Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Haut Représentant du Président de la République,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs  Représentants des
Organisations Internationales,
Mesdames et Messieurs,

 

Au moment où je m’adresse à votre assemblée, vous comprendrez toute l’émotion que je ressens devant l’immense vide que crée la disparition du regretté Président du Conseil Economique, Social et Culturel (CSOC), le Colonel Moussa  Moumouni  Djermakoye, arraché à notre affection, le 19  Novembre dernier.

Cette disparition constitue une perte immense pour le Conseil et pour l’ensemble de notre peuple qui gardent de lui le souvenir d’un homme affable, intègre et à l’écoute des autres, un homme pétris de l’esprit de consensus et soucieux de la préservation de la paix et de la cohésion sociale.

Je tiens, ici, au nom du peuple Nigérien, à lui réitérer un vibrant hommage pour son engagement au service de la nation, toute sa vie durant, d’abord en tant que soldat et en tant qu’homme politique ensuite.

Je vous prie de bien vous prie de bien vouloir observer une minute de silence pour le repos de l’âme de l’illustre disparu.
Je vous remercie.

Mesdames et Messieurs,
Le Conseil Economique et Social, dont nous inaugurons le deuxième mandat aujourd’hui, occupe une place irremplaçable au sein des institutions de la République.

Consacré par la loi fondamentale, il contribue, par ses avis et recommandations, à l’amélioration du bien-être socio-économique de nos populations.

Durant son premier mandat, il a su conduire, avec efficacité et beaucoup de responsabilité des débats constructifs sur les politiques publiques. Ses analyses pertinentes ont permis de les rehausser qualitativement et de proposer des recommandations utiles dans tous les domaines, contribuant ainsi et de façon très substantielle à la construction nationale.

Le succès enregistré par le Niger, pendant le précédent mandat,  porte, incontestablement, Mesdames et Messieurs les Conseillers, la marque de vos réflexions et de vos observations avisées.

En effet, en dépit des chocs liés aux effets des changements climatiques, aux menaces terroristes et criminelles, à la baisse des prix des matières premières et à la récession qu’a connue notre premier partenaire commercial, notre pays a enregistré des progrès indéniables ces dernières années avec un taux de croissance économique annuel moyen de 6,7 % par an. Cette croissance, inclusive,  a permis à des couches importantes de notre société de franchir le seuil de pauvreté, ramenant la proportion de pauvres de 59,5% en 2008 à 45% en 2016. Cela s’est traduit par des progrès dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau et à l’assainissement, de la création d’emplois pour les jeunes. Pendant cette période, l’initiative « 3N » a permis d’améliorer les conditions de vie des populations, des infrastructures routières, urbaines, énergétiques et de télécommunications ont été réalisées. Sans aucun doute, le Conseil Economique et Social a une part dans cette réussite.

 Mesdames et Messieurs,
La présente session inaugurale intervient, entre autres, au lendemain de la table ronde, tenue à Paris les 13 et 14 Décembre 2017, sur le financement du plan de la renaissance 2017-2021. Cette table ronde qui a permis d’enregistrer des annonces de financement, public et privé, à hauteur de 23 milliards de dollars pour un objectif de 17 milliards de dollars, a été un franc succès, un succès qui confirme a quel point notre pays a retrouvé sa crédibilité sur la scène internationale. Ces ressources, ajoutées aux ressources internes que compte mobiliser le Gouvernement, permettront d’injecter plus 16000milliards de francs CFA  dans la réalisation des priorités du plan de la renaissance.

Votre session, Mesdames et Messieurs les conseillers, intervient également au lendemain de l’adoption et de la création, par le Gouvernement, respectivement  de la feuille de route  et de l’organe d’orientation pour la mise en œuvre du plan de la renaissance 2017-2021. En tant qu’institution représentée dans l’organe d’orientation, vous aurez encore un rôle plus important à jouer que pendant le précédent mandat. En particulier, je voudrais que votre conseil nous apporte son inestimable contribution dans la mise en œuvre de l’axe 1 du plan de la renaissance, axe relatif à la renaissance culturelle. Celle-ci, comme vous le savez, doit servir la modernisation politique, économique et sociale de notre pays.

Mesdames et Messieurs,
Cela a déjà été dit, le Conseil Economique et Social émet des avis et des recommandations sur toutes les questions touchant à la vie de la nation, qu’elles soient politiques, économiques et sociales. Durant ce second mandat, nous souhaitons que vous vous appesantissiez, Mesdames et Messieurs les conseillers, sur la modernisation sociale de notre pays. Aussi, me permettrez-vous de placer la présente session inaugurale sous le thème de la renaissance culturelle, notamment de la modernisation sociale.  Dans cette perspective, il y a des valeurs  et des contre-valeurs que nous vous invitons  respectivement à  contribuer à promouvoir ou  à combattre.

La modernisation sociale que nous voulons, doit renforcer la cohésion et la stabilisation de la cellule familiale. Etre père et mère sont des fonctions.  La famille est une institution, la première institution de base de notre organisation sociale. Elle doit servir de vecteur en vue de transmettre les valeurs culturelles et de combattre les contre-valeurs.

Les valeurs, sur lesquelles l’accent doit être mis, vont du respect de la loi ( et donc de l’autorité) à la culture d’entretien en passant par la justice, l’égalité y compris celle du genre, la paix, la sécurité, l’unité nationale, le sens du devoir, le patriotisme, la solidarité,  la tolérance, le respect des  droits  humains, le cousinage à plaisanterie, la défense de l’intérêt général, le respect du bien public, le respect des engagements pris  et de la parole donnée, la discipline, le courage, la patience, le sens de l’honneur, l’intégrité, la dignité, la persévérance, l’esprit d’initiative, l’esprit de curiosité  et la soif du savoir, un niveau d’aspiration élevé, l’esprit de compétition, la recherche de la performance, l’esprit d’épargne etc….Je souhaite que vous, Mesdames et Messieurs  les conseillers, parce que pénétrés  des valeurs de notre société dont vous reflétez toute la diversité , puissiez méditer sur cette liste en vue, au besoin, de son enrichissement. Je souhaite de votre part la même réflexion sur la liste des contre-valeurs  qui vont  de la vénalité à l’ostentation et au gaspillage en passant par l’égoïsme, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le régionalisme, le communautarisme, le fatalisme, la superstition, les fausses rumeurs, la jalousie,  la tromperie, la calomnie, la médisance, l’ingratitude, l’hypocrisie, le mensonge, l’arrogance, l’incivisme, l’oisiveté, la paresse, le parasitisme,, la mendicité, la mentalité d’assisté, les mariages précoces ou forcés, la dépravation des mœurs la violence etc…

Mesdames et Messieurs,
J’aurai l’occasion de revenir sur toutes ces questions à l’occasion du Colloque qui aura lieu  sur la renaissance culturelle le 15 Février prochain  mais, permettez moi d’insister sur les mariages précoces et forcés, sur la scolarisation des jeunes filles, sur la transition démographique, sur l’unité nationale,  sur la corruption, sur la salubrité et la protection de l’environnement.

Pour que la famille joue son rôle d’institution de base de l’organisation sociale,  pour qu’elle joue son rôle de gardienne de la morale et des valeurs, il faut nécessairement  que le mariage soit un acte volontaire et non forcé. Par ailleurs, pour assumer les responsabilités de père et de mère, c’est-à-dire d’éducateur et d’éducatrice, de gardien et de gardienne des valeurs, il faut une certaine maturité qui ne peut généralement être acquise qu’avec l’âge. Dans tous les cas, comment une fille, forcée au mariage, peut-elle participer avec enthousiasme à la gestion du foyer commun ? Pour ceux qui sont prompts à invoquer les arguments religieux, je leur demande de méditer ce hadith du prophète (PSL) : un jour, une jeune femme était  allée  voir le prophète (PSL) Lui déclarant que son père voulait absolument la contraindre au mariage. Le prophète (PSL) lui laissa le choix de refuser ou d’accepter.  Par ailleurs, l’Islam reconnaît que la femme peut s’élever au plus haut niveau de spiritualité et ne saurait être invoqué pour empêcher la scolarisation des jeunes filles. D’ailleurs, indépendamment de l’utilité politique, économique et sociale de l’école, avoir un bon  niveau d’éducation et d’instruction peut, sans  doute, aider un père et une mère à mieux  assumer  leur responsabilité au sein de la famille. Le Gouvernement doit donc être félicité pour avoir adopté, récemment, un décret protégeant la scolarisation de la jeune fille. Ce décret doit être largement popularisé, en particulier par vous, Mesdames et Messieurs les Conseillers. L’école peut contribuer à  se mettre à l’abri de cette mise en garde  du coran : « et ne vous exposez pas au péril par vos propres mains ». N’est-ce pas s’exposer au péril par ses propres mains que de faire, par exemple, des enfants que vous ne pouvez ni nourrir, ni éduquer ni soigner ? Que dire des grossesses rapprochées qui fragilisent la santé  de la mère  comme  de l’enfant ? N’est-ce pour cela que  l’onanisme était permis du temps du prophète (PSL) qui, en y faisant allusion, avait dit : « si cela était mauvais, cela le serait pour la Perse et Byzance »,  empires considérés, à l’époque, comme les plus puissants  et les plus prospères du monde ?

Mesdames et Messieurs,
La modernisation sociale que nous voulons,  c’est aussi la détribalisation à travers la lutte contre le clanisme, le tribalisme, le régionalisme et le communautarisme. Nous sommes tous des citoyens égaux en droits et en devoirs dans une République une et indivisible. C’est là, l’un des principes fondamentaux de notre constitution. Les replis identitaires sont non seulement anticonstitutionnels mais aussi  contre nature, comme le prouvent les méfaits de l’endogamie liés à la consanguinité et ses incidences sur les maladies génétiques  et les malformations. La nature nous recommande, non pas le repli sur soi, mais l’ouverture. Sur le plan religieux, tous les croyants sont frères. En particulier, l’Islam prêche l’égalité universelle : tous les êtres humains, proclame-t-il, sont égaux comme les dents d’un peigne. Sensibilisez les citoyens, Mesdames et Messieurs les Conseillers, afin qu’ils restent soudés car c’est union qui constitue notre force. Sensibilisez les aussi  par rapport à cette plaie que constitue la corruption. J’entends souvent dire que c’est notre société, elle-même, qui tolère la corruption. Cela n’est pas vrai,  car celle-ci est condamnée, sans appel, par le coran  et par les autres livres saints: « ne dilapidez pas vos biens entre vous pour des vanités et ne  les utilisez pas pour obtenir la faveur des juges et dévorer injustement et sciemment une part des biens d’autrui » (Al Baqra, sourate 2, verset 188). Faisons l’inventaire de tous les hadiths et de tous les versets  qui condamnent la corruption et efforçons  nous de les diffuser dans toutes les couches de notre société. Il doit en être de même de la salubrité et de la protection de l’environnement : « la propreté est la moitié de la foi » ; « si un musulman plante un arbre ou ensemence un champ et qu’un être humain, un oiseau, ou un animal mange de ce qu’ils auront produit, il sera récompensé comme s’il a donné en charité » ; « va de l’avant, à condition que ce soit à titre de bienfaiteur et non de voleur, de cultivateur et non de destructeur ». C’est dire que l’Islam, comme les autres religions, réprouve la destruction de l’environnement.

Mesdames et Messieurs,

Le mandat, que nous inaugurons aujourd’hui, ne sera pas un mandat de tout repos, tant les enjeux sont nombreux et importants.  Je vous exhorte donc à vous imprégner du contenu du  plan  de la  renaissance dont les priorités portent non seulement sur la sécurité, sur les infrastructures, sur l’initiative « 3N », sur l’éducation, sur la santé, sur l’accès à l’eau et à l’assainissement et la création d’emplois, mais aussi sur la renaissance culturelle comme condition de la modernisation politique sociale et économique. Je vous exhorte à apporter votre contribution à la transformation progressive du Niger. Je sais que le Gouvernement peut compter sur vous. En vous souhaitant beaucoup de succès, je déclare ouverte la session inaugurale du deuxième mandat du Conseil Economique, Social et Culturel.

Je vous remercie.

Niger Inter

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