« Le drame du Niger, c’est que les partis politiques, qui doivent être un creuset pour l’enracinement des valeurs de la démocratie et de la citoyenneté, fonctionnent tous comme des entreprises privées par actions »

 

Aminou Laouali est Coordonnateur de SOS-Civisme-Niger. Ancien Secrétaire Général de l’USN, Rapporteur Général de la Commission politique de la Conférence nationale souveraine, ‘’le Grand camarade’’, adepte des grands débats devant l’éternel a choisi de faire carrière dans la société civile responsable œuvrant pour l’enracinement des valeurs démocratiques. Dans cette interview fleuve, il brosse l’état des lieux de notre processus démocratique. 

Niger Inter : Vous êtes le Coordonnateur National de l’ONG SOS-Civisme-Niger. Pouvez-vous nous décliner brièvement le domaine d’intervention de votre Organisation ?

Aminou Laouali : SOS-Civisme-Niger est la section nigérienne et la coordination régionale d’un réseau Ouest-Africain des organisations de la société civile engagées dans la promotion de la bonne gouvernance, la culture d’une citoyenneté responsable et l’approfondissement de la démocratie. Le réseau SOS-Civisme est implanté au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Togo.

SOS-Civisme-Niger est une organisation non gouvernementale reconnue par arrêté n°109/MI/AT/DAPJ/SA du 26 juin 2000. Elle a pour mission principale la promotion du développement durable, à travers l’éducation civique, la culture de la paix et le renforcement de la démocratie à la base.

En matière d’éducation civique, nous concentrons nos efforts sur les communautés rurales, en les appuyant à analyser leurs problèmes et à identifier les solutions les plus adaptées aux réalités locales. Nous conduisons ce processus de responsabilisation sociale, par l’organisation des séances d’animation civique basées sur des téléfilms que nous réalisons en langues nationales, notamment Haoussa et Zarma. A ce jour, nos activités d’éducation civique à la base ont touché plus de 350.000 personnes dans les villages des neuf (9) communes du département de Gaya, du secteur de Sambera (Dosso), de Torodi, Tera, Tillabéri et Niamey III.

Pour la culture de la paix, nous nous focalisons dans le développement du dialogue intra et interreligieux pour favoriser la compréhension mutuelle et la coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens, ainsi qu’au sein des différentes confessions monothéistes.

Pour renforcer la démocratie à la base, nous accompagnons le processus de décentralisation en vue de la responsabilisation des communautés locales dans la gestion de leurs propres affaires. A ce sujet, nous avions développé, avec le soutien du CCFD-Terre Solidaire et de l’Ambassade de France au Niger, un Programme d’Appui à la Démocratie Participative (PADEP, novembre 2012 –décembre 2017) dont la phase I, conduite à Niamey 5, a permis d’opérationnaliser les dispositions du Code Général des Collectivités Territoriales relatives aux droits des citoyens à l’information, à la redevabilité des autorités communales, ainsi que la mise en place des Conseils Consultatifs de Développement (CCD) dans les quartiers de Karadge, Nogare, Pont Kennedy, Gaweye, Sagia, Lamorde et Banga Bana.

En collaboration avec le Centre de Formation en Gestion des Collectivités Territoriales (CFGCT) de l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature, nous avions élaboré un Guide Méthodologique pour la Mise en œuvre de la Démocratie Communale Participative que nous comptons utiliser pour reproduire l’expérience dans les communes urbaines de Tillabéri et de Dosso. Le Programme de l’USAID Paix à travers le Développement (PDev II) a financé un voyage d’études au profit des autorités communales des capitales régionales d’Agadez, Diffa, Maradi, Tahoua, Tillabéri et Zinder pour venir s’informer de l’expérience que nous avions développée à Niamey 5.

De façon transversale, et comme vocation découlant de notre identité, nous œuvrons pour l’émergence d’une société civile dynamique et responsable, indispensable au contrôle citoyen de l’action publique, ainsi qu’à l’autonomisation des femmes et des jeunes, en vue de leur implication effective dans les processus de prise des décisions à tous les niveaux.

Niger Inter : Vous avez une expérience dans la culture de la paix et la promotion du dialogue à l’endroit des acteurs socio-politiques. Quel état des lieux pouvez-vous brosser de vos actions dans ce domaine ?

Aminou Laouali : La culture de la paix est une des composantes de notre mission. Nous considérons le dialogue comme l’outil le plus pertinent à la fois pour la gestion pacifique et la prévention des conflits politiques, sociaux et religieux.

