime.

Pourtant, à travers sa démarche et ses initiatives, S. M. a permis d’éviter à la STA une perte de trente-quatre millions quarante un mille  cinq cent francs (34.041.500 FCFA), liée à la mauvaise qualité du lot susmentionné. Pour preuve, la quantité retournée dans les magasins, soit 31 sacs, après avoir tamisée, a été revendue à …20.000 FCFA, à H. G. D, un parent bien connu du DG…Allez comprendre !

  1. J, « chassé » de la STA pour avoir réclamé sa part du bonus
  2. J. est un ressortissant Sénégalais, employé de la STA en tant que Directeur d’usine. Lui aussi a été remercié, « chassé » de la STA comme un mal propre, au motif que la main d’œuvre n’a pas renouvelé son contrat du fait qu’il est un Sénégalais, alors même que son poste est réservé à un Nigérien…Mais, à regarder de près, la raison de son licenciement est ailleurs : il avait réclamé sa part de bonus. En effet, comme toute entreprise qui se respecte, la STA, après un chiffres d’affaires satisfaisant, pense à ses agents qui se sont investis corps et âme pour atteindre de telles performances.

C’est ainsi qu’une Assemblée générale en date du 25 juin 2012, a décidé d’accorder une prime de 60 millions aux personnels et 18 millions à la direction.

La direction a voulu faire main basse sur la prime de personnel en la déclarant caduque et G.J. en a réclamé sa part. A cet effet, le rapport du commissaire aux comptes en date du juin 2013, a permis de savoir que la prime de 60 millions n’a jamais été payée au personnel, alors que, contre toute attente,  la direction (Mme C. et le DGA I.O.B, qui n’est autre que le fils de la DG) n’ont pas hésité à empocher la rondelette somme de 26 millions au lieu des 18 millions qui leur ont été accordés. En plus, la direction a distribué une prime de 12 millions non décidée par l’Assemblée Générale, sur laquelle Mme C. et I.O.B. se sont encore octroyé 31%.

  1. J, las d’attendre, franchit le rubicon en demandant sa part. Une plaisanterie de mauvais goût, aux yeux de la direction générale qui, sans tarder, lui notifie son licenciement au motif que la main d’œuvre a refusé le renouvellement de son contrat (poste  réservé de droit à un nigérien et non à un étranger).
  2. J. n’a pas eu son bonus, mais comme lot de consolation, la direction de la STA a poussé la magnanimité jusqu’à lui offrir un billet d’avion Niamey-Dakar, gratuitement, en plus de ses droits. Consolation ? Cynisme plutôt, car derrière ce cadeau, se cache une volonté sournoise de précipiter son départ, le voir quitter le territoire national le plus vite possible pour rejoindre son Sénégal natal. Chevaleresquement, G. J. déclina l’offre. Cabri mort n’a plus peur de couteau, pour parler comme les Ivoiriens. G. J. a certes quitté la STA, il a certes fini par rentrer dans son pays, il n’en demeure pas moins que son poste est actuellement occupé par un autre Sénégalais. Un bémol à retenir dans cette audace de G. J, qui a permis de découvrir le pot aux roses. En effet, grâce à son action, le tort est a été réparé.

Les employés ont été mis dans leur droit, le trop perçu encaissé par la direction remboursé, chèque à l’appui.

A la STA, la gestion n’est guère orthodoxe, et bien des décisions et transactions se mènent « en famille ». Ainsi en est-il de la relation entre cette entreprise et une société dénommée E.Y.

