Cette semaine, le ministre d’Etat chargé de l’intérieur et de la sécurité publique, Mohamed Bazoum a accordé une interview exclusive à la chaine de télévision panafricaine Africable. Cet entretien réalisé par notre confrère Abdoulaye Barry a porté sur le G5 Sahel et la sécurité dans la zone sahélo-saharienne.

 

Africable : votre pays a pris la présidence du G5 Sahel à l’issue du 4ème Sommet des chefs d’Etat. Quels sont les enjeux de la présidence nigérienne du G5 Sahel ?

Mohamed Bazoum : Les enjeux ne changeront pas à mon avis parce que nous faisons face aux mêmes menaces avec les mêmes impératifs. Le premier des impératifs c’est celui de la mutualisation de nos forces, de nos capacités et l’amélioration de l’engagement tant de nos différents pays que de nos partenaires extérieurs sur le plan financier et technique.

Africable : en quoi la force du G5 Sahel notamment sa force conjointe est-il une solution là où 10 000 hommes de la MINUSMA et 4 000 hommes de Barkhane n’ont pas réussi à apporter des solutions adéquates au problème ?

 

Mohamed Bazoum : A mon avis personne ne peut penser que ça peut être la solution. Ça va être un moyen parmi d’autres pour une grande mobilisation. La Minusma au fond est une mission qui a vocation à conforter un processus de paix. C’est le concept comme ça. Est-ce qu’il était approprié à une situation comme celle du mali ? Assurément non. Pourtant autant l’on n’aurait pas dû ne l’envisager ? Certainement non. Mais il ne fallait pas se faire d’illusion. Et c’est pourquoi le président Issoufou n’a eu de cesse d’essayer de révéler tout cela, de mettre en évidence le fait que cette mission n’est pas tout à fait adéquate à la situation, à ses enjeux, à ses défis.

Africable : vous parlez de la Minusma ?

 Mohamed Bazoum : la Minusma effectivement, il fallait la changer. On avait eu besoin de changement à partir des résolutions du Conseil de sécurité mais à la fin on s’est rendu compte que l’ONU n’a pas vocation de faire tout cela. Il y a des épisodes ailleurs où peut-être des missions de l’ONU ont pu être plus engagées avec des mandats plus offensifs mais ce sont des épisodes qui ne se répèteront pas tout le temps. En tout cas l’ONU s’est avisée de ne pas l’envisager en ce qui concerne le Mali. Et du coup le président Issoufou a pensé qu’il fallait quand même une autre solution, une autre forme de mobilisation selon des modalités différentes et ça été le G5. Au départ, il faut se souvenir que le G5 était conçu au lendemain des événements du Mali de 2013 et de la grande mobilisation financière annoncée par les différents partenaires de fonds, chacun allant de sa propre initiative pour le Sahel. Le G5 avait été conçu comme un réceptacle de ces engagements là en vue de leur planification dans le domaine des infrastructures routières, ferroviaires…

Africable : On en parlera. Si je comprends un peu, vous dénoncez le mandat passif de la Minusma…

Mohamed Bazoum : Je ne le dénonce pas je le constate. Je ne peux pas le dénoncer, pour avoir été ministre des affaires étrangères, j’ai bien compris que l’ONU a une vocation qui n’est pas celle qu’on aurait pu croire. Au départ j’étais de ceux qui pensaient qu’il fallait un autre mandat à la Minusma mais à force d’en avoir parlé à l’ONU et ailleurs à l’occasion des différentes rencontres internationales, je me suis fait une idée et j’ai bien compris que ce n’était pas possible. Le président Issoufou ainsi que ses pairs ont profité de la création du G5 Sahel auquel était assignée une autre vocation pour l’éloigner de son premier concept et en faire une mobilisation à caractère militaire. Mais est-ce que c’est la solution ? Je ne le pense pas. C’est un moyen nécessaire, impératif.

Africable : à défaut d’un mandat offensif aux forces onusiennes présentes au Mali qu’est-ce qu’il faut faire ? Mettre un terme à leur mandat parce qu’elles ne servent plus à rien ?

Mohamed Bazoum : Non je ne le pense pas non plus. C’est vrai que c’est très couteux, c’est vrai que lorsqu’on compare le coût à ce qui est réalisé comme gain, on peut en venir à des conclusions un peu radicales comme vous êtes en train d’en  faire la suggestion. Mais moi je ne peux pas le dire et l’assumer avec bonne conscience.