Dans le domaine politique, nous avions travaillé, avec la Faculté des Sciences Economiques et Juridiques (FSEJ), à renforcer les capacités des partis politiques pour un plus grand engagement citoyen, dans le cadre d’un projet financé par le PNUD pour le compte du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP). Dans le cadre de ce projet, SOS-Civisme-Niger a organisé, au cours de l’année 2008, des débats radiophoniques, puis débats télévisés incluant des enseignants-chercheurs, des journalistes, des acteurs de la société civile et des leaders des partis politiques dans leurs diversité (majorité, opposition et non affiliés). Ces débats, organisés en Français, en Haoussa et en Zarma, ont notamment traité “des rôles de la majorité et de l’opposition dans un système démocratique“. Ils ont été suivis de téléfilms d’éducation civique, puis d’un publi-reportage sur “les rôles des partis politiques dans une démocratie“, mettant en exergue la poignée de mains entre Mamadou Tanja et Issoufou Mahamadou reconnaissant sa défaite à l’élection présidentielle de l’année 2000.

 Par ces activités, nous cherchons à développer la culture de l’alternance démocratique et pacifique au pouvoir, l’acceptation subséquente des résultats issus d’élections transparentes et compétitives garantes de la légitimité des pouvoirs publics, ainsi que le développement d’une opposition responsable.

Malheureusement, nous avions eu le “coup de force constitutionnel du Tazartché“ en 2009, suivi du coup d’état militaire de Salou Djibo en 2010, alterné par des élections générales globalement bonnes en 2011, puis d’une élection présidentielle en 2016 dont le deuxième tour fut presque un scrutin à candidat unique, avec un score soviétique.

Le domaine dans lequel nous avions eu le plus de succès, c’est assurément celui relatif à la construction et au développement du dialogue interreligieux dont nous sommes les pionniers au Niger. En effet, en juin 2003, nous avions, avec le soutien financier de la Fondation Konrad Adenauer et la participation du Ministère nigérien de l’Intérieur, organisé la première rencontre formelle entre les associations islamiques et chrétiennes pour réfléchir ensemble sur leurs “rôles dans l’éducation civique des citoyens au Niger“. Cette première rencontre a abouti à la mise en place d’un Comité National de Suivi du Dialogue Islamo-Chrétien et des recommandations invitant à la poursuite du dialogue interreligieux dans les régions du pays, sous la facilitation de l’ONG SOS-Civisme-Niger.

Pour mettre en œuvre cette recommandation, nous avions, avec le soutien financier du Bureau de la Coopération Danoise (BCD), SOS-Civisme-Niger a conduit, courant 2004-2005, des rencontres nationales et régionales, à Niamey, Maradi et Zinder sur “les rôles des leaders religieux dans la prévention des conflits au Niger“, puis sur “la contribution des associations religieuses dans la lutte contre la pauvreté : nécessité du dialogue d’œuvre islamo-chrétien“.

Lors des rencontres nationales, les leaders religieux ont recommandé d’accélérer la mise en place du Conseil Islamique du Niger (CIN) dont le décret de création est resté dans les tiroirs, en vue de fédérer les différents courants islamiques existant au Niger. Ils ont également recommandé de la création d’un Conseil National de Dialogue Interreligieux incluant musulmans et chrétiens, puis d’une Assemblée Générale des Chrétiens (AGC) devant inclure les catholiques et les évangéliques.

A l’issu des rencontres régionales, les associations islamiques et chrétiennes sont allées plus loin, en décidant de créer, à Maradi et à Zinder, un Comité Régional de Dialogue Interreligieux (CDIR) pour la prévention des conflits.

Pour assurer le suivi des recommandations formulées lors des rencontres nationales, nous avions cherché et obtenu, en 2006, une audience auprès du Président de la République, SEM Mamadou Tanja, puis auprès du Premier Ministre, SEM Hama Amadou. Ces audiences se sont déroulées en présence du Président du Collectif des Associations Islamiques du Niger (CASIN), du représentant du Président de l’Association Islamique du Niger (AIN), de l’Archevêque de Niamey et du Président de l’Alliance des Missions et Eglises Evangéliques du Niger (AMEEN). En tant que porte-parole de la délégation, j’ai présenté les résultats de nos travaux et les principales recommandations aux hautes autorités.

Comme résultat palpable de notre plaidoyer, le Président de la République a instruit, séance tenante, le Ministre de l’Intérieur pour la mise en place effective du Conseil Islamique, qui installé deux semaines environ après notre audience.

