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L’université Abdou Moumouni (UAM) de Niamey est en crise, mais cette crise ne date pas d’aujourd’hui. En effet, depuis la réforme fondamentale intervenue entre 2006 et 2007, qui instituait le système LMD (Licence, Master, Doctorat), dont l’objectif principal était de se mettre aux diapasons du monde universitaire mondial, l’UAM peine à mettre en place, de manière adéquate, ce nouveau système d’enseignement supérieur qui exige, à la fois, en nombre et en qualité, un personnel universitaire compétent et disponible. Malheureusement, et il faut l’avouer, l’UAM ne dispose guère de ce personnel universitaire en grand nombre et surtout compétent pour accompagner efficacement cette réforme. L’absence de volonté politique et le manque de sérieux des autorités rectorales souvent enclines à la complaisance envers les enseignants expliquent largement aujourd’hui la dégradation des conditions d’étude à l’UAM. L’étudiant à l’UAM est un étudiant perdu. La dernière manifestation estudiantine qui s’était soldée par la mort d’un étudiant n’est que le fidèle reflet d’une situation pourrie. Aller étudier à l’UAM relève désormais du parcours du combattant, car, non seulement les années académiques y sont kilométriques (on fait le cycle normal en double, c’est-à-dire un cycle de trois en six ans !), mais en plus, la notation sévère handicape profondément les succès. Le journal OPINIONS a investigué pour vous pour découvrir tous les goulots d’étranglement qui plombent l’UAM. L’article que nous publions à ce sujet a fouillé faculté par faculté, département par département, niveau par niveau et enfin professeur par professeur ( nom-prénom) pour vous livrer l’état actuel des lieux de l’UAM. C’est E-FFA- RANT !

1. Faculté d’Agronomie La faculté d’agronomie se caractérise par un retard académique légendaire. Aujourd’hui, dans une section on peut trouver plusieurs promotions qui se chevauchent, d’où la naissance du concept anciens, nouveaux, comme l’exemple de licence troisième année où ceux qui sont de 2013-2014 sont nominés nouveaux, ceux de 2011-2012 anciens et 2010-2011 anormaux. Ce retard s’explique fondamentalement par l’insuffisance du personnel enseignant, mais aussi et surtout par l’absentéisme chronique de certains d’entre eux aux cours et examens. En ce qui concerne le nombre d’enseignants, la faculté ne dispose que de 31 enseignants pour 492 étudiants et 46 PAT. Parmi les 31 enseignants, il y a moins de 20 qui sont disponibles pour assurer les cours. Ce dysfonctionnement a des répercussions graves sur l’avenir des étudiants qui se trouvent obligés de faire 6 ans dans un cycle académique normal de 3 ans ! Certains sont en « année de thèse » sans avoir fini le programme académique de la 3ème année. Nous allons pour mieux illustrer ces propos exposer la situation au niveau des différentes sections: > Pour la licence 1ère année: la promotion 2014-2015 est abandonnée et délaissée depuis l’année passée, car n’ayant pas de coordonnateur. C’est ce qui bloque la tenue régulière des activités académiques. > Pour la licence 2eme année, de la promotion 2012-2013, la deuxième session du semestre 3 n’est pas encore délibérée; ce qui a bloqué les examens du semestre 3 de la promotion 2013-2014. Cela explique qu’au moment où ceux qui sont en licence 2012-2013 aient passé autant d’années dans un cycle de 9 mois. Ceux de 2013-2014 ne connaissent pas encore leur sort. Au même moment, les notes de l’examen en splénectomie du Dr Moustapha MOHAMED, composées en septembre, c’est-à-dire depuis 7 mois, ne sont pas encore corrigées ! > Pour la section licence 3eme année, la promotion 2012-2013 est bloquée par certains enseignants qui, plusieurs mois après l’examen, n’ont pas encore corrigé les copies. il s’agit notamment de: Comptabilité générale avec Dr Yahaya Adamou, composée, le 22 novembre 2016, soit un délai de 5 mois ; – Animation rurale avec Dr Soumana Boubacar, composée le 10 Janvier 2017 ; Création d’entreprise avec Dr Soumana BOUBACAR, composée le 24 janvier 2017, soit un délai de 3 mois. Exploitation agricole avec Dr Soumana Boubacar, composée le 7 janvier 2017 avec 3 mois de retard ; – Télédétection avec Dr Harouna Mahamadou, composée le 22 décembre 2016 ; – Agroforesterie avec Dr Dan Guimbo Iro, composée le 20 décembre 2016 ; Zoologie agricole I avec Dr Zakari Moussa Ousmane composée en janvier, Zoologie agricole 2 avec Dr Idi, composée en Janvier 2017 ; Agriculture et développement avec Dr Yahaya Adamou, composée en janvier2017 ; Appui/Conseil avec Dr Yahaya Adamou, c- SIG avec Dr Harouna Mahamadou ; Droit administratif avec Monsieur Mounkaila, composée en novembre 2016 Il faut noter qu’un fait inédit s’est produit dans cette faculté où en Semestre 5 riziculture de Idi Adamou, composée le 19 avril 2016, n’a été délibérée que le 12 mars 2017, soit 11 mois mis avant de corriger des copies ! En ce qui concerne toujours la Promotion en licence pour le compte de l’année en cours, elle accuse un retard sur l’établissement du programme qui devait leur permettre de soutenir le Master. Encore la deuxième session du semestre 5 n’étant pas encore programmée, la promotion dénommée anormale licence 2010-2011 a fait deux ans en train d’attendre l’ouverture de Masters !

Il. Faculté des Sciences Economiques et Juridiques (FSEJ) A l’instar de la faculté d’agronomie, la FSEJ a brillé par une dégradation progressive des conditions d’études des étudiants. Les principaux maux qui gangrènent cette faculté sont liés à l’absentéisme chronique des enseignants aux cours et examens, le retard dans la délibération et l’attribution de notes catastrophiques. Toutes les sections ont des problèmes sérieux, mais pour un souci de synthèse, nous allons prendre quelques exemples qui dépassent l’entendement. Licence 2eme année droit: dans cette section le cours de contrats spéciaux dispensé par M. Hassan Boubacar, constitue le seul élément de blocage, car l’enseignant a abandonné le cours sans motif depuis plus d’un mois. En outre, les étudiants ayant composé lors des examens se trouvent être déclarés défaillants sur les procès-verbaux (P.V) par l’inconséquence de la scolarité et leurs réclamations ne sont jamais traitées dans un délai raisonnable. Aujourd’hui, un lot de réclamations se trouve dans les tiroirs de la scolarité et les enseignants peuvent mettre plus de 5 mois sans procéder à leur traitement. L’exemple du droit des biens de madame Diakité Maïmouna est assez illustratif. L3 carrière judiciaire: le cours de droit des sociétés commerciales a commencé tardivement et après deux mois, le programme n’a été que partiellement exécuté. > Carrière internationale: dans cette section un enseignant du nom de Pr Mayaki a refusé de corriger les copies de certains étudiants simplement pour avoir, tenez, mal écrit son nom ! Cela nous amène à nous demander légitiment si cela est un critère de notation. L’examen de coopération internationale composée il y a deux (2) mois n’est pas encore délibéré. En ce qui concerne la notation, sur les 80 étudiants, seuls 8 ont validé les semestres 5 et 6. Cela s’explique par l’attribution des notes éliminatoires en droit international public, matière enseignée par Pr Narey Oumarou. Cette situation est identique en licence 3éme année droit public où l’attribution des notes éliminatoires en droit communautaire (Pr. Ibriga) a fait que 5 étudiants sur 150 ont validé le semestre 5 à la deuxième session ! On peut légitimement se demander si ce sont les étudiants qui sont véritablement nuls ou bien ce sont les enseignants qui n’ont pas la pédagogie nécessaire pour transmettre le savoir. Il faut aussi se demander si cela ne relève pas de pur sabotage académique. > Il faut aussi noter le comportement inadmissible de docteur Dodo Boukari qui brille par ses retards presque éternels aux cours, il vient toujours 1 heure ou 2 heures de temps en retard aux cours. En plus, une fois en salle, il exerce un terrorisme