Ce mardi 28 Novembre s’est ouvert un forum sur la « Prévention de la radicalisation et de l’extrémisme religieux violent à travers la définition des normes de l’encadrement de la pratique de la religion musulmane au Niger ». Ce forum qui se déroulera du 28 au 30 Novembre 2017 au Palais des Congrès à Niamey va permettra un échange fructueux entre leaders religieux d’ici et d’ailleurs et des cadres de l’administration. A cette occasion le ministre d’Etat chargé de l’intérieur, M. Bazoum Mohamed a prononcé cette importante allocution.

  • Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;
  • Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;
  • Mesdames et Messieurs les Représentants du Corps diplomatique ;
  • Mesdames et Messieurs les Responsables des ONG et Organisations internationales ;
  • Monsieur le Gouverneur de la Région de Niamey ;
  • Monsieur l’Administrateur Délégué de la Ville de Niamey ;
  • Monsieur le Président de l’Association des Chefs Traditionnels du Niger ;
  • Mesdames et Messieurs les Responsables des associations islamiques ;
  • Honorables invités ;
  • Mesdames et Messieurs, en vos titres, grades et qualités

Je voudrais à l’entame de mon propos vous remercier tous, du fond du cœur, pour avoir bien voulu honorer de votre présence la cérémonie d’ouverture du présent forum sur le thème : « Prévention de la radicalisation et de l’extrémisme religieux violent à travers la définition de normes d’encadrement de la pratique de la religion musulmane au Niger »

Je saisis aussi cette occasion pour souhaiter la bienvenue et un agréable séjour au Niger à tous nos hôtes des pays amis qui ont bien voulu faire le déplacement de Niamey pour enrichir nos échanges avec leurs contributions sur l’expérience de leurs pays dans les thématiques qui seront abordées pendant le forum.

Mesdames et Messieurs,

Le territoire nigérien actuel a connu son premier contact avec l’islam au 7ème siècle avec le passage dans le Kawar, région de Bilma, de Oqba Ibn Nafi, chef d’une armée musulmane venue du Fezzan qui, après une excursion dans cette région, avait effectué une longue chevauchée au Maghreb. Ce contact, très éphémère,  n’a cependant pas créé une véritable dynamique d’islamisation des populations du Kawar.

Le processus d’islamisation de l’espace nigérien commence véritablement bien plus tard, vers le IXème siècle, à partir du Maghreb d’abord, puis d’autres centres religieux situés dans les contrées avoisinantes. Il s’agit de Tombouctou et Gao, dans la boucle du Niger à l’ouest,  du Kanem-Bornou dans le bassin du Lac Tchad à l’est, et de l’empire de Sokoto et les royaumes Haoussa au sud.

L’islamisation des populations nigériennes s’est faite  dans l’ensemble à travers un processus long, lent et pacifique. L’islam a en effet gagné les populations plus par la parole et l’exemple que par les armes, à l’exception de l’épisode  du Djihad conduit par Ousman Dan Fodio sur une petite portion du territoire nigérien.

Pour propager l’islam il a été  surtout  fait recours à l’enseignement coranique et à la prédication à partir des commentaires des versets du Coran. Les principaux propagateurs de l’islam dans cet espace ont été les marabouts.

Mesdames et Messieurs,

Ce processus long et lent, basé sur la parole et l’exemple, a permis d’instaurer dans notre pays une pratique pacifique de la religion musulmane.

L’islam nigérien est essentiellement un islam sunnite de rite malékite avec plusieurs confréries qui ont historiquement entretenu des rapports globalement pacifiques entre-elles.

Cet islam tout de tempérance a forgé pour ainsi dire un tempérament national dont la principale caractéristique est la tolérance. Ce trait de caractère explique cette convivialité propre aux Nigériens à la base de l’harmonie qui prévaut fondamentalement entre les différentes communautés religieuses.

Mesdames et Messieurs,

A partir des années 90, à la faveur de l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit, de courants religieux nouveaux ont fait leur apparition favorisant un véritable printemps des associations islamiques.