Aussi, en 2014, dans le cadre de son Instrument Contribuant à la Stabilité et à la Paix (ICsP), l’Union Européenne a commandité une étude indépendante pour l’identification d’un programme et les acteurs de mise en œuvre, SOS-Civisme-Niger et Care International au Niger ont été repérées comme structures pertinentes pour la “promotion de la tolérance et du dialogue intra et interreligieux“. Dans ce cadre, le consortium Care-SOS-Civisme a conduit un Projet Revalorisation du Vivre Ensemble (REVE), sous la maîtrise d’ouvrage de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP).

Le Projet REVE (1er janvier 2014 au 31 octobre 2015) a permis de redynamiser les comités régionaux de dialogue interreligieux (CDIR) de Maradi et Zinder, d’appuyer la mise en place d’un comité régional de dialogue interreligieux à Diffa, de supporter le Ministère de l’Intérieur par la réalisation d’un diagnostic organisationnel et l’élaboration d’un Plan d’Actions de la Direction des Affaires Religieuses (DAR), le soutien aux missions de suivi des associations religieuses dans les huit (8) régions du pays. Le Projet REVE a également supporté le diagnostic et le Plan d’actions du Conseil Islamique du Niger (CIN), ainsi que le financement, pour quatre-vingt millions (80.000.000) de francs CFA, d’un dispositif de monitoring du contenu des médias en faveur du Conseil Supérieur de la Communication (CSC).

Pour consolider les acquis du Projet REVE, le consortium Care-SOS-Civisme a conduit un autre Projet dénommé  “Education Civique et Soutien aux Initiatives de paix au Niger“ (Niger Espoir), pour la période allant  du 1er novembre 2015 au 15 octobre 2017. Ce projet a supporté les comités régionaux de dialogue interreligieux de Maradi, Niamey, Diffa et Zinder, à installer des comités décentralisés de dialogue interreligieux dans 119 communes.

Parmi les principaux résultats du Projet Niger Espoir, on peut citer l’appropriation de notre initiative de dialogue interreligieux par les pouvoirs publics nigériens. En effet, la Direction des Affaires Religieuses du Ministère de l’Intérieur a requis notre appui pour installer des comités régionaux de dialogue interreligieux à Dosso, Tahoua et Tillabéri, puis, récemment, pour mettre en place un Comité National de Dialogue Interreligieux (CDIR-Niger). Au-delà du Ministère de l’Intérieur, le Président de la République, SEM Issoufou Mahamadou, intervenant récemment dans un colloque international sur la paix tenu en Allemagne, a présenté les comités de dialogue interreligieux comme une initiative nigérienne majeure pour la consolidation de la paix.

Pour assurer la durabilité de cette expérience, nous avions développement deux outils pédagogiques de référence : un Manuel de formation sur les bases du dialogue interreligieux dans le Coran et la Sounna du Prophète Mohamed (PSL) et un Manuel sur les bases du dialogue interreligieux dans la Bible et la Tradition du Christianisme.

Par ailleurs, le Projet Niger Espoir a soutenu le Conseil Régional de Diffa dans le renforcement des capacités des commissions foncières communales et des Comités Paix et Sécurité dans les 12 communes de la région. Enfin, nous avions supporté l’université de Diffa pour l’organisation et la publication des résultats de son symposium international sur la déradicalisation et la réinsertion des repentis.

Je dois avouer que nous n’avions pas eu du succès dans le dialogue social sur la gestion concertée de la crise scolaire et universitaire que nous avions initié en 2007, en raison de l’opposition farouche des autorités rectorales qui pensaient se suffire à elles-mêmes pour résoudre n’importe quel problème, convaincues que nul ne pourrait ajouter une goutte d’eau dans un verre déjà plein. Nous nous réjouissons cependant de l’adhésion, à l’époque, de tous les acteurs à notre initiative, y compris les ministères techniques, les syndicats des enseignants du primaire et du secondaire, les élèves et étudiants, ainsi que les leaders religieux musulmans et chrétiens qui étaient disposés à accompagner nos efforts.

Niger Inter : En Afrique le processus électoral est souvent source de conflits. SOS-Civisme-Niger a œuvré pour l’encrage de la culture démocratique au Niger. On a l’impression que le travail reste entier au niveau des partis pour inculquer des valeurs à leurs militants. N’avez-vous pas l’impression que le problème du civisme se pose avec acuité au niveau des acteurs politiques ?

