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Philosophe de formation, Kalla Moutari est ministre de la défense nationale. Ancien gouverneur de la région de Zinder puis ministre de la santé dans le précédent gouvernement, ce militant de première heure du PNDS Tarayya jouit de la confiance du président Issoufou. Dans l’entretien qui suit, cet apparatchik  brosse une sorte d’état des lieux de notre armée très engagée dans la lutte contre le terrorisme. Entretien.

 

« Notre vision consiste à nous doter d’une armée digne de ce nom et cela se traduit par un investissement sans précédent à hauteur de 15% du budget national», déclare Kalla Moutari, ministre de la défense nationale.

Niger Inter : L’Etat du Niger vient récemment  de mettre à la disposition de l’armée du matériel militaire pour faire face aux récurrentes attaques de notre pays venant du Nord Mali. Peut-on avoir des précisions sur cet effort de guerre contre le terrorisme par  notre pays ?

blindékalKalla Moutari : Je dirais que notre investissement en matière de sécurité ne se réduit pas à cette dotation du matériel roulant à laquelle vous faites allusion. En effet, les autorités de la 7ème République depuis leur installation ont considéré que la sécurité constitue la priorité des priorités. Dans ce domaine le président de la République a une vision très claire reconnue par tous. C’est d’ailleurs cette vision qui nous a permis d’être aujourd’hui dans la sous-région le pays le plus ‘’secure’’, un pays où règnent la stabilité et la sécurité. Comme vous l’avez rappelé, nous venons de doter notre armée du matériel blindé, amphibie, du matériel logistique, véhicules légers de toute sorte pour davantage  mettre notre armée dans les conditions de faire face à nos ennemis. Et comme vous le savez ce n’est pas un hasard si notre armée est classée 3ème en Afrique de l’Ouest et 10ème en Afrique sur la base des critères comme l’armement, le matériel militaire, la qualité des ressources humaines etc.

Niger Inter : Le président tchadien Idriss Deby vient d’exprimer son ras-le-bol à l’endroit des partenaires dans la lutte contre le terrorisme notamment dans le cadre de la mise en place de la force mixte du G5 Sahel. D’aucuns disent que le Niger pourrait se trouver dans la même posture que Deby en ce sens que le Niger a beaucoup investi pour la sécurité et nos forces de défense sont également sur d’autres théâtres. Avez-vous un commentaire sur ce cri de cœur de Deby ?

Kalla Moutari : Il ne m’appartient pas de commenter les propos du président Deby qui, il faut le reconnaitre avec le président Issoufou ont fait montre de leadership au plan africain  dans le combat contre le terrorisme. Le Tchad et le Niger malgré nos multiples défis de développement ont fourni des sacrifices remarquables. A mon avis la résolution des Nations-Unies n’était pas à la hauteur de nos attentes. Ce qui justifie quelques frustrations. Nous aurions voulu qu’elle soit assortie des dispositions qui nous permettent de disposer des moyens conséquents pour mener des opérations sur le terrain. Toutefois, même sous cette forme, cette résolution demeure un franc succès de notre diplomatie ; le Conseil de sécurité des Nations-Unies n’ayant pas l’habitude de faire l’unanimité avec autant de célérité sur une question qui ne concerne pas directement ses membres.

Niger Inter : S’il faut appeler un chat par son nom, c’est bien du fait des Etats-Unis d’Amérique que cette résolution est biaisée…

Kalla Moutari : Je n’indexe personne, les Etats-Unis est un pays ami dont les éléments de coopération en matière de sécurité et de défense demeurent d’un apport décisif.  Ce qui s’est passé à l’examen de la résolution procède  du mode de fonctionnement de l’ONU où la  voix de certains pays compte beaucoup dans la prise des décisions. Nous, en tant que pays concernés nous mettons simplement en avant le principe de la solidarité entre les Etats membres de l’ONU et espérons qu’après cette étape à savoir la résolution telle qu’elle est adoptée aujourd’hui, la force mixte que nous nous sommes engagés à mettre en place disposera in fine de tous les moyens nécessaires pour accomplir sa mission. Nos amis de l’Union Européenne en particulier la France et l’Allemagne comprennent les enjeux et nous accompagnent. Les Nations-Unies même projettent d’évaluer notre volonté d’ici deux à quatre mois afin d’examiner éventuellement un complément de la  Résolution 2359 du Conseil de Sécurité des Nations Unies relative au déploiement de la Force Conjointe du G5 Sahel (FC-G5S).