intellectuel sur ses étudiants qui sont pris de panique ! > Au département d’économie, la situation est similaire. En analyse politique et économique, les résultats des examens du semestre 6 composés, il y a trois mois de cela, ne sont pas encore sortis. Pour la licence troisième année gestion, la deuxième session du semestre 5 a duré plus de trois mois sans être délibéré. Dans cette section, l’enseignant de comptabilité analytique mentionne la lettre « R » sur les PV. Apres avoir été contacté par les délégués des étudiants pour en savoir la signification, il a répondu qu’il voulait dire par R: « le refus de corriger la copie « . Ce qui parait inconcevable dans la mesure où la notation à l’université n’a pas prévu une telle manière de faire, à moins que cela ne fasse partie de la fameuse reforme Toujours en L3 gestion, l’enseignant Abdou Hassan a gardé, après l’examen de sa matière, création des entreprises, pendant 6 mois les copies sans délibérer. Il a fallu un sit-in des étudiants pour que les notes soient affichées le lendemain. La section de Master I gestion des entreprises qui devait, en principe, finir son programme académique dans 9 mois, en a mis plus de 15 ! En outre, le premier semestre de la même section composé en juillet 2016 n’est pas encore délibéré, soit un retard de 8 mois et le semestre deux (2) composé en février 2017 attend toujours d’être délibéré !

III. La Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) Point de la situation académique à la FLSH. Préoccupation d’ordre général La situation académique à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines est marquée par un retard chronique observé dans l’exécution du programme d’enseignement. Situation par département Au département de Géographie. Au département de géographie, les cours des semestres impairs avancent lentement. Le retard subsiste encore dans ce département tant dans les délibérations des 2ème semestres (52) de l’année écoulée que dans l’exécution de cours de l’année en cours lié surtout à l’absentéisme chronique de certains enseignants.Le cours de dynamique des sociétés est le seul qui n’ait pas encore commencé pour la section de Master I Recherche géographie, ce qui constitue une source de retard. Il faut aussi noter le manque d’enquêtes sur le terrain pour raisons de moyens. L’exécution du cours 344 dispensé a accusé 4 mois de retard dans l’exécution du programme. Au département de psychologie. Il faut retenir que ce département ne dispose que de 4 enseignants permanents et le manque de disponibilité de Dr Sidien Moutari, nommé Vice-recteur à Zinder, a entraîné un retard considérable dans le déroulement de l’année académique. Il faut aussi rappeler le retard dans les corrections des copies. A titre illustratif, les copies de l’examen de Psychogénétique composée en novembre 2016 ne sont pas encore corrigées, soit un retard de plus de 4 mois. Histoire : les cours de 330 et 430 ont toujours accusé un retard dans l’exécution du programme et dans la correction des copies. Au département de Sociologie. La situation académique au département de Sociologie se présente comme suit: par rapport à la progression des cours, ce département est le moins avancé. Ainsi, en première année, seul le cours d’une UE est commencé alors que l’année tire presque à sa fin ! En troisième année, il n’y a que deux cours qui aient débuté, dont Epistémologie et Genre, quant aux trois autres UE, les enseignants continuent à trainer les pas avec la complicité de l’administration décanale. Enfin, pour ce qui est des Masters I et II, certains cours viennent à peine de commencer pendant que l’incertitude continue à gagner l’esprit des étudiants qui ont déposé leurs dossiers au niveau du Master professionnel dont les listes tardent à sortir. Il faut noter que le Dr Souley Adji n’a pas encore commencé son cours de 401 Epistémologie et n’a fait aucun examen pour le compte de l’année 2015-2016 ! De plus, il vient toujours au cours avec plus