Aminou Laouali : Le drame du Niger, c’est que les partis politiques, qui doivent être un creuset pour l’enracinement des valeurs de la démocratie et de la citoyenneté, fonctionnent tous comme des entreprises privées par actions. L’espace public apparait comme un marché, les citoyens comme des pourvoyeurs d’une marchandise, le vote, que les leaders politiques achètent à l’occasion des compétitions électorales. Dans cette perspective, les circonscriptions électorales constituent autant de bourses de valeur pour la vente aux enchères des voix électorales, où l’entreprise partisane la plus riche renchérit pour remporter la mise, acheter le maximum de voix.

C’est en raison du travestissement des partis politiques que la gestion du pouvoir d’Etat se transforme en la recherche effrénée d’un retour des investissements réalisés pendant les campagnes électorales, le partage des postes “juteux“, “moyennement juteux“ et “peu juteux“, ainsi que l’attribution des marchés publics aux actionnaires, au prorata des actions de chacun, exactement à l’imagine d’un conseil d’administration d’une société commerciale distribuant les dividendes.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les marchés publics soient régulièrement surfacturés, que les services publics servent à l’enrichissement aveugle des personnes qui les gèrent, que des postes réputés “coquilles vides“ provoquent des mésalliances politiques qui entrainent une crise des institutions qui, à son tour, oblige ceux qui gouvernent à utiliser tous les moyens pour se maintenir au pouvoir, sous peine de périr.

Les processus électoraux débouchent souvent sur des conflits fratricides en Afrique, précisément parce que, pour les acteurs politiques, la lutte pour l’accession au pouvoir ou sa conservation est une question de vie ou de mort. En dehors du pouvoir, point de salut.

Le jour où les partis politiques chercheront le pouvoir dans le but de servir l’intérêt général et non pour se servir, ils seront capables de porter les valeurs de la démocratie, de promouvoir le civisme au sein de l’administration et de sanctionner sans faiblesse les agents corrompus quel que soit leur niveau de responsabilité. Tel était également le vœu d’Issoufou Mahamadou dans son discours d’investiture de 2011, mais la réalité qui se laisse voir est tragiquement aux antipodes de ses nobles propos.

Niger Inter : Le Niger est le 2ème pays africain qui a eu l’expérience du Conseil National du Dialogue politique (CNDP). Aujourd’hui ce Conseil a vécu, comme qui dirait. Que pensez-vous ?

Aminou Laouali : Je continue à croire que le CNDP constitue un outil pertinent pour la prévention des conflits politiques, en particulier, ceux relatifs aux questions électorales. Dans un projet de recherche que j’avais soutenu en 2001 avec succès, à la session de l’Institut sur la Gouvernance Démocratique du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA), sur “la démocratisation et les processus électoraux en Afrique : Cas du Niger, 1993-1999“, j’ai proposé de considérer que, parmi les conditions pour prévenir les conflits pré ou post électoraux, il est nécessaire d’avoir une loi électoral consensuelle, un juge constitutionnel impartial, une administration publique neutre, y compris la hiérarchie militaire, un fichier électoral fiable et communément accepté.

En Afrique où l’Etat ne s’est pas encore institutionnalisé, nous devons chercher, ainsi que le prêchait feu Moumouni Djermakoye, un consensus sur les quatre questions que je viens d’évoquer.

Aussi, je pense que le CNDP n’a pas vécu, parce que l’opposition parlementaire et les partis politiques qui boycottent ses sessions ne l’ont pas remis en cause. Ils posent seulement des conditions préalables pour leur participation. Pour ma part, je considère que les “revendications“ des partis politiques de l’opposition et les non affiliés constituent simplement une stratégie, apparemment la seule qu’ils ont, pour se faire entendre du pouvoir en place.

Prenons garde : le tournant de 2021 pourra être le plus facile, comme il pourra être le plus dangereux pour la survie de l’Etat. Ceux qui cherchent ou s’accrochent au pouvoir ne sauraient prétendre l’ignorer.

Niger Inter : La gouvernance de façon générale constitue votre domaine d’intervention. Aujourd’hui quelle lecture faites-vous de la gouvernance en Afrique en général et dans les pays de la CEDEAO en particulier ?