Africable : politiquement c’est défendable, tous les jours les soldats maliens meurent ça ne peut s’expliquer…

Mohamed Bazoum : Je suis tout à fait d’accord avec vous, l’ONU a à se remettre en cause ; elle a à revoir le travail qu’elle est en train de faire. Le Mali est un bel exemple de remise en cause d’un certain nombre d’idées sur la base desquelles jusqu’à présent l’ONU a travaillé.

Africable : certains africains dénoncent le G5 Sahel, pour eux c’est un instrument aux mains de la France pour avoir la main sur nos pays et avoir une main mise sur la politique nationale…

 

Mohamed Bazoum : je ne vois pas sur quoi on peut se fonder sauf si l’on est totalement de mauvaise foi. Moi, je vous l’ai dit, pour avoir été à Nouakchott en 2014 lorsque le G5 Sahel avait été créé, Il avait vocation de créer un cadre qui va coordonner les engagements financiers de nos différents partenaires qui étaient allés chacun de son annonce. A l’époque il y avait l’initiative Sahel des Nations unies, l’initiative de l’Union Africaine, l’initiative de la CEDEAO, l’initiative de l’Union Européenne et bien des pays pris individuellement. On avait considéré qu’il fallait avoir un cadre de coordination pour qu’il y ait des grands investissements dans les infrastructures, dans l’agriculture, dans le pastoralisme, dans les télécommunications pour intégrer tout cet espace qui souffre justement du manque d’investissement économique, de son sous-développement même relativement au reste des territoires de nos différents pays. Mais par la suite lorsqu’on avait constaté l’impasse au Mali  et la dégradation de la situation en Libye, l’avènement de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad, tout cela a contribué à indiquer très clairement qu’on est loin de finir avec le terrorisme  pour penser au développement, aux investissements, à la mobilisation dans la lutte, pour la résilience des populations etc. Et il y a d’abord cette inflexion qui est une affaire des 5 Etats  d’abord qui ont défini les modalités de leur coordination militaire. Moi j’ai observé ces derniers temps, depuis que le président Macron est en place une forte mobilisation, un grand engagement de sa part. C’est peut être ça qui biaise le regard de ceux qui portent ce jugement sans nuance sur le G5 Sahel.

 Africable : Il n’ya  pas que ça Monsieur le ministre. Aujourd’hui on sait que les ressources financières du G5 Sahel à l’heure où je vous parle plus de 330 millions d’euros contrôlés par la France….

Mohamed Bazoum : comment ça, contrôlés par la France ?

Africable : gérés par la France, c’est la France qui dépense tout ce qu’on dépense c’est la France qui achète les équipements

Mohamed Bazoum : Vous ne pouvez pas le dire. Je vous en prie. Quand vous prenez les Etats-Unis, ils ont mobilisé 60 millions mais c’est dans le cadre des relations bilatérales avec chacun des pays, quand vous prenez l’Union Européenne elle a mobilisé 50 millions mais ça va passer dans des circuits qui n’ont rien à voir avec la France. La France a promis des équipements en ce qui concerne sa propre contribution. Les autres pays qui vont faire des annonces, qui sont des Etats souverains et qui ont leur propore politique en Afrique et au Sahel de façon générale, lorsque le 23 février on se retrouvera à Bruxelles ce ne seront des pays qui vont confier leur argent à la France.

Africable : l’Arabie Saoudite a donné 100 millions de dollars mais la France va avoir un droit de regard sur cet argent. C’est la France qui achète du matériel qu’elle remet aux militaires et puis on connait la qualité de ce matériel…

Mohamed Bazoum : pour le moment, il n’y pas de matériel qui était acquis, il faut le savoir ; il ne faut aller vite en besogne. Attendez de voir les choses pour que vous portiez ce genre de jugement. Pour un journaliste de votre niveau et avec les possibilités que vous avez de vérifier vos informations, vous ne pouvez pas le dire.

Africable : j’ai vérifié Monsieur le ministre. Regardez avec le sommet des chefs d’Etat du G5 Sahel, la ministre française des armées  a dit qu’elle va envoyer des partenaires au secrétariat permanent, l’Espagne, l’Italie, l’Union européenne, tous ces gens veulent venir  contrôler le G5 Sahel.

Mohamed Bazoum : si nous pouvions nous passer de tous ces gens-là, nous n’aurions pas lancé des appels pour qu’ils mobilisent leur argent pour notre compte. Il faut savoir ce qu’on veut. Ou bien on est totalement souverain, autosuffisant et on n’a besoin de l’aide de personne, on fait les choses avec ses propres moyens, on se passe de toute forme de relation de ce genre avec qui que ce soit, ou bien on a besoin des autres et on reste dans la coopération jusque y’et compris dans les aspects où les expertises peuvent nous manquer. Jusque y compris dans la gestion des finances, je crois que nous avons besoin de cette expertise pour une organisation avec une administration embryonnaire qui a  à gérer de l’argent d’un certain montant, très important. Ce sont des détails sur lesquels il ne faut pas s’attarder du tout, il faut plutôt regarder l’avenir qui est de savoir au fond quels que soient les moyens dont nous pouvons disposer aujourd’hui est-ce qu’il y aura la solution aux défis qui sont en face de nous.

Africable : les analystes disent que la guerre au Mali coûte excessivement aux forces Barkhane : deux millions d’euros par jour, la France ne peut plus tenir l’effort de guerre, elle veut se désengager, elle veut avoir un instrument comme le G5 Sahel. Que dites-vous ?

Mohamed Bazoum : ce serait juste et légitime de leur part qu’ils fassent, le cas échéant, une telle réflexion. Moi je n’en serais pas choqué. Ce n’est pas moi qui finance le budget de la France pour savoir s’ils ont des capacités à maintenir le cap dans leur engagement au Sahel ainsi qu’ils l’ont fait jusqu’à présent. Mais si un jour ils devaient décider de partir parce qu’ils n’en ont plus les capacités financières, je l’accepterais volontiers. Donc moi je respecte la France dans ses engagements et ce qu’elle fait. Ceux qui sont dans d’autres postures et qui peuvent tirer avantage de ces postures-là, ils peuvent faire un autre raisonnement. Mais moi compte tenu du niveau de mes responsabilité et compte tenu de ce que je sais, ça ne peut pas être ça ma position tout simplement. Elle peut ne pas être confortable car si aujourd’hui je devais tenir un discours radical contre la France cela serait   particulièrement gratifiant vis-à-vis  d’une certaine opinion, mais mes responsabilités commandent que je ne verse pas dans la facilité.

Africable : comment faire pour que le G5 Sahel  soit un outil purement adapté pour les dirigeants africains au service de l’Afrique, au service de la lutte contre le terrorisme, au service du développement ?

Mohamed Bazoum : c’est ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui. Nous sommes sur ce chemin-là, il faut espérer que quand nous aurons acquis le matériel qui va être financé au moyen des ressources qui ont été annoncés, nous ayons des armées dans nos différents pays qui sont en mesure de l’utiliser judicieusement et qu’elles soient aptes à en profiter pour faire la différence avec les terroristes. C’est ça le défi tout simplement et c’est notre défi. Il faut que nos armées soient à la hauteur. Personne ne le fera à notre place. Si nos armées ne sont pas à la hauteur du défi du terrorisme tel qu’il prévaut aujourd’hui au Mali, au Niger et au Burkina Faso pour citer les trois pays qui sont le plus affectés par le terrorisme alors ce ne sont pas les autres qui vont se mettre à notre place. Les ressources du G5 Sahel vont nous donner des équipements ; des capacités de renseignements de nos forces, nous aurons même une coopération à caractère opérationnel  sur le plan militaire. C’est possible lorsque tout sera mis en place parce qu’en dernière instance c’est de cela qu’il s’agit et rien d’autre.

Africable : Vous parlez des renseignements, on sait que la France a des moyens efficaces pour avoir des renseignements mais elle ne partage pas ces renseignements. C’est ce que déplorent nos forces de défense et de sécurité.

Mohamed Bazoum : je ne sais pas, moi je ne suis pas sur le terrain opérationnel mais comme ministre de l’intérieur, des informations passent sous mes yeux qui me semblent provenir des sources qui ne sont pas nigériennes franchement parce que nous nous n’avons des capacités d’avoir ces informations-là. Ça c’est mon expérience vécue à moi ; ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’avoir  une telle expérience sont libres de dire ce qu’ils veulent. Je vais vous dire, il y a de cela quelques mois le président Macron avait annoncé une opération à la frontière du Mali et du Niger entre Assango et Menaka. Depuis que cette opération a commencé, nous nous avons un grand répit à notre frontière. Moi je pense que ceci explique cela. Est-ce que je peux être aussi ingrat  pour considérer que ces jeunes français qui se battent dans des conditions dures du terrain que je connais si bien, ce qu’ils font-là ne nous sert à rien. Je ne peux pas plus le dire.