E.Y SARL est une société unipersonnelle à responsabilité limité au capital de 1.000.000 F CFA, créée en 2010. Cette société est spécialisée en tout : achat, vente, transport…2010, c’est aussi l’année où le jeune I. O. B, fraîchement rentré d’occident, après de laborieuses études couronnées de diplômes aussi solides que variés, est admis au sein de la STA, en tant que stagiaire pour une durée de 18 mois, officiellement. Mais voilà qu’au bout de 3 mois de stage, il est bombardé DGA de la STA. Rien de surprenant, diront ceux qui connaissent les pratiques de cette entreprise, que dis-je, de cette vache à lait, dont la DG n’est autre que Mme C, mère génitrice de…I. O. B. Oui, mais quel lien entre I. O. B et la société E.Y SARL, demandez-vous ? Eh bien, La société E.Y, (SARL) d’un capital de 1 million a, comme unique actionnaire, le DGA de STA au moment des faits, en l’occurrence I. O. B, comme le démontrent les statuts et déclaration notariée de souscription et de versement.  Grâce à des subterfuges alors, I. O. B. a réussi à nouer et entretenir des relations commerciales entre la STA et E.Y SARL. Mais, le scandale est que la plupart de ces transactions ont été effectuées sans bon de commande  ni  bon de livraison  et avec un préfinancement de STA à hauteur de 160.336 710 FCFA. Les chèques de payements de E.Y sont signés par Mme C. (DG au moment des faits) et déchargés par Mr I. O. B. (DGA de STA au moment des faits).

Les auteurs de fautes aussi lourdes, de malversations, ayant fait l’objet d’inculpation pour abus des biens sociaux continuent à jouir en toute impunité des privilèges liés à leurs postes et se donnant même le luxe de licencier abusivement tous les employés qui viendraient à contrarier leurs intérêt personnels, au détriment de ceux de la société. Il faut aller à la STA pour le voir.

En effet, Il y a eu le cas N.M, 41 ans, marié et père de 2 enfants, engagé à la STA depuis 2006, puis S. M, 45 ans, marié et père de 4 enfants, engagé à la STA à la STA depuis 2013, et G. J. Ce dernier, très déçu de la STA et de l’inspection du travail est rentré au bercail. Quel sort pour les deux autres victimes de la machine à licencier de la Direction générale de la STA ?  « Nous n’entendons pas rester les bras croisés face à une injustice aussi criarde et grotesque. C’est pourquoi, depuis le jeudi 9 mars dernier, nous avons déposé une requête en licenciement à la justice. Donc, c’est le tribunal du travail qui va nous départager. Nous avons totalement confiance en notre justice et nous fondons l’espoir qu’elle va dire le droit, rien que le droit. Notre conviction est que S. M. et N. M. sont victimes de licenciement abusif. C’est un tort qui leur a été causé et ce tort doit être réparé par la justice », a martelé Me L. F. F, avocat de S. M. et N. M.

Revenons sur les raisons du licenciement N. M. pour dire que c’est essentiellement du fait de cette inculpation de I. O. B. et sa mère, qu’il a été nommé administrateur provisoire, ce, conformément à l’article 160.1 de l’AUSC qui dispose que « lorsque le fonctionnement normal de la société est rendu impossible, soit du fait des organes de gestion, de direction ou d’administration, soit du fait des associés, la juridiction compétente statuant à bref délai peut décider de nommer un administrateur provisoire aux fins d’assurer momentanément la gestion des affaires sociales ».

Ainsi, pour faire la lumière sur ce dossier et dans le souci de vous éclairer davantage, nous nous sommes rendus à la STA où nous avons trouvé des responsables qui ne se sont pas montrés coopératifs du tout. Pour la secrétaire du DG à qui nous nous sommes adressés dans un premier temps, le DG sera absent du bureau toute la journée du vendredi 10 mars (il semble qu’il est absent tous les vendredis). « En plus, il voyage à partir du lundi prochain ». Le SG de ladite société vers  qui nous nous sommes retournés, nous a répondu gentiment mais fermement qu’il ne dira pas un mot sur l’objet de notre visite sans l’accord du DG. De guerre lasse, nous nous sommes résolus à quitter les lieux sans avoir trouvé un seul vrai interlocuteur.

