Hassoumi Massoudou s’est exprimé à Paris, à l’occasion de la réunion semestrielle des ministres des Finances de la zone franc CFA.

Question : Quelle est votre position sur la zone franc CFA, qui suscite des polémiques récurrentes ?

 Il faut aborder cette question sans passion, ni oeillères idéologiques. La zone franc a des avantages évidents, comme l’illustre la croissance moyenne de 6 % des pays membres l’an dernier, contre 1,4 % pour le reste du continent, comme quoi elle ne nuit pas à la compétitivité.

Elle garantit une convertibilité illimitée de la devise et un taux de change stable, des éléments attractifs pour les investisseurs internationaux, ainsi qu’une inflation modérée, qui protège
le revenu et le patrimoine des  ménages. A propos de la polémique sur la centralisation auprès du Trésor français de la moitié des réserves de change des pays membres, je rappelle qu’il s’agit en réalité d’un placement,  rémunéré. J’entends aussi dire qu’une devise rattachée à l’euro serait le vestige d’un pacte colonial, mais c’est tout à fait courant dans le monde, c’est le cas de 33 pays africains sur 55.

Les échanges avec Paris représentent  seulement 14 % des importations de
la région et 6 % des exportations, la France doit se battre pour conserver ses parts de marché, comme tout le monde. Et le Fonds monétaire international s’avère bien plus influent ici que la Banque de France. Le pacte de la zone franc a évolué et il continuera  d’évoluer, sans précipitations ni ruptures.

Question : Les détracteurs affirment que la discipline instaurée par la zone franc n’est pas adaptée à des  pays en développement, qu’il faudrait dévaluer, ou encore lier le franc à un panier de devises.

Dévaluer ? Pourquoi ? Une étude du FMI a établi que la valeur du franc CFA correspond aux fondamentaux des économies de la région. Quant à un panier de devises, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Pour ce qui est du corset volontaire que représente le pacte, heureusement qu’il est là pour empêcher de faire tourner la planche à billets et pour éviter une crise de la dette, comme celle qui nous a frappés en 1990-94. Cette discipline n’empêche d’ailleurs pas la politique de crédit de la banque centrale de l’UEMOA d’être plus expansionniste que celle de nombre d’autres banques centrales en Afrique.

Question : Par ailleurs, comment se porte l’économie du Niger ?

Nous sommes en première ligne dans la guerre mondiale contre les djihadistes, sur trois fronts, au Mali, au Nigeria, en Libye, et cela contribue à plus d’un tiers de notre déficit public.
La communauté internationale devrait en tenir compte. Parallèlement, la croissance est vigoureuse, de 5,2 % cette année, l’inflation maîtrisée, à 2 %, et l’économie s’est diversifiée vers le pétrole, le tourisme, puisque l’uranium représente désormais moins de 5 % de nos recettes. Un ensemble d’éléments attrayant pour les investisseurs.

Propos recueillis par Yves Bourdillon  ( Les Echos N° 22544 du
jeudi 5 octobre 2017)