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Sept enfants par femme. Vu d’Europe, ce chiffre peut donner le tournis. Au Niger, c’est la norme. Avec en moyenne 7,6 enfants par femme et 13,6 par homme, selon la dernière étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) parue mercredi 18 octobre, ce pays est le champion du monde de la fécondité. La différence de fertilité entre homme et femme s’explique, notamment, par « les écarts d’âge entre époux qui sont importants et la polygamie qui est fréquente », relève le rapport de l’INED.

La croissance démographique du Niger est aussi la plus élevée du continent et du monde. De 18,8 millions d’habitants en 2017, le Niger pourrait voir, selon la présidence du Niger, sa population quasiment tripler d’ici à 2050, passant ainsi à près de 55 millions d’habitants.

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Avec une population dont l’âge moyen est de 15 ans, le Niger est au début de sa transition démographique. Une étape cruciale où le nombre et la jeunesse de la population peuvent devenir un instrument au service de la croissance, mais aussi une épine dans le pied du développement économique.

Pour le docteur Hassane Atamo, chef de la planification familiale au ministère de la santé, l’éducation et le changement des mentalités est crucial si le Niger veut tirer profit de ce tournant démographique amorcé. Le médecin, qui exerce au planning familial de Niamey, revient sur les fondements de cette natalité exceptionnelle.

Pourquoi les Nigériens font-ils autant d’enfants ?

Hassane Atamo Chez nous, avoir beaucoup d’enfants est un signe de puissance et de richesse. Cela vient de nos traditions. A l’époque, il fallait avoir beaucoup d’enfants pour labourer la terre. Mais beaucoup de choses ont changé, et la plupart des arguments qui poussaient les Nigériens à avoir beaucoup d’enfants ne tiennent plus aujourd’hui.

Même au village ?

En ville, personne ne regarde le nombre de tes enfants. Mais au village, il est vrai que les hommes subissent des pressions. Si un Nigérien a une femme et deux enfants, sa famille va le pousser à prendre une deuxième, une troisième, une quatrième femme… La polygamie joue un rôle important. Quand un Nigérien a plusieurs femmes, une compétition s’installe entre les épouses. Chacune veut donner le maximum d’enfants au mari.

Mais les mentalités changent. L’exode rural est très prononcé, les jeunes viennent en ville et ne restent plus au village pour labourer la terre. Cela pose la question de l’emploi qui est offert à ces jeunes. Il n’y en a pas assez. Les Nigériens ayant la chance d’avoir un revenu mensuel stable sont très peu nombreux.

Est-il vrai que, pour les Nigériens, faire beaucoup d’enfants est aussi l’assurance d’en avoir un qui devienne fonctionnaire ?

Absolument. Beaucoup de familles nigériennes espèrent avoir un fonctionnaire, car c’est une source de revenus assurée.

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La procréation semble être une protection pour les Nigériens. Est-ce le signe qu’économiquement, le pays va mal ?

Même dans les pays développés, le taux de chômage est impressionnant. Chez nous, c’est très difficile aussi. La fonction publique recrute peu, le système privé est encore trop faible. Les institutions ont un faible taux d’absorption des diplômés et le système éducatif produit plus de non-diplômés que de diplômés…

Le Niger est bien conscient du défi démographique qui s’impose à lui. Le taux de mortalité infantile a baissé, notamment grâce aux avancées de la médecine. Cette transition épidémiologique, également liée au recul des maladies infectieuses, fait que la démographie est effectivement galopante au Niger. Cela pose beaucoup de problèmes pour notre agriculture. La pression démographique est telle que les terrains agricoles sont de plus en plus divisés et que la qualité des sols ne suit plus.

Quelles sont les solutions pour faire baisser le taux de natalité ?

La première arme, c’est l’éducation. Il est prouvé qu’au sein d’une famille où le niveau d’éducation est acceptable, ses membres ont moins d’enfants. Cela vaut encore plus pour les filles. Une jeune fille qui va à l’université se mariera plus tard et aura moins d’enfants. Alors qu’aujourd’hui, l’âge moyen du premier mariage au Niger est de 15 ans. Imaginez une fille qui n’a jamais été à l’école… Elle a toutes les chances de se marier à 13 ou 14 ans !

La deuxième arme, c’est la planification familiale. Il faudrait que les femmes l’utilisent plus tôt. Mais le plus important, et le plus difficile aussi, reste le changement des mentalités. Il faut quitter le comportement pronataliste pour aller vers un comportement raisonnable.

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Ce comportement est-il lié au fait que les Nigériens pensent que c’est à Dieu de décider des naissances ?

Oui. Tant qu’on continuera à penser que c’est Dieu qui décide, que c’est le destin, le comportement ne changera pas. Il faut que l’on comprenne que l’être humain est responsable de son destin. En réalité, la religion n’est pas contre le changement !

Expliquez-vous cela lors de vos consultations ?

Absolument, et le planning familial n’est pas le seul à le faire. Les religieux font des prêches pour expliquer que la religion n’interdit pas aux familles d’espacer les naissances, au contraire. Dans le Coran, il est dit qu’il faut laisser l’enfant prendre le sein jusqu’à 2 ans. Ce qui fait qu’en respectant la religion, on doit avoir entre 30 et 33 mois entre deux naissances, minimum. Ce que la religion interdit, ce sont les mots tels que « limitation des naissances » ou « stérilisation ».

En juillet, en marge du G20, le président français Emmanuel Macron a eu cette phrase maladroite sur la démographie africaine et la limitation des naissances : « Quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. » Comment les Nigériens ont-ils réagi ?

Beaucoup se sont sentis insultés, et pas seulement les Nigériens. Vous savez, nous sommes habitués à ce genre de déclarations. Ça n’a pas tellement fait l’objet de débats. Ce qu’il a dit, c’est son affaire. Ce n’est pas ça qui va faire que nous allons avoir moins d’enfants. Le Niger a sa politique bien déterminée, ses objectifs, réunis dans un plan, le plan de planification familiale 2013-2020.

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L’objectif de ce plan est de faire passer le taux de prévalence contraceptive de 12 % actuellement à 50 % d’ici à 2020. Comment faire ?

Il y a eu une avancée majeure dans ce domaine : la gratuité des produits contraceptifs. C’est effectif depuis 2007 dans toutes les structures publiques. Les centres de santé, publics comme privés, offrent la planification familiale aux femmes.

Votre salle d’attente est-elle pleine ?

De plus en plus. Les femmes choisissent elles-mêmes leur produit contraceptif. Les injections intramusculaires, tous les trois mois, sont le moyen de contraception le plus utilisé. Le dispositif intra-utérin commence aussi à l’être, de plus en plus.

Que pensent les hommes de ces consultations ?

Là aussi, il y a eu une grande avancée : les consultations se font en toute confidentialité. Avant, il fallait une autorisation écrite du mari et sa pièce d’identité, ou sa présence, pour que la femme puisse obtenir un contraceptif. Depuis 2008, les textes ont supprimé ces barrières.