A 19h, quatre instituts de sondage donnent Emmanuel Macron largement vainqueur du scrutin présidentiel français. Son score dépasserait les 63% des suffrages. Les votes blancs et nuls atteindraient plus de 10% et l’abstention 26%. Marine Le Pen pulvériserait à nouveau le record de voix historique du Front national.

Les derniers bureaux de vote fermeront dans les grandes villes françaises à 20h. Les médias français annonceront alors leurs premières estimations officielles. Mais selon les informations reçues par Le Temps, le résultat de cette folle présidentielle 2017 apparaît acquis: Emmanuel Macron sera, à 39 ans et 4 mois, le futur locataire de l’Elysée.

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Il remporterait ce scrutin avec plus de 60% des voix. Marine Le Pen réunirait, elle, environ 35% des suffrages. Le candidat d’En marche! succéderait ainsi à François Hollande, dont il fut, de 2012 à 2014, l’un des principaux conseillers. Avant de devenir ministre de l’Economie de 2014 à 2016, et de se lancer dans la course à l’Elysée en novembre 2016, un mois avant la décision inédite du chef de l’Etat sortant de renoncer à se représenter.

La victoire d’Emmanuel Macron n’est pas une surprise. Tous les sondages l’annonçaient, surtout depuis la désastreuse prestation de son adversaire lors du duel télévisé du 3 mai. Mais si les estimations se confirment, l’ampleur de ce succès serait incontestable. Quatre instituts de sondage – IFOP, Harris Interactive, BVA et Opinionway – donnent le candidat d’En marche! largement vainqueur avec près de 63% des suffrages, soit la victoire la plus décisive depuis celle de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen en 2002 (82,20% contre 17,8%). L’une de ces enquêtes d’opinion place même l’ancien ministre de l’Economie à 66%. Une estimation du Ministère de l’intérieur, dont Le Temps a pu prendre connaissance, donne, elle, Emmanuel Macron à 62,5% des suffrages. L’abstention pourrait frôler les 26%, soit un record pour le second tour d’une élection présidentielle. Au premier tour du scrutin de 2002, elle avait atteint 28,4%.

Un méga-show à venir

Si la défaite de Marine Le Pen est cinglante, la performance électorale de l’extrême droite est sans équivalent et elle démontre l’ampleur du vote protestataire, souvent identifié comme étant celui «de la colère». Après avoir réuni plus de 7,7 millions de voix au premier tour avec 21,3%, la candidate du Front national recueille, selon les différents instituts de sondage, entre 34 et 38% des suffrages, ce qui confirme le report en sa faveur d’une partie des électeurs de la droite traditionnelle et sans doute d’une fraction des électeurs de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon.

Cette performance place le FN en position favorable pour les élections législatives des 11 et 18 juin, lors desquelles les partis traditionnels de gouvernement que sont le Parti socialiste et Les Républicains (LR, droite) joueront leur survie politique. Les candidats de ces deux formations, Benoît Hamon (PS) et François Fillon (LR), ont été éliminés au premier tour de ce scrutin, le 23 avril. Le quatrième candidat le mieux placé voici deux semaines était Jean-Luc Mélenchon, porte-parole de la gauche radicale, avec 19,58% des suffrages. Les législatives à venir seront le premier test politique grandeur nature pour Emmanuel Macron, qui, s’il est élu ce soir, devra immédiatement œuvrer à constituer une future majorité parlementaire. Son mouvement En marche!, qui a promis de présenter 50% de candidats issus de la société civile dans les 577 circonscriptions, a été crédité de 22% d’intentions de vote dans un sondage d’avant le second tour. Le Front national ne dispose, pour sa part, que de deux députés sortants élus en juin 2012. Sa dernière présence en force à l’Assemblée nationale française remonte à 1986. Profitant alors d’un changement de mode de scrutin (François Mitterrand avait fait voter la proportionnelle pour les législatives), le FN alors dirigé par Jean Marie le Pen avait alors emporté plus d’une trentaine de sièges de députés.

Ce soir, à une heure de l’officialisation du résultat, le contraste entre les lieux de rassemblement choisis par les deux candidats est particulièrement criant. L’esplanade du Louvre, où Emmanuel Macron est attendu vers 20h30, est couverte de caméras et d’écrans géants, donnant déjà à sa future prestation l’allure d’un méga-événement hollywoodien. A l’heure d’écrire ces lignes, des milliers de parisiens et de touristes s’agglutinent le long du jardin des Tuileries. Au bois de Vincennes où Marine Le Pen s’exprimera, l’ambiance est en revanche tout autre. Les forces de l’ordre parisiennes sont sur le qui-vive après une alerte à la bombe, dans la journée, au QG presse d’Emmanuel Macron situé sous une tente, dans l’enceinte du Louvre. Plus d’un millier de journalistes français et internationaux, dont celui du Temps, y attendent les résultats.

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