Niger Inter : D’aucuns reprochent aux autorités de la 7ème République d’avoir autorisé la présence des bases militaires au Niger et que selon eux malgré tout nos forces de défense et de sécurité seraient mal renseignées. Que répondez-vous ?

Kalla Moutari : Permettez-moi de rappeler le contexte dans lequel certaines forces extérieures se sont retrouvées sur notre territoire. La situation au Mali avait commandé en effet la présence de certains de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme au plus près du théâtre des opérations en l’occurrence Niamey-et Tillabéry s’avéraient plus indiqués pour agir dans les régions de Toumbctou, Gao, Kidal que ne le sont Bamako ou Ségou (Mopti et Sévaré étant à l’époque sous les feux de l’ennemi). En effet, les stratèges qui connaissent bien la situation du Mali au moment de son occupation par les forces obscures savent qu’il était plus aisé de se positionner au Niger pour une riposte appropriée. Pour le reste, le discours politicien qui nous reproche de brader la souveraineté de notre pays en acceptant cette coopération militaire pour faire face aux défis communs me parait être un mauvais procès. Personne ne nierait le rôle primordial qu’ont joué nos partenaires étrangers dans la libération du Mali.  Il va sans dire que face à la guerre asymétrique la coopération militaire entre les pays est incontournable.  Quant au procès d’intention fait à l’encontre de nos partenaires qui seraient censés voir venir toutes les menaces, je demande alors à nos pourfendeurs pourquoi ils ne font pas le même reproche aux mêmes partenaires lorsqu’ils sont eux-mêmes victimes du terrorisme sur leur propre sol ? C’est vous dire qu’aujourd’hui force est d’admettre que la menace est globale et qu’aucun pays n’est à l’abri du terrorisme d’où la nécessité de mutualiser nos forces. Ceux qui tiennent ce discours aux antipodes de ce qu’impose la nécessité ont un autre agenda. Ils voudraient par la délation entacher les efforts de notre pays qui force l’admiration de la Communauté internationale par son engagement sans faille dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Niger Inter : Face à certains revers de nos forces de défense et de sécurité(FDS) sur le terrain, une certaine opinion a fait croire qu’on envoyait des jeunes recrues sans rudiments nécessaires pour faire face à l’ennemi. Avez-vous une réaction à ce sujet ?

Kalla Moutari : Il importe de préciser que les rares fois que nos forces ont connu ces revers c’est plus le fait de la négligence, de la surprise que de la qualité  des hommes ou du matériel. Nous avons perdu dans ces conditions des commandos donc des gens bien formés, aguerris. Peut-on considérer un commando comme une nouvelle recrue. Il arrive souvent que les soldats ne suivent pas strictement les consignes de sécurité et quand l’ennemi vous surprend, la situation est souvent dramatique. Ceux qui tiennent ce discours à savoir qu’on envoie que des recrues sur le terrain méprisent nos FDS qui à l’épreuve des faits ont fait montre de combativité et d’efficacité. Sur différents théâtres nos soldats ont honoré les couleurs nationales. Face à d’autres nationalités nos militaires force l’admiration tant par leur courage, la qualité de leur matériel et leur discipline. Notre vision consiste à nous doter d’une armée digne de ce nom et cela se traduit par un investissement sans précédent à hauteur de 15% du budget national ! Ce qui est énorme pour un pays comme le nôtre où tout est prioritaire.

