« Le problème majeur de la maison d’arrêt de Niamey qui a été construite avant les indépendances, se résume à  la vétusté des locaux et à la surpopulation carcérale »

Le lieutenant Abdourahmane Foutah est officier de la garde nationale. Il est présentement le régisseur de la maison d’arrêt de Niamey et commandant d’escadron GNN de cette même maison d’arrêt. Avant celle de Niamey, le Lieutenant Abdourahamane Foutah a servi comme régisseur au Centre de réinsertion professionnelle des jeunes (CRP), de Daikaina (région de Tillabéri), pendant 8 ans et 7 mois. Il est régisseur de la maison d’arrêt de Niamey depuis le mois de juillet 2017. Votre journal l’a rencontré à son bureau, situé dans l’enceinte de cet établissement, dans le cadre d’un dossier sur les conditions de détention dans cette prison, particulièrement sur le volet humanisation des conditions de détention dans les maisons d’arrêt du Niger. Entretien… 

MUTATIONS : Pouvez-vous nous présenter la maison d’arrêt de Niamey, son historique ?

Lieutenant Abdourahmane Foutah : La maison d’arrêt de Niamey à été créée avant les indépendances, plus précisément en 1947.  C’est un établissement pénitentiaire dune capacité d’accueil de 350 places. Elle était gérée  à sa création et durant toute la période coloniale  par l’administration coloniale. Et avec l’avènement de l’indépendance de notre pays, elle est passé sous tutelle du ministère de l’Intérieur et était gérée par la garde républicaine, appelée aujourd’hui garde nationale. Elle est passée, juste après la conférence nationale souveraine du Niger, sous la tutelle du ministère de la Justice, tout en maintenant le corps de la garde nationale pour sa gestion quotidienne. Cette maison d’arrêt comprend à ce jour trois quartiers dont : 1 quartier homme  majeur ; 1 quartier femme ; 1 quartier mineur garçon.

On parle de plus en plus d’un projet d’humanisation des maisons d’arrêts au Niger, de quoi s’agit-il exactement, et qu’en est-il de celle de Niamey dont vous avez la responsabilité

Il faut  reconnaitre que  ces dernières années, et je le dis sans risque de me tromper- que l’Etat du Niger,  à travers le ministère de la Justice et  en relation avec certains partenaires  est en train de fournir tous les efforts pour  changer l’image des maisons d’arrêts de notre pays. Actuellement plusieurs prisons ont été construite et d’autres réhabilitées. A cela, il faut ajouter la construction de plusieurs ateliers de réinsertions des détenus. Il suffit de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur pour confirmer ce changement. Et comme vous parlez d’humanisation, je dirais que tout cela participe d’une volonté réelle, matérielle et manifeste de créer les conditions de détentions conformes aux droits de l’homme dans notre pays. Ce vaste et ambitieux projet est adossé sur plusieurs axes, notamment : la construction de nouvelles prisons pour résoudre le problème de surpeuplement ; la délivrance d’une une assistante morale, matérielle, ainsi que des facilités de réinsertion sociale après leur libération dans le respect de la personne humaine (droit au logement, santé …..) ; la sauvegarde des droit au maintien des liens familiaux, à la sécurité, au culte,  à l’éducation, au travail, et à un aménagement de peine en vue de préparer la sortie de prison et la réinsertion.

La gestion d’une administration pénitentiaire requiert des qualités et des compétences. C’est pourquoi de plus en plus de gouvernements de divers pays font de la formation des responsables pénitentiaires, un point d’honneur. que fait l’état du Niger pour outiller nos chefs d’établissement.

Merci pour cette question et je dois juste vous dire que la première promotion  des chefs d’établissements  pénitentiaires (Gardes Nationaux), a été formée  en Algérie en 1984 pour une durée d’un an. Plusieurs autres formations ont suivi par la suite. Les exemples de ces formations sont légion, mais je vais juste citer à titre d’exemple le vaste et très sérieux programme de renforcement de capacité avec « Pénal Reform international » et autres formations des régisseurs, des surveillants chefs et surveillants, des greffiers gardes nationaux organisées par le ministère de la Justice. Pour ce qui est des nouvelles recrues, après  leur formation de base, ils suivent une formation professionnelle, basée notamment sur un manuel de formation en droits de l’homme à l’usage des forces nationales d’intervention et de sécurité, produit par la Faculté des sciences économiques et juridiques (FSEJ), en partenariat avec l’Institut danois des droits de l’homme (IDDH). Comme je venais de vous l’expliquer, les exemples des formations sont nombreux, avec aujourd’hui, grâce à l’arrivée de M. Marou Amadou à la tête du ministère de la Justice, des formations des chefs d’établissements pénitentiaires, notamment à l’International Correctional management Training Center (ICMTC), Etat du Colorado, aux Etats Unis d’Amérique et au Maroc. Plusieurs chefs d’établissements ont bénéficié de ces formations, dont moi-même qui vous parle. Ces formations, il faut le préciser, sont basées sur des modèles très sensibles comme : la sphère de classification des détenus ; l’industrie carcérale ; la sécurité dynamique ; la gestion des services correctionnels. Bref, je peux citer des exemples de ce genre à longueur de journée. Ce qu’il faut retenir, ce qu’elles ont permis aux chefs d’établissements pénitentiaires que nous sommes d’être au même niveau que ceux de ces pays auxquels vous faites allusion. Et je le dis sans complexe, sans complaisance ni démagogie.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la gestion de la prison civile de Niamey et quelles sont les solutions envisagées à court, moyen et long terme ?

J’ai pris fonction le 27 juillet 2017, c’est à dire  il y a moins d’un mois. Il serait donc prématuré de vous parler des difficultés que je rencontre. Cependant et comme c’est le cas dans toutes les autres prisons, il faut noter que le problème majeur de la maison d’arrêt de Niamey qui, je le répète, à été construite avant les indépendances, se résume à  la vétusté des locaux et à la surpopulation carcérale. A cela il faut ajouter, et ce, en dépit des efforts louables fournis par l’Etat et les partenaires, une insuffisance  des programmes d’apprentissage qui doivent permettre au détenu de s’intégrer dans la société après sa peine. Et pour finir par rapport aux solutions à long terme,  il s’agit, à mon avis, de créer des programmes  de formations, construire une nouvelle prison (bien que c’est déjà en cour) qui est conforme aux normes internationales pour désengorger celle là.

Propos recueillis par Gorel Harouna (Journal Mutations)