C’est le très sage Gandhi qui enseigne : « Je ne m’intéresse qu’aux qualités des gens. J’ai moi-même des défauts alors comment me permettre de juger ceux des autres ». C’est le moins qu’on puisse dire lorsqu’on pense à ces séances de rupture de jeûne avec les forces vives de la nation initiée par le président de la République depuis 6 ans.

Cette initiative est à mon humble avis une bonne bidi’a (innovation) dans la gouvernance d’un pays hyper islamisé comme le Niger. Une occasion de communion et aussi d’échange entre les leaders du pays. C’est sans conteste une démarche qui s’inscrit dans la philosophie du Ramadan qui est par excellence le mois de miséricorde, de pardon et de prière.

Les bonnes actions et initiatives doivent être valorisées et tenues pour des choses positives pour notre patrimoine commun. Je pense que le successeur après du président Issoufou capitaliserait sans doute ce geste symbolique qui ne saurait être mal perçu par l’esprit de notre peuple très attaché à ses valeurs.

Il serait peut-être mieux de faire réfléchir nos oulémas sur le comment rendre plus fructueux ces iftars présidentiels. Par exemple au lieu de prendre une semaine de son agenda à rencontrer les uns et les autres, le président de la République ne pourrait-il pas dédié en un seul jour, du temps conséquent pour ces retrouvailles avec un programme culturel islamiquement élaboré comme on organise ces très profanes soirées culturelles pour égayer les gens ?

A mon humble avis, symbole pour symbole, une soirée culturelle islamique honorée par la présence du président de la République et toutes ces forces vives de la nation où nos savants musulmans et jeunes talibés pourraient faire des prestations en lecture du Coran, littérature et bien d’autres créations islamiques, donnerait un impact plus motivant à la communauté musulmane du Niger.

Pour le reste, soyons positifs, ces iftars présidentiels doivent être perçus dans leur contexte. Je ne suis pas d’avis comme certains voudraient l’insinuer que ce soit du cynisme, une façon de narguer les pauvres qui manqueraient du minimum vital pour rompre leur jeûne. Non. Il nous faut aller souvent au-delà de nos états d’âme pour voir la portée de certains symboles. Même si par vocation, l’homme politique pose des actes calculés, prenons certains de ces actes pour ce qu’ils sont et surtout ne considérons que leur contexte et portée pour notre peuple.

Je vois très humblement en ces ruptures de jeûne à la présidence une opportunité, un temps de répit pour nous reprendre et penser tant soit peu que nous avons des choses qui nous unissent plus fortes que ce qui nous divise. Parmi nos points de convergence, le pardon et la miséricorde inhérents au mois de Ramadan sont, on ne peut plus, des valeurs et des réponses à nos tares et mauvaises attitudes qui nous divisent. Celui qui ignore le pardon et la miséricorde dans ce mois de Ramadan a-t-il vraiment saisi la quintessence de sa foi ?

Dans cet ordre d’idée, je nous exhorte simplement à méditer honnêtement et sincèrement cette pensée de Cheikh Boureima Abdou Daouda : «Le malheur de la Oummah Islamique ne réside pas dans son manque des intelligences ou des richesses et des potentialités mais dans ses leaders politiques et religieux qui ne s’aiment pas localement et internationalement (pour ne pas dire qu’ils se haïssent) et qui incitent leurs partisans et leurs disciples à la haine, à la division, au rejet et à la négation des efforts des autres et à l’exclusion de leurs personnes. Et tant que ces têtes politiques et religieuses ne feront pas l’unité au plus haut sommet, il n’y a aucun espoir pour les musulmans d’être unis et soudés un jour pour pouvoir travailler ensemble et faire développer et progresser la Oummah localement et dans son ensemble!».

Elh. Mahamadou Souleymane