Africable : Monsieur le ministre que répondez à ces africains qui de plus en plus nombreux à ne pas comprendre l’occupation de l’Afrique par des forces étrangères ? Il y a trop de forces étrangères dans la sous-région…

Mohamed Bazoum : Malheureusement c’est le terrorisme, qui les a appelées. Il y a de cela quelques années avant qu’il y ait le terrorisme  quels que soient les efforts que vous auriez fait à dire à des français de venir stationner des forces importantes aux coûts onéreux, ils ne l’accepteraient pas. La preuve, ils n’étaient pas là ; alors s’il y a des enjeux économiques, pourquoi il y aurait plus d’enjeux pour qu’ils soient là aujourd’hui plutôt qu’hier ? C’est le défi du terrorisme qui a occasionné cette mobilisation parce que le défi du terrorisme n’affecte pas que l’Afrique. Les occidentaux savent que ça débordera un jour, puisque le terrorisme n’a pas de frontière ; il est international. Lorsqu’ils luttent contre un terrorisme local. ils luttent contre un terrorisme qui peut affecter la France, les Etats-unis. Ils ne luttent pas que pour nous, ils luttent davantage pour eux que pour nous. Là-dessus nous nous comprenons très bien et c’est comme cela que je m’explique le fait que vous avez de plus en plus des militaires des pays européens et occidentaux de façon générale dans certains pays africains en particulier l’Afrique de l’ouest où prévaut le plus cette menace-là.

Africable : puisque même les militaires refusent de mourir pour un leadership politique corrompu, une gouvernance sans vertu est-ce normale qu’une poignée d’individus puissent mettre en déroute tout une armée ?

Mohamed Bazoum : je ne sais de qui vous parlez mais je vais vous dire une chose. A chaque fois que les militaires ne se sont pas battus il y a eu un carnage dans leurs rangs. Donc de penser qu’en ne se battant pas ils se protègent ; ils ne se protègent pas. Bien au contraire. Mais à chaque fois, a contrario, qu’ils se battent ils ont économisé des vies dans leurs rangs. C’est ce qu’ils savent…

Africable : il faut une bonne gouvernance…

Mohamed Bazoum : je ne sais pas en quoi cela est lié à la gouvernance…

Africable : Parce le militaire qui est au front lorsqu’il pense que vous son ministre vous détournez de l’argent, lorsqu’il pense que son chef d’état-major détourne de l’argent, lorsqu’il pense que son chef ne lui envoie pas sa dotation normale, il ne va jamais se battre pour son pays.

Mohamed Bazoum : moi je peux vous dire qu’il est arrivé que nos soldats se comportent convenablement parce que tout simplement sur le terrain il y a un commandement qui a été efficace et ils se battus, ils ont eu des résultats. Et à chaque fois qu’il y a eu une défaillance, dans la caserne même qui est attaquée nous avons une situation catastrophique. Donc cette idée facile, simpliste même de tout expliquer par  la mauvaise gouvernance, si elle peut faire plaisir aux gens qui ne sont pas avertis ne règle pas le problème sur le terrain pour nous. Pour nous autres, qui avons vocation à améliorer les choses en faisant le bon diagnostic c’est un faux diagnostic celui-là.  Il est bon pour ceux qui n’ont aucune responsabilité et ils sont très heureux ceux-là. Cela dit, je ne nie pas ici et là qu’il puisse y avoir une certaine incurie qui peut porter préjudice. Ce que je disais tout à l’heure, il ne faut pas le prendre au premier degré non plus. je reste nuancé, mais je m’insurge contre les explications trop faciles.

Africable : Est-ce qu’on peut vaincre le terrorisme par les armes selon vous ? Le tout militaire peut-il vaincre le terrorisme ?

Mohamed Bazoum : on n’a pas le choix malheureusement. C’est ma conviction intime. Quand vous prenez ce qui se passe avec Boko Haram chez nous, moi j’ai un camp de repentis que j’ai visité avant-hier, plus de la moitié sont des jeunes du Nigéria qui n’auraient rien à faire au Niger. Tous ceux qui nous attaquent ce sont des gens du Nigeria alors comment voulez-vous qu’on parle avec des jeunes du Nigéria, des voyous, des drogués. Quand vous prenez du côté du Mali, c’est un certain Sahraoui qui est le chef de ceux qui nous  attaquent. Comment vous voulez vous  qu’on parle avec des gens comme ça, de quoi nous allons nous parler ?  J’ai essayé de promouvoir le dialogue avec des gens pour qui je n’avais pas beaucoup d’estime

Africable : certains pensent que la solution serait de tendre la main à Iyad ag Agali parce que vraiment c’est le vrai maitre du désert aujourd’hui.