d’une heure de temps de retard, ce qui constitue un blocage à la poursuite de l’exécution du programme de la section. De même que Dr Tiekoura Ouassa n’a fait aucun examen et accuse toujours un retard dans l’exécution du cours. La correction des copies par ces deux enseignants a toujours dépassé le délai de 5 mois après l’examen ! Evidemment, nul ne peut concilier activisme politique et chaire universitaire, n’estce pas Souley Adji ? En effet, il est bien facile de venir pérorer sur les plateaux de télés pour critiquer le régime en place alors qu’on est même pas fichu de corriger à temps ce pourquoi on est grassement payé ! En Démographie, l’enseignant a donné 229 notes 0/20 et 64 notes de 1/20 sur 513 étudiants ayant composé ! Quelle boucherie ! De deux choses l’une : ou les étudiants n’ont pas le niveau, ou les enseignants sont nuls ! Situation de la scolarité. Au niveau de la scolarité, la frustration est devenue quasi quotidienne. En effet, le système de gestion des données reste encore archaïque, exposant du coup, les dossiers des étudiants à tous les risques possibles. Le nombre d’agents de ce service est très insignifiant (4 agents pour plus de 7000 étudiants). Cela témoigne du calvaire que les étudiants subissent au niveau des guichets lors des inscriptions et les retraits de certaines pièces comme les relevés de notes, certificats de scolarité.

IV. Faculté de Science de la Santé A la Faculté des Sciences de la Santé, bien que l’absentéisme des enseignants ne soit une pratique quotidienne, il faut noter que les résultats académiques restent et demeurent dans certaines matières particulièrement catastrophiques. En 1ère année par exemple, sur 563 étudiants, seuls 7 ont obtenu leurs moyennes en Physiologie; en 2ème année, sur 470, c’est seulement 9 étudiants qui ont eu leurs moyennes dans la même matière. Pour la 5ème année, les notes de Gynécologie obstétricale constituent à chaque fois la base du taux élevé d’échec. Il suffit, pour s’en convaincre, de prendre l’exemple de la 6ème année, où sur 40 étudiants ayant repris cette matière de la 5ème année, seuls 7 étudiants l’ont validée. En dehors des problèmes d’évaluation, les réclamations des copies en 1ère session déposées conformément aux textes ne sont pas examinées, car elles se trouvent être bloquées par les coordonnateurs alors que le doyen a donné son accord. V Situation à la Faculté des Sciences et Techniques Cette faculté s’est singularisée par la sélection en master sur la base de critères injustes et le retard dans l’exécution du programme académique. En Géologie, sur plus de 100 détenteurs de licence, c’est seulement 42 étudiants qui ont été retenus dans les Masters suivants: Energie Renouvelable, Géo-ressources, Hydrogéologie, plaçant ainsi plus de 80 étudiants en chômage académique. S’agissant du Master Nutrition, il n’existe même pas, mettant de ce fait les étudiants détenteurs de leur licence dans une situation de débandade. Ces étudiants observent la nature aujourd’hui parce que la faculté n’a pas ouvert le Master. Il est à noter aussi des résultats incroyablement catastrophiques. Par exemple: – L2 Chimie Fondamentale, résultat S4, le taux de réussite n’est que de 18% – L1 BGE: 36 sur 700 étudiants ont eu la moyenne ! Certains enseignants prennent énormément du temps avant la délibération de leurs notes, engouffrant d’avantage la faculté dans un retard indescriptible. Il s’agit de: -Docteur Zanguina ; Docteur Bakasso -Docteur AgaliI, celui-ci a fait par exemple son examen en Physiologie depuis janvier 2017 et il n’a toujours pas encore délibéré les résultats; -Bazanfaré, pour avoir été nommé SG du ministère de l’enseignement secondaire, cet enseignant brille par ses absences chroniques; Docteur Gréma, chef de département de biologie; actuellement en voyage, retardant du coup, la soutenance des licenciés en BIGE. Il est aussi le précurseur de la tentative d’instauration des critères de sélections de L2 en L3.

Opinions N°372 du 26 avril 2017