Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, accueille ce lundi 10 avril 2017, un sommet extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (l’UEMOA). Comme plat du jour, les   dirigeants des huit pays qui composent l’institution se pencheront sur sa situation économique et financière, sans occulter les « questions liées à la rationalisation des organes de l’Union, précise la présidence ivoirienne, dans le sens du renforcement du processus d’intégration ainsi que les aspects politiques et sécuritaires. » C’est dire que grosso modo, les chefs d’Etat aborderont toutes les préoccupations de l’heure au sein de cet espace dont l’une des caractéristiques est l’usage d’une monnaie unique : le F CFA. Cette session extraordinaire se tient donc, somme toute, bien à propos. En effet, si la tempête du front  anti-FCFA qui a secoué la vingtaine de pays du continent ayant en partage cette monnaie, courant janvier-février 2017, s’est apaisée, il n’en demeure pas moins qu’à l’occasion de cette réunion des décideurs, le sujet soit abordé. Mais, du fait que le sujet divise au sommet, il pourrait être reporté aux calendes grecques, face à la situation de récession que connaissent les huit Etats. Venons-en alors aux questions économiques et financières de l’Union, pour dire que ledit sommet extraordinaire intervient dans un contexte où la locomotive de l’institution, à savoir la Côte d’Ivoire, a mal à l’un de ses principaux piliers économiques qui est le cacao. La chute du cours de cette matière première de 25% environ, en un trimestre, et qui s’est répercutée sur le prix d’achat aux producteurs, ne présage rien de bon pour un pays qui tire la moitié de ses recettes d’exportation dans la commercialisation de cet or brun. Alors que l’on dit que quand la Côte d’Ivoire éternue, les autres pays de l’Union s’enrhument, du fait de son poids économique avec une contribution estimée à 32 à 40% du PIB de l’UEMOA.

L’Union a encore du chemin à faire

Sans doute que ce sommet extraordinaire est aussi d’une grande importance pour les deux voisins du Nord de la Côte d’Ivoire : le Burkina Faso et le Mali qui, en plus de la mauvaise passe économique dans laquelle ils se retrouvent, risquent de subir le plus, les effets domino de cette ‘’crise cacaoyère’’. Cela dit, si ‘’les aspects politiques et sécuritaires’’ sont inscrits dans l’agenda de cette session extraordinaire, l’on devrait s’attendre, bien évidemment, à ce que les questions de la lutte contre le terrorisme et la situation politique en Guinée-Bissau occupent les débats. En ce qui concerne le terrorisme, c’est peu de dire que le phénomène prend de l’ampleur dans l’espace communautaire. En dehors du Bénin, du Togo et de la Guinée-Bissau, tout le reste est visiblement dans l’œil du cyclone. Rappelons qu’hormis le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont déjà été victimes d’attaques terroristes. Quant aux trois derniers cités, les terroristes les ont ‘’frappés’’ plus d’une fois. Nul besoin de dire que ce contexte d’insécurité presque généralisé a des répercussions dommageables sur l’ensemble des pays de l’UEMOA, en ce sens qu’en plus de freiner l’intégration des peuples, c’est l’économie du tourisme pour ne pas dire que c’est le développement économique, tout court, qui prend un coup. Au plan politique, la Guinée-Bissau est en passe de devenir la métastase de l’Union, avec ses incessantes crises politiques exacerbées par une sorte de guerre d’ego entre les dirigeants, et il est peut-être temps, pour l’UEMOA, de siffler la fin de la recréation. Par ailleurs, il y a, sans doute, en ligne de mire de cette rencontre d’Abidjan qui entend évoquer la rationalisation des organes de l’Union, la succession du Sénégalais Cheikh Hadjibou Soumaré, président de la commission de l’UEMOA, démissionnaire depuis décembre 2016 mais toujours maintenu à son poste à cause des querelles byzantines entre les pays qui lorgnent le poste. A cela, il faut ajouter le problème du poste de vice-gouverneur de la BCEAO, qui suscite aussi beaucoup de convoitises entre pays membres. Cet état de fait prouve, si besoin en était, que l’Union a encore du chemin à faire pour se positionner comme une institution digne de ce nom, à l’image de l’Union européenne (UE) avec laquelle elle prétend avoir des similitudes. Il est à espérer donc que la rationalisation des organes permette de régler une fois pour toute, la question de désignation des dirigeants de l’institution et de son institut d’émission, à savoir la BCEAO.

Drissa TRAORE

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