L’information fait le tour des sites internet depuis quelques heures. La rencontre à Paris entre les présidents Patrice Talon du Bénin, Issoufou Mahamadou du Niger et Vincent Bolloré, numéro 1 du groupe dont il porte le nom. Un sujet de discussion qui ne pouvait passer inaperçu entre les trois hommes : l’épineux dossier de la boucle ferroviaire entre le Bénin et le Niger et dont Vincent Bolloré en est un acteur et pas des moindres.

Les chemins de fer qui relient le Bénin au Niger seront-ils enfin réhabilités et le train sifflera t-il de nouveau entre les deux pays pour faciliter les échanges commerciaux? Aussi, le contentieux dans lequel se retrouve legroupe Bolloré et l’homme d’affaires Béninois, Samuel Dossou au sujet de la concession d’exploitation et de construction des infrastructures desdits chemins de fer entre les deux pays a-t-il trouvé un règlement profitable pour l’une et l’autre partie? Deux questions qui ont certainement trouvé une réponse définitive lors de cette rencontre de Paris entre les deux chefs d’états nigérien et béninois et Vincent Bolloré.

Le projet de boucle ferroviaire a pour objectif de relier le Bénin voire le Togo à la Côte d’Ivoire, via un réseau ferroviaire passant au Niger et au Burkina. Le 13 août 2015, le groupe français Bolloré, le Niger et le Bénin avaient signé les conventions de concession d’exploitation et de construction des infrastructures du chemin de fer reliant Niamey à Cotonou, correspondant au site de l’Organisation commune Bénin Niger des chemins de fer et des Transports (OCBN). La signature des conventions était intervenue quinze mois après les premiers coups de pioche, portés en avril 2014 par Bolloré sans autorisation juridique. Quelques semaines après cette signature, le groupe Africarail dont le président est Michel Biosso entame une procédure d’arbitrage contre le Bénin et le Niger auprès de la Cour Internationale d’arbitrage de la Chambre de Commerce internationale à Paris pour demander l’arrêt des travaux estimant détenir des droits sur ce projet de boucle. Toujours dans ce dossier, le site de Jeune Afrique publie le 26 mai 2016, un article dans lequel il informe que le Béninois «Samuel Dossou a de son côté obtenu l’arrêt des travaux sur le tronçon de l’OCBN, allant de Cotonou à Niamey, en raison de droits sur un projet plus vaste d’épine dorsale (via une convention cadre) et d’un appel d’offres remporté le 22 juillet 2010 (mais dont la concession n’a pas été finalisée) sur la partie ferroviaire. » Par un arrêt de la Cour d’Appel de Cotonou en date du 19 Novembre 2015, les travaux sur le chemin de fer reliant Cotonou à Niamey sont bloqués. Un coup dur pour le groupe Bolloré à qui la Cour d’appel de Cotonou ordonne « la cessation par Bolloré Africa Logistics de tous travaux entrepris sur le site de l’Ocbn à Cotonou, sous astreinte de 100 millions de F CFA par jour de résistance ». Le groupe français s’était plié à la décision juridique.

Patrice Talon s’implique

A sa prise de fonction en Avril 2016, le nouveau chef de l’Etat Béninois Patrice Talon hérite donc de ce sulfureux dossier. Très vite, il entreprend des discussions avec son homologue nigérien. Samedi 30 Juillet 2016, Issoufou Mahamadou accueille son hôte Patrice Talon. Au salon d’honneur de l’aéroport à Niamey où il a passé quelques heures, Patrice Talon déclare : «je suis venu voir le Président Issoufou pour évoquer avec lui des problèmes qui concernent le Bénin et le Niger, notamment les rails. C’est un sujet d’importance pour le Niger et le Bénin. J’ai entamé depuis quelques semaines un long processus de rencontres et de discussions avec les divers protagonistes, afin qu’on trouve une solution qui soit à la mesure de nos ambitions dans ce domaine». Avant ce déplacement à Niamey, Patrice Talon avait rencontré individuellement quelques jours plus tôt dans la capitale française Samuel Dossou et Vincent Bolloré les deux principaux protagonistes de ce dossier. A leur sujet, le chef de l’Etat déclarait toujours lors de ce bref séjour à Niamey qu’il est probable que «dans quelques mois, quelques semaines même que nous trouvions une porte de sortie. Je suis venu entretenir le Président des divers entretiens que j’ai eus avec les uns et les autres, et avoir son appréciation, son orientation afin que je puisse continuer ce qui depuis quelques temps me fait courir». Ces propos de Patrice Talon avaient à l’époque rassuré les uns et les autres sur un aboutissement heureux de ce contentieux. Des pistes de solutions s’ouvrent alors.

Quelle solution?

Dans cet imbroglio juridique autour du projet, des solutions s’offrent aux parties en présence. Toujours dans sa livraison du 26 mai 2016, Jeune Afrique nous informe que l’une des pistes possibles passerait par des discussions communes entre toutes les parties. «Toutefois, il existe plusieurs points de blocage. Parmi ceux-ci, l’un rend difficile toute conciliation: les travaux de construction déjà réalisés par le groupe Bolloré au Niger ont été faits sur la base d’un chemin de fer à écartement métrique (sur le même modèle que les parties déjà existantes), solution que rejette Africarail (car non adaptée selon lui aux transports actuels). Le Niger se serait à présenter au Bénin les résultats des réunions qui se sont tenues à Paris les 24 et 25 mai (dans les locaux du cabinet Betto Seraglini, conseil d’Africarail). La déclaration commune n’entrera pleinement en application que lorsque Cotonou l’aura validée.» Sommes nous donc à cette étape? Oui pourra t-on répondre dans la mesure où début Janvier 2017, Samuel Dossou et Vincent Bolloré ont trouvé selon «La Lettre du Continent» une issue favorable à ce contentieux à travers un règlement à l’amiable et qui permettra aux deux parties de reprendre les travaux pour le bonheur des deux pays.

Un exploit pour Patrice Talon

Le chef de l’Etat Béninois réussit en quelque sorte un grand exploit. Celui de trouver en accord avec les parties en conflit un accord louable. La rencontre de Paris en fin de semaine écoulée est donc le point de départ d’une nouvelle ère dans ce dossier de concession d’exploitation et de construction d’infrastructure des chemins de fer entre le Benin et le Niger. Vincent Bolloré qui a déjà fait ses preuves dans nombreux projets sur le continent sera donc aux côtés de Samuel Dossou et des parties nigériennes pour la concrétisation de ce rêve cher au deux pays, le Niger et le Bénin. Il faut saluer la volonté des deux chefs d’états, Patrice Talon et Issoufou Mahamadou qui, chacun de son côté non seulement réussi à préserver le climat des affaires dans les pays respectifs mais aussi dans la sous région afin de permettre une fluidité dans les échanges commerciaux. Comme annoncé, Patrice Talon a réussi semble t-il à faire aboutir ce dossier qui le faisait courir. Les prochaines heures nous en diront davantage.

Christian ALLIKI

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