Aminou Laouali : Précisément, j’ai été invité à présenter une contribution sur “la démocratisation et les processus électoraux dans l’espace CEDEAO : constats, enjeux et défis“ à l’occasion du Sommet Citoyen Sous-Régional organisé par les Universités Sociales du Togo, du 13 au 15 juillet 2017 à Lomé, autour du Protocole A/SP1/12/01 sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance additionnel au Protocole relatif au Mécanisme de Prévention, de Gestion, de Règlement des Conflits, de Maintien de la Paix et de la Sécurité de la CEDEAO.

Pour reprendre une partie de la présentation, j’ai souligné qu’en Afrique et dans notre espace communautaire de la CEDEAO, tous les cas existent. Nous avons presque des monarchies constitutionnelles, tels les cas du Togo et du Gabon, où le pouvoir se transmet de père en fils, où l’alternance politique semble verrouillée et ne pouvant advenir qu’au travers des révolutions populaires.

Nous avons des processus électoraux où les résultats sont d’avance connus avant l’organisation même des scrutins, tels les cas du Tchad et du Congo-Brazzaville. Nous avons le cas de l’Algérie où le Président vainqueur, presque un cadavre vivant, a voté sur un fauteuil roulant.

Nous avons également des bons exemples, à l’image des dernières élections du Nigéria et du Ghana.

Niger Inter : Le Niger est considéré comme un laboratoire de la démocratie tant notre expérience a été tumultueuse. Quel commentaire faites-vous sur l’état de notre processus démocratique ?

Aminou Laouali : Le Niger semble avoir épuisé toutes les possibilités du régime démocratique, atteignant le record mondial du nombre de républiques. Il nous reste à tester le modèle de Vladimir Poutine.

Je pense que les tumultes sociopolitiques que le Niger a connus résultent de l’irresponsabilité, de la cupidité et, dans certains cas, de l’amateurisme de la classe politique actuelle, tous les bords confondus.

Niger Inter : Des acteurs de la société civile et des jeunes aiment rabâcher l’idée selon laquelle qu’il faudrait un renouvellement de la classe politique comme par un coup de baguette magique. Pensez-vous que le problème de gouvernance est un problème générationnel ?

Aminou Laouali : Le fait est que la classe politique actuelle semble avoir atteint presque ses limites objectives face aux problèmes économiques du pays certes informés par l’environnement international difficile, mais aussi par la corruption et l’enrichissement illicite. Elle reste cependant la force socialement et financièrement dominante du pays. C’est pourquoi, je ne pense pas qu’on puisse la renouveler par “un coup de baguette magique“, comme vous dites. En outre, il faut garder à l’esprit que les changements politiques dépendent de plusieurs facteurs objectifs et subjectifs, dont les conditions économiques, le développement criard des inégalités sociales, la corruption des dirigeants et leur déni de justice et des réalités….

Sans avancer que le problème de gouvernance soit un problème de génération au Niger, je suis convaincu qu’aucune génération n’est divinement prédestinée à s’éterniser au pouvoir, que les générations se renouvèlent naturellement et “par la force des choses“, pour reprendre une expression de Machiavel, chérie par le Général De Gaule.

Niger Inter : Pourtant même au sein de la classe politique, il y a des jeunes qui ne prêchent pas la vertu par l’exemple…

Aminou Laouali : Pour forger leur personnalité, les jeunes ont besoin de bons modèles venant de leurs parents et de leurs ainés, qui doivent développer la culture du travail bien fait, le sens de responsabilité et du bien public. C’est parce qu’ils copient les modèles qui se donnent à voir que les jeunes développent la tricherie à l’école et cherchent l’argent facile.

Niger Inter : Que faire selon vous pour surmonter les obstacles à la bonne gouvernance dans notre pays ?

Aminou Laouali : A l’heure actuelle, c’est Issoufou Mahamadou qui a la clef pour lever ces obstacles, dont le principal est la lutte résolue et courageuse contre la corruption et l’enrichissement illicite. La Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), l’opération dite “Maï Boulala“, la “ligne verte“ ont vécu et ne donnent aucun résultat convainquant.

A moins qu’il ne veuille envisager un autre Tazartche, je lui recommande vivement d’utiliser l’avant dernière année de sa Présidence pour mener cette œuvre salvatrice qui aura un impact durable sur les mœurs politiques et la postérité.

Ce que nous retenons du Général Seyni Kounche, ce n’est pas la construction du Palais des Sports, de l’Hôtel Gaweye ou du Stade portant son nom. C’est son intégrité, son patriotisme, son nationalisme, sa capacité à sanctionner les délinquants des finances publiques, y compris son propre frère. Donc, nous ne retiendrons pas les échangeurs !

Interview réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane