Du 22 au 23 Décembre dernier, le président français Emmanuel Macron était en visite au Niger. A cette occasion il  avait rencontré le président Issoufou, partagé un repas de Noël avec les forces françaises de l’opération Barkhane et co-animé avec le président Issoufou Mahamadou une conférence de presse. Deux préoccupations ont été au centre de la visite de Macron au Niger à savoir la sécurité et la démographie.

En parlant de la situation au Sahel, Emmanuel Macron avait avoué que c’était « là que se joue notre sécurité ». En effet, cela n’est qu’un secret de polichinelle au regard des intérêts français dans cette partie du monde. La France dépend énergétiquement de l’uranium nigérien ce qui fait qu’entre autres raisons, pour rien au monde la France ne saurait être indifférente à la situation sécuritaire du Niger. De ce point de vue, le Niger est un passage obligé pour Emmanuel Macron. Et à bien  lire les récriminations de l’opinion publique nigérienne, la France doit faire mieux pour le Niger. Il y a comme qui dirait une insatisfaction générale du traitement fait par la France au Niger relativement à l’exploitation minière malgré les efforts du gouvernement actuel dans le sens d’un partenariat gagnant-gagnant. Les Nigériens pensent à travers les réseaux sociaux qu’Areva ne fait pas assez par rapport au profit qu’elle tire de l’uranium nigérien. De ce point de vue, nous osons espérer que le président Issoufou a bien voulu dans son long tête à tête briefer le président Macron sur ce rapport truffé d’injustice et de déséquilibre entre le Niger et la France.

La question démographique

Une chose est sûre, à Niamey, l’on était loin de ce propos malheureux de Macron d’il y a quelques mois où il posait la question démographique comme un problème civilisationnel. Les Nigériens ont trouvé un Macron moins condescendant sur la démographie. Au contraire, le président français prétend vouloir accompagner la politique du gouvernement du Niger pour booster l’éducation de la jeune fille notamment dans le choix de son conjoint et du nombre d’enfants. Macron a recentré son discours à Niamey sur le planning familial. A ce sujet, c’est le président Issoufou qui a bien voulu faire l’exposé des motifs de la mesure du dividende démographique envisagée par le gouvernement. En effet, avec des chiffres à l’appui, le chef de l’Etat nigérien avait mis en évidence les tenants et aboutissants d’une bonne maitrise de la question démographique au Niger. Selon lui, la population nigérienne a tendance à se doubler désormais tous les 18 ans et le Niger est en passe d’être bientôt le deuxième pays le plus peuplé après le Nigeria. Il va sans dire que si on n’y prend garde, l’explosion démographique risque d’être un problème majeur au Niger. Et le président Issoufou a tenu a rassuré l’opinion que cette vision n’a rien à voir avec une intrusion française du moment où la question du dividende démographique fait partie intégrante du programme de la renaissance présenté aux Nigériens à l’occasion des élections de 2016. Dans ce sens, il n’y a rien à redire et Macron se trouve bien dans une zone de confort où il n’a pas besoin de faire de déclaration scandaleuse pouvant entacher sa visite dans un contexte de grogne sociale liée à la contestation de la loi des finances 2018. Le président Macron a annoncé plutôt une enveloppe au Niger comme appui à l’éducation de la jeune fille.

La question migratoire

Sur la question migratoire, ce qui frappe entre les discours de Macron et d’Issoufou c’est aussi leur dimension humanisante. Pour les deux présidents, il y a des préoccupations sécuritaires dans la migration clandestine. Le président Issoufou l’a clairement dit : les passeurs des migrants en Libye reviennent avec des armes au Niger. En tant que chef de l’Etat nigérien, il ne peut admettre cela au nom de la sécurité du peuple nigérien. Et le président Issoufou d’ajouter par ailleurs,  en tant que ‘’dirigeant africain’’ il est moralement insupportable de voir des jeunes africains jeter en pâture dans le désert ou en Méditerranée.  « La première raison est morale, parce que le dirigeant africain que je suis trouve insupportable que des milliers d’Africains viennent mourir dans le désert et en Méditerranée. […] Mais le Niger est aussi fortement engagé pour des raisons sécuritaires, parce que les passeurs qui amènent les migrants en Libye reviennent au Niger avec des armes. Cela pose donc un problème de sécurité », soutient le président Issoufou.