Entre une gestion chaotique des ressources et une avalanche de procès, la STA joue sa crédibilité et son avenir. Il appartient donc, dès aujourd’hui, à tous (pouvoirs publics, direction de la société et son conseil d’administration, personnel, partenaires, juges, etc) et à chacun de prendre ses responsabilités pour que vive ce fleuron de « l’économie humanitaire ».

La STA, entre profit et humanitaire

La Société de Transformation Alimentaire « S.T.A Niger » est une société nigérienne spécialisée dans la production et la commercialisation de produits alimentaires (farines) destinés à la prévention et au traitement des différentes formes de malnutrition infantile. Ainsi, pour répondre aux besoins importants du marché, STA produit aujourd’hui quasiment exclusivement du « Plumpy’Nut », un produit de la gamme Nutriset. Cette pâte énergétique à base d’arachide, prête à l’emploi et à haute valeur nutritionnelle est aujourd’hui très utilisée dans les situations de famine. Mais pas seulement, elle est aussi et surtout utilisée aujourd’hui dans le cadre de la récupération nutritionnelle des enfants au Niger, dans les CRENI et CRENAS répartis dans toutes les régions du Niger, en raison notamment des crises alimentaires récurrentes et du nombre sans cesse grandissant des réfugiés en provenance du Mali et du Nigéria voisins. Le gouvernement, avec l’appui de ses partenaires, ainsi que de nombreuses ONG à vocation humanitaire a ainsi ouvert des camps de réfugiés à Abala, Tabareybarey et Mangaizé dans la région de Tillabéri pour accueillir les refugiés maliens, mais aussi à Diffa pour ceux qui, chaque jour que Dieu fait affluent au Niger pour fuir les exactions de la secte islamiste Boko Haram, qui sévit au Nigeria, au Tchad et à Diffa.  C’est assez dire que la STA, est un pilier de la lutte contre la malnutrition. Les pâtes qui sortent de son usine sont principalement vendues à l’antenne nigérienne de l’UNICEF, qui se charge ensuite d’approvisionner les différents centres du traitement du pays. Elle couvre ainsi 53 % des besoins en compléments nutritifs pour les enfants au Niger, soit 370 000 enfants qui en bénéficient chaque année. Avec un chiffre d’affaires, de 8 millions d’euros en 2012, S.T.A a pour principal client l’UNICEF, qui enlève 80 % de sa production.

La STA a été créée en 2001 et Afrique Initiatives (fonds d’investissement créé par M. Michel Rocard) en est rapidement devenue actionnaire auprès d’autres partenaires Nigériens. ONYX Développement (holding de Nutriset) est entré au capital de STA en 2010, à hauteur de 25 %, et en assure aujourd’hui la présidence du conseil d’administration.

Pour rappel, en 2010, au Niger, la crise alimentaire a touché 7 millions de personnes, sur une population totale de 15 millions. Par ailleurs, la démographie nigérienne est une des plus élevées au monde avec une population qui double en 20 ans et une moyenne de 7 enfants par femme. La question de la malnutrition y revêt donc un enjeu crucial. En 2010, la France a consacré plus de 5 millions d’euros aux populations touchées par la malnutrition au Niger. Pour la crise alimentaire de 2012, la France a apporté un appui de 10 millions d’euros au PAM pour le Sahel et de 6,5 millions d’euros au dispositif nigérien de prévention et de gestion des crises (sur aide budgétaire).

C’est aujourd’hui cette épineuse question de la nutrition des enfants, domaine humanitaire par excellence, qui est victime de « gros appétits commerciaux ». C’est le lieu, pour tous ceux qui ne connaissent à fond ce dossier, de saluer la volonté clairement affichée ainsi que les initiatives des nationaux privés de se positionner et contribuer au développement de l’économie nationale et à l’industrialisation. C’est le lieu également de saluer et encourager l’action des juges et des pouvoirs publics, avec en tête, les plus hautes autorités du pays, pour sauver la STA des griffes de ces vautours et de la positionner comme société moderne, compétitive, un fleuron de l’économie nationale.

Gorel Harouna, Mutations N° 06 du Jeudi 16 Mars 2017