C’est ainsi qu’on dénombre à ce jour dans le pays, pas moins  cent cinq (105) associations islamiques ;  certaines des associations partageant un même corpus doctrinal  se réunissent pour former des regroupements.

Les trois dernières décennies ont incontestablement été celles au cours desquelles s’est le plus renforcée la pratique de l’islam. Cet essor remarquable a été porté par le développement des moyens de télécommunication (radio, télévision, nouvelles technologies de la communication). Le renforcement de la prégnance de l’islam sur la vie ordinaire des citoyens s’exprime à travers de nouvelles habitudes vestimentaires, chez les jeunes filles et les femmes notamment, l’accroissement du nombre des mosquées ainsi que du niveau de leur fréquentation, la forte affluence à l’occasion des prêches publics et l’accroissement des émissions religieuses sur les médias audiovisuels.

Si jusqu’à une date relativement récente l’islam au Niger était exclusivement sunnite, d’obédience malekite, d’autres courants ont toutefois fait leur apparition. C’est notamment le cas du Wahhabisme et même du Chiisme en certains endroits ces dernières années. Cette pluralité des courants s’est accompagnée d’une animation inédite, générant par endroits et par moments des tensions bien réelles. Le Niger n’étant pas un isolat , il subit en cela de plein fouet l’influence des débats qui ont cours dans certains pays de son voisinage, au Nigeria en particulier notamment. Quand on sait que dans ce pays le développement des tendances radicales a régulièrement donné lieu à des éruptions de violence dont la forme la plus élaborée a récemment revêtu la figure de Boko Haram, il semble indispensable pour notre pays d’en tirer les conséquences nécessaires  et de prendre des mesures qui tout en consolidant les bases de l’essor de l’islam évitent à notre pays les dérives extrémistes porteuses des traumatismes observés ailleurs.

Mesdames, Messieurs,

Notre constitution, en proclamant le principe radical de la séparation de la sphère religieuse  et de la sphère politique entend conférer à la religion toute sa fonction de spiritualité. En cela la religion est considérée avant tout comme effort personnel  de transcendance sur le modèle de la piété que fut la vie des prophètes, notamment celle du prophète Mohamed (p s l) dans l’islam.

La loi portant Charte des partis politiques quant à elle, en interdisant les partis fondés sur une base religieuse entend faire de la religion, la religion musulmane en l’occurrence, un facteur d’unité et de cohésion basé sur la spiritualité au-dessus des contingences triviales de la vie.

La sphère de la religion est donc, de par nos lois, la sphère de la foi et rien que de la foi. Aussi, le rôle de tous ceux qui concourent à la promotion de la religion doit-il être de promouvoir la foi, de façon à rendre les humains dignes de Dieu, ce modèle absolu de vertu.

Si j’ai tenu à rappeler ça, c’est pour insister sur le caractère fédérateur de la foi, aux antipodes des projets qui veulent se servir de la religion comme moyen de légitimation du dessein prosaïque par excellence qu’est le projet politique.

Mesdames et messieurs,

Si nous voulons mettre la foi religieuse qui est la chose la plus importante que nous avons en partage en ce qu’elle définit notre humanité radicale à l’abri des tentations funestes telles qu’elles se traduisent à travers le errements  criminels et avilissants de Boko Haram ou de DAESH, il nous faudra réfléchir à temps et agir efficacement. Nous avons besoin d’une éthique de conviction associée à une éthique de responsabilité.

Aussi le présent forum nous donne-t-il l’occasion de discussions qui nous permettront d’établir un certain nombre de constats. Nous verrons alors que si l’islam prospère de façon prodigieuse, force reste toutefois de ne pas perdre de vue que cela se passe dans un environnement caractérisé par une absence totale de normes un tant soit peu rigoureusement définies. Ainsi est-il par exemple de la construction et de l’animation des mosquées. Aucune règle véritable édictée dont la mise en œuvre contrôlée par l’Etat n’existe en la matière. Les mosquées sont construites à l’emporte-pièce. Les prêches du vendredi ne sont soumis à aucune forme d’orientation de la part de quelque autorité.

Les prêches à travers les médias audiovisuels sont faits dans l’improvisation totale, en direct et  là également sans la moindre orientation d’une quelconque tutelle.  Il en est de même en ce qui concerne les prêches sur les espaces publics au cours desquels les prêcheurs quel que soit leur niveau de culture et de compétence sont libres de toute forme de détermination tutélaire.

C’est la même règle de l’anarchie qui prévaut dans la création et le fonctionnement des écoles coraniques. Celles-ci continuent d’exister selon un modèle éculé, caractérisé par une absence remarquable de cahier des charges, de programme véritable et même de vraie finalité, reproduisant ainsi un système de fabrique de jeunes voués à l’improfessionalité et à la pauvreté.

Mesdames, Messieurs,

Pour remédier à la situation que je viens de décrire, nous avons prévu de nous appesantir sur les 4 thèmes suivants:

– la problématique de la construction des mosquées et de leur fonctionnement;

– les écoles coraniques: état des lieux et perspectives d’évolution;

– la problématique de l’exercice des prêches et des prédications;

– l’islam, religion de tolérance et se paix.

Pour chacun de ces thèmes nous aurons droit à des présentations faites par des experts nationaux. Nous avons également invité des experts de pays frères comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et le Tchad qui nous feront part de l’expérience de leurs pays respectifs dans chacun des domaines traités par les différents panels.

L’objectif que mon département ministériel confère au présent Forum est de nous donner l’opportunité de bien cerner le contenu de la mission qui lui est assignée sur les questions religieuses. En effet, s’il est vrai que le ministère de l’Intérieur a toujours assuré la tutelle des cultes, il est tout aussi vrai que cela a jusqu’ici tenu à des choses simples, si bien que cette sphère a comme été reléguée dans une espèce d’impasse administrative et juridique. Il me semble que le moment est arrivé pour que nous mettions en place le dispositif législatif  et réglementaire sans lequel le règne de l’anarchie va un jour entraîner  notre pays vers des situations dont certains pays musulmans ont profondément souffert.

Mon vœu le plus cher est que nous puissions procéder à une réflexion rigoureuse, faire des recommandations pertinentes et nous atteler à leur mise en œuvre intelligente. Ainsi l’Etat assumera alors pleinement une de ses fonctions régaliennes par excellence et créera les conditions d’une meilleure organisation de l’encadrement de la pratique de la religion dominante, qu’est l’islam. Cela favorisera indubitablement l’ordre dont la religion a besoin. Cela donnera plus de valeur institutionnelle aux activités des Oulémas, des prêcheurs et de tous ceux qui œuvrent pour la promotion de l’islam. Cela mettra fin aux tentations des discours d’intolérance que nous notons de plus en plus entre les différentes obédiences de l’islam ainsi que vis-à-vis des autres confessions, le christianisme notamment. Ainsi nous revaloriserons nos instruments du dialogue intra et inter religieux, si nécessaire pour combattre l’obscurantisme et l’intolérance.

Après ce Forum nous en organiserons un autre qui va porter sur le même thème de l’encadrement de la pratique de la religion chrétienne..

Mesdames et Messieurs, c’est convaincu que le parterre des personnalités que j’ai devant moi sera à la hauteur des ambitions que je nourris pour ce Forum et qu’il résultera de vos débats des conclusions fécondes, que je déclare ouvert le Forum portant sur le thème  « Prévention de la radicalisation et de l’extrémisme religieux violent à travers la définition des normes de l’encadrement de la pratique de la religion musulmane au Niger » .

                                                                                             Je vous remercie.

Bazoum Mohamed, Ministre d’Etat, Ministre de  l’Intérieur, de la Sécurité Publique, de la Décentralisation et des Affaires Coutumières et Religieuses.

 

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