Niger Inter : Certains disent que le matériel de guerre serait à la présidence de la République et par conséquent les soldats sont jetés en pâture. Que répondez à ces récriminations ?

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Patrouille mixte FDS sur la route d AGADEZ. Photo © NigerInter.com

Kalla Moutari : Il ne reste plus qu’à ceux qui tiennent ce langage de dire aux Nigériens la nature de ces armes qui seraient cachées au palais présidentiel. Notre armée dispose de matériel et d’armement adéquats qui lui permettent de faire la différence sur le terrain. Et notre armée fait cette différence. En particulier le président de la République a mis un point d’honneur à développer le vecteur aérien pourtant très couteux dans l’acquisition comme dans l’entretien.  Nous sommes fiers que notre pays dispose d’une capacité de frappe aérienne qui permet à nos troupes de se renseigner et d’agir en temps réel. Sur le terrain aujourd’hui même lorsque nos militaires agissent avec d’autres forces étrangères ce sont nos moyens aériens qui jouent le rôle décisif. Il n’y a aucun matériel à la garde présidentielle qu’il n’y aurait pas avec leurs frères d’armes au front. Je puis vous dire, quand bien même nous avons le devoir d’équiper la garde présidentielle, le reste de notre armée n’a rien à lui envier. Le terrorisme ne faisant pas de quartier, nous équipons conséquemment toutes les forces qui assurent notre sécurité

Niger Inter : Au regard de l’immensité de notre territoire et l’insécurité ambiante chez nos voisins, on peut dire que le Niger tient bon. Quelles sont les précautions prises par votre département pour préserver la paix et la sécurité au Niger dans ce contexte ?

Kalla Moutari : Aujourd’hui grâce à la vision du président de la République qui avait misé dès sa prise de fonction sur la sécurité, notre pays malgré le contexte d’insécurité à ses frontières reste et demeure un pays sûr. Notre diplomatie sur le plan sécuritaire nous a permis désormais de former nos forces spéciales chez nous-mêmes. Nous avons créé des écoles de formation et des experts extérieurs viennent former nos ressources humaines ici même au Niger. Cela a été possible à cause de la confiance de nos partenaires qui sont convaincus par le leadership de notre pays dans la lutte contre le terrorisme. C’est vous dire que notre armée dispose aujourd’hui des acquis certains et cela fait que nos FDS sont prises au sérieux contrairement à certaines allégations ressassées ça et là par des esprits mal intentionnés. En tant que ministère de la défense nos actions exigent plus de discrétion, notre responsabilité nous commande de veiller à la défense de notre vaste territoire. Nos partenaires savent bien que ce n’est pas un hasard si le Niger n’a pas basculé dans le chaos suite aux drames survenus chez certains de nos voisins immédiats.

Niger Inter : La guerre asymétrique suppose aussi des renseignements en plus des équipements militaires classiques. Que fait votre ministère pour l’autonomie de nos FDS dans ce domaine ?

Kalla Moutari : Comme je le disais tantôt, sur le plan militaire et technique nos FDS sont bien dotées. En matière de renseignement, l’autre défi reste  la collaboration de la population. C’est extrêmement important que chaque citoyen se sente concerner par ce combat et qu’il participe à la préservation de la paix et de la sécurité dans notre pays. C’est un devoir, un reflexe citoyen de renseigner nos forces de défense et de sécurité, de leur rapporter tout fait suspect. Nous exhortons donc les populations à une collaboration pleine et entière avec leur armée. Permettez-nous également de présenter toutes nos excuses à l’endroit des populations de Diffa et de Tillabéry pour les restrictions des libertés décidées dans le seul souci de préserver la sécurité. Ces mesures seront levées dès que les conditions de sécurité le permettront. Nous sollicitons la bonne compréhension de nos concitoyens qui subissent les conséquences de la situation ainsi créée.

Propos recueillis par Elh. Mahamadou Souleymane et Abdoulaziz Moussa