  Et comme pour s’accommoder à l’opinion publique africaine, le président Emmanuel Macron avait bien décrit le traitement inhumain et dégradant que subissent les jeunes africains candidats à l’immigration clandestine avant d’annoncer les mesures de son gouvernement conformément à son plan d’action de lutte contre l’immigration en rapport avec l’Union Européenne qui consiste à lutter contre les passeurs et l’appui aux pays africains pour y faire face.

Le plus important c’est que le président Macron tout comme le président Issoufou ont reconnu dans leurs discours que le problème migratoire n’est qu’une résultante du problème global de développement du continent africain. C’est pourquoi Macron a bien voulu rappelé la triptyque du président Issoufou ‘’Démocratie-sécurité-développement’’.

Un succès diplomatique certain pour le président Issoufou

Lorsque le président français visitait le Burkina Faso il y a quelques semaines sans passer par Niamey, cela a suffi pour les opposants et pourfendeurs du président Issoufou pour dire que rien ne va entre Paris et Niamey. D’aucuns ont même osé dire que macron bouderait Issoufou du fait de la présence de Hama Amadou (opposant principal du président Issoufou) sur le territoire français. Ceux-là feignent d’ignorer que l’exil volontaire de Hama Amadou n’est pas une inconnue en France ni au Niger. En effet, parler d’exil dans le cas Hama Amadou n’est-ce pas une contradiction dans les termes du moment où ce dernier était exfiltré ou disons-le tout net, avait bénéficié d’une évacuation sanitaire ? Cette anomalie est rabâchée par les partisans de Hama Amadou comme argutie politique alors que les Nigériens sont témoins que  le leader de Fa Lumana avait bénéficié de la clémence des autorités en place. En effet, comme à Koutoukalé sous Tandja, Hama Amadou avait fait croire au monde qu’il allait passer de vie à trépas. Il avait procédé par la victimisation à outrance jusqu’à ce que la justice nigérienne accède à sa demande d’évacuation sanitaire. Aujourd’hui l’opinion voudrait bien comprendre quel est le statut de Hama Amadou en France. Un Patient ? Un exilé ? Il est curieux de savoir comment un prisonnier bénéficiant d’une évacuation sanitaire pourrait-il bénéficier du statut d’exilé comme certains le racontent à Niamey ou à la diaspora ? Juste une parenthèse.

 Ainsi en venant à Niamey, Emmanuel Macron vient d’asséner un cinglant désaveu à ceux-là, des semaines durant, qui racontaient du fait Hama Amadou, Issoufou n’est plus en odeur de sainteté avec Macron. Et que dire de ce coup de massue d’Emmanuel Macron lorsqu’il déclarait en pleine conférence de presse : « Je veux ici le dire très clairement, Mahamadou Issoufou : vous êtes un exemple pour la démocratie. »

Il n’y a rien à redire. Ceux qui pensent que le Niger doit cesser d’avancer parce qu’ils ne sont plus aux affaires doivent souffrir du fait que la diplomatie n’est pas une question d’état d’âme. C’est le sérieux et la crédibilité du pays incarnés par un homme ou un régime qui sont en branle. Et la diplomatie d’avant-garde du président Issoufou ne cesse de surprendre ses pourfendeurs. Les hommes passent mais le Niger reste et demeure et c’est le Niger qu’il faut considérer. Depuis qu’Issoufou est aux affaires le Niger ne fait plus de la figuration dans les relations internationales. Et cela n’est pas le fruit du hasard. Il y a l’empreinte d’un homme : Issoufou Mahamadou. N’en déplaisent à certains !

Elh. M. Souleymane

 

 © NigerInter.com

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