Le samedi 11 novembre dernier, journée très chargée pour le Ministre de la Défense Kalla Moutari. Après un périple marathon qui l’a successivement conduit dans les départements de Madarounfa et de Guidan Roumdji, dans le cadre de sa mission de supervision de la campagne agro silvo pastorale 2017, il a rencontré au soir, dans la salle des réunions de la ville de Maradi, l’ensemble des composantes qui forment ce qu’on appelle là-bas « les Elhadjs de Maradi ». Une rencontre qui n’était pas prévue dans son agenda officiel, mais qu’il a tenu à effectuer pour comprendre et trouver des solutions aux convulsions qui agitent cette corporation, depuis l’entrée en vigueur de certaines mesures douanières.

Langage de vérité…

En effet, profitant de la polémique autour de la loi de finances 2018, certains hommes politiques à Maradi ont commencé à proférer des accusations qui prêtent à la Renaissance l’intention de saborder l’économie régional. D’entrée de jeu, le ministre Kalla a été on ne peut plus clair. « … On a entendu sur des médias certains politiciens d’ici dire que nous voulons tuer le commerce ici  … Je voudrais savoir c’est quoi le problème ?… Surtout, ce que je veux de vous, ce sont des propositions… » C’est en ces termes sans ambages que le ministre de la défense, a entamé sa rencontre avec les représentants des commerçants de sa région natale.

C’est alors que Elh Sani Souley Nakoukou dit Na Salé, Président de la chambre consulaire régionale et président du syndicat des commerçants a pris la parole pour remercier le ministre Kalla pour avoir pris l’initiative de les rencontrer pour les écouter, malgré son programme trop chargé. Et Na Salé de continuer à égrener les problèmes auxquels font face les commerçants de Maradi et l’économie régionale en générale.

Le premier obstacle mis à l’index par le président du patronat régional, c’est cette nouvelle mesure qui limite les points de sortie des marchandises à l’export à deux(2) seulement dans la Région de Maradi, au lieu de cinq (5) auparavant. Plus incompréhensible relève, « le patron des patrons », Zinder s’est retrouvé avec 4 points de sortie, Diffa avec 3, Tahoua avec 4… « Pour une capitale économique, nous pensons Monsieur le ministre que cela est non seulement une discrimination, mais surtout une mesure contraire au développement de l’économie régionale et nationale… ».

L’autre problème évoqué par les commerçants, c’est celui du délai de traitement des véhicules dits de « convoi » ; ces véhicules affrétés par les « petits commerçants » pour transporter leurs marchandises du Nigéria voisin jusqu’à Maradi. Aujourd’hui, ces véhicules passent plus d’une semaine à la brigade des douanes avant d’être dédouanés, alors que, déplorent les commerçants, la moitié des marchandises transportées est périssable. Résultat, par cette lenteur dans le traitement douanier, beaucoup de commerçants opérant dans le secteur des crus sont ou ruinés ou endettés.

Le problème sur lequel les commerçants de Maradi ont le plus jasé, c’est celui du non-paiement de leurs factures liées au programme Maradi Kolliya. Nombreux sont aujourd’hui ceux qui clament haut et fort qu’ils ont été ruinés par ce « programme » qui a englouti toutes leurs économies, au point où ils ne peuvent plus rien entreprendre actuellement. Ce qui, à leurs yeux, explique l’arrêt des travaux dans la quasi-totalité des chantiers.

Leadership gagnant…

Pendant que les commerçants débitaient leurs problèmes, le Ministre Kalla Moutari prenait abondamment des notes, ou se tournait du côté du Gouverneur Zakari Oumarou pour prendre des précisions. Prenant la parole pour répondre à leurs préoccupations, il leur a fait la promesse solennelle que l’Etat ne faillira pas à ses devoirs. S’il y’a erreur ou discrimination quelconque, celles-ci seront immédiatement corrigées, a-t-il précisé. Aussi, les a-t-il exhorté à assumer pleinement leur part de responsabilité, notamment en respectant toutes les consignes de sécurité, en s’acquittant de tous les impôts et en exécutant dans les délais et les normes, les marchés publics dont ils sont adjudicataires… S’agissant de la polémique sur la loi des finances 2018, le Ministre Kalla Moutari a réitéré dans des mots clairs qu’il n’existe pas « d’impôt sur l’héritage » au Niger.

Trois jours après cette rencontre, qualifiée de « rencontre de vérité » par les observateurs sur place, le Gouverneur Zakari Oumarou convoque dans sa résidence la nuit, le syndicat des commerçants pour leur annoncer les bonnes nouvelles en provenance de Niamey. S’agissant des points de sortie des marchandises en transit vers le Nigéria, ceux-ci passent de 2 à 4. S’agissant du délai de traitement douanier des véhicules de « convoi », plus aucun véhicule ne trainera plus d’une journée à la brigade des douanes leur a-t-on promis désormais. En contrepartie, il leur a été demandé de veiller scrupuleusement à ce que les « convois » ne soient utilisés pour les trafics d’armes, de la drogue et d’autres produits prohibés qui peuvent menacer la sécurité intérieure. Concernant le paiement de leurs factures liées à Maradi Kolliya, un agenda de paiement leur sera notifié et tout semble indiquer que ces factures seront payées avant la fin de l’année, apprend-on.

Deux jours seulement après la rencontre de la résidence du Gouverneur, c’est autour d’une mission expresse de la Direction Générale des Douanes (DGD) de séjourner à Maradi. Elle a en effet tenu plusieurs réunions avec les opérateurs économiques sur place. Contactée par nos soins, la Direction régionale des douanes de Maradi confirme effectivement que depuis la rencontre du Ministre avec les opérateurs, les lignes sont véritablement en train de bouger.

Du coup, ces derniers temps c’est le branle-bas dans la « junte commerciale » de Maradi. Les réunions et autres rencontres s’enchainent au sein des différentes branches qui la composent. Et dans les fada de la capitale du Katsina et du Gobir, on ne parle plus que de cette rencontre avec les commerçants et surtout, de la manière avec laquelle le ministre Kalla Moutari a réglé la « montagne » de problèmes qui empêchait le sommeil aux commerçants de la capitale économique.

Une bonne leçon d’efficacité et de réactivité que les maradawa ne seront sans doute pas prêts d’oublier…

El Kaougé Mahamane Lawaly.

 

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