Le Niger, par la magie de la plume de René André Razak, vient d’inscrire son nom au palmarès de la littérature francophone avec la prestigieuse médaille des Jeux de la Francophonie jusque-là dominés par les Canadiens et les Libanais. André René, né en 1986 à Maradi, n’est pas un novice du monde littéraire. La médaille qu’il vient de décrocher est le cheminement d’un parcours honorable parsemé de distinctions dont celui du Jeune Ecrivain de Langue Française (PJE) en 2012 avec sa nouvelle « La Dernière tombe » ; le Prix de la Jeune écriture francophone – Alliance Francophone/RFI- Stéphane Hessel (2013) avec « En attendant la belle robe ». Il a publié un recueil de neuf nouvelles, Le Vin d’Avril en 2010 aux Editions Edilivre, France.

Concernant son sacre qui le place sous les projecteurs de l’actualité, il était dans la course depuis 2005 quand le Niger organisait les 5ème Jeux. Les conditions de choix n’étaient pas en sa faveur compte tenu de certains paramètres mettant en avant plus le paratexte que l’esthétique littéraire. Mais André ne s’est jamais découragé même si en 2013, il a jeté l’éponge bien qu’étant le candidat le mieux placé pour défendre les couleurs nationales. S’il est revenu sur sa décision, il faut saluer le courage de la Directrice du livre et de la lecture au ministère en charge de la culture, Henriette et de la Directrice régionale de la culture de Niamey Mme Hamey qui ont cru en lui en usant de toutes leurs énergies pour le convaincre à revenir sur sa décision ; et surtout du Jury national de présélection qui a, malgré les critiques des doctes de la subordination structurale ont fait preuve de professionnalisme.

Plusieurs éléments ont joué en sa faveur. Incontestablement André Razak, naturellement très humble, se distingue des autres auteurs de sa génération par son niveau de culture très élevé. De formation scientifique, il s’intéresse à tous les domaines du savoir, érudition qui l’a fait remarqué lors du Salon International du Livre de Casablanca en 2014 au cours duquel il a brillamment défendu les enjeux économiques de la CEDEAO en Afrique.

Le deuxième aspect, André est un perfectionniste hors pair soucieux de l’originalité et de l’esthétique à l’image de son choix vestimentaire. Il n’est jamais satisfait de ce qu’il fait à telle enseigne que l’écriture devient un éternel recommencement. A la quatrième de couverture de son recueil, Le Vin d’avril, il exprime ce soucis : « J’ai cru devenir fou à force d’écrire et de réécrire ces pages. Car à chaque fois que je les relis, j’ai l’impression que je me suis mal exprimé et qu’il me faudrait tout recommencer… Alors j’ai fini par comprendre que chaque texte que j’écris, c’est une infime partie de mes rêves les plus fous qui s’en va. Mais qui revient aussitôt, avec plus d’ardeur de se faire revivre, pour hanter la fougue de ma première jeunesse. »

Si le jury des 8ème jeux l’a préféré au détriment des 25 autres candidats, ce n’est pas par assentiment compte tenu de la qualité des textes en compétition. André est un nouvelliste confirmé qui maitrise parfaitement les subtilités d’un genre exigeant dont tout est mesure. Il est un des rares nouvellistes africains qui a compris cela et qui est arrivé à le définir. Selon lui, la nouvelle est « un genre de construction dramatique dans laquelle il y a peu de personnages et une unité d’action. La nouvelle n’est pas un résumé de roman comme le pensent certains, la nouvelle est un genre à part qui a aussi ses critères, ses règles. » Ces règles, il les applique à la perfection à partir de thèmes qui abordent la condition humaine dans tout ce qu’elle a de dramatique, d’absurde. Les titres de ses nouvelles, du moins ceux qui ont été primées nous renvoient à un univers macabre. La nouvelle, « L’homme qui donne des baisers au vent » avec laquelle, la Nigérienne a retentit au détriment de la Marseillaise nous plonge exactement dans les méandres de la guerre civile en Guinée Conakry où les douilles des balles symbolisent à la fois la mort et la joie. Mort pour ce soldat tueur à gage, joie pour cet enfant de rue qui gagne sa vie en les revendant aux bijoutiers.

Le pari gagné bon gré mal gré des contingences du métier d’écrivain dans un pays où l’environnement littéraire est marqué par des préjugés intellectualistes, Razak compte lever le défis au-delà des frontières de la nouvelle à travers cette réaction à chaud à abidjannews.net : ‘’Je suis spécialisé en nouvelle et je me dis que la littérature est une maison à plusieurs chambres. Je suis rentré dans la chambre de la nouvelle, je suis resté, j’y ai séjourné et je crois que j’ai de plus en plus envie de découvrir d’autres genres, d’autres chambres tout en revenant de temps en temps me recoucher dans la chambre des nouvelles et ressortir quand cela me plaira’’. Bon séjours donc dans les nouvelles chambres pour la conquête d’autres distinctions au bonheur du Niger.

Saley Boubé Bali
Université de Zinder