Mohamed Bazoum : ça c’est aux maliens que ça se pose, je n’ai pas à faire directement à Iyad ag Ghali. Il y a certes des jeunes nigériens avec lui mais la plupart sont avec Sahraoui qui veut instaurer un Etat islamique. S’il y  avait la moindre occasion de trouver un terrain d’entente avec lui je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas.

Africable : pourquoi ne pas négocier avec l’Algérie qui le protège ?

Mohamed Bazoum : c’est vous qui le dites.

Africable : oui j’ai des informations il est protégé par l’Algérie. Aujourd’hui l’Algérie refuse d’avoir une base française à Tessalit c’est à dire à 300 mètres de ses pipelines …

Mohamed Bazoum : je reçois votre information, c’est bien.

Africable : pour négocier il faut impliquer l’Algérie ou non ?

Mohamed Bazoum : je ne sais pas, je n’ai rien à voir avec ces questions-là vraiment. Je suis solidaire avec le gouvernement du Mali, je suis solidaire avec l’accord de paix qui exclut  le principe de la discussion avec les terroristes. Je fus ministre des affaires étrangères et par conséquent membre de la délégation de mon pays que j’ai conduite dans les discutions à Alger et j’ai apporté une grande contribution dans ces discussions entre nos frères du Mali et les membres de la rébellion de l’époque. Pour le moment l’application de l’accord n’a pas été aussi rapide qu’on l’aurait souhaité, il faut vite se reprendre, que nous nous remobilisions tous au niveau régional, international pour accélérer la cadence de la mise en œuvre de l’accord. Nous sommes corps et âme engagés pour que cet accord soit mis en œuvre.

Africable : vous parlez tout à l’heure de l’accord de paix du Mali. Certains pensent que ce serait une partition du Mali. Est-ce que c’est votre point de vue ?

Mohamed Bazoum : non ce n’est pas mon point de vue. Nous sommes contre la partition du Mali, c’est une prise de position à caractère idéologique bien connue sur laquelle nous sommes dogmatiques. Nous ne pouvons jamais contribuer à créer une situation qui serait un précédent dangereux. Si ça affecte le Mali aujourd’hui demain ce serait le Niger.

Africable : au Niger il y a beaucoup de forces ces dernières années. Où est-ce qu’on en est aujourd’hui sur le plan sécuritaire ?

Mohamed Bazoum : je pense que le grand mérite du président Issoufou c’est d’avoir très vite compris aussitôt qu’il était arrivé au pouvoir en avril 2011 pendant que se déroulaient les événements en Libye, juste avant la chute de Kadhafi, le retentissement de cette situation lorsque produira la chute de Kadhafi. Nous avons en effet prévu les percussions de cette situation, nous avons pris le devant et le président Issoufou a mis en œuvre une gouvernance qui nous a mis à l’abri des évolutions prévisibles. Ainsi avons nous par conséquent mis en œuvre des mécanismes qui nous ont permis d’éviter le délitement de l’Etat.

Africable : est-ce que tous ces efforts ne seront pas vains tant que la libye restera sans Etat ?

Mohamed Bazoum : absolument c’est notre conviction. Quand vous avez un pays aussi riche que la Libye où vous aurez toujours de richesses qui peuvent être à la portée des organisations criminelles telles qu’elles se déploient aujourd’hui tant qu’il en sera ainsi il n’y aura jamais de paix.

Africable : quelle est la solution pour la Libye pour vous ? Il faut une autre intervention ?

Mohamed Bazoum : ce n’est pas possible, personne ne l’envisagera. Même la première, vous avez vu la perfidie avec laquelle elle a été menée. Ceux qui l’ont faite avaient évité de prendre le risque de la mort d’un seul de leur soldat, ils ont détruit un Etat, ils ont détruit un pays qui était un verrou pour la sécurité de l’espace sahélo-saharien et puis ils l’ont abandonné. Ils ne se sacrifieront pas et ils ne se sacrifieront pas un seul de leur soldat aujourd’hui pour restaurer l’Etat libyen. Vous pouvez compter sur eux, ils vont observer la Libye patauger dans cette situation et il appartient aux libyens eux-mêmes d’éviter le jeu des puissances plus ou moins grandes qui interfèrent, qui les opposent. Je connais plus ou moins les acteurs, je sais qui est derrière qui, tant qu’ils ne prendront pas conscience qu’ils ne sont que des marionnettes entre les mains des puissances étrangères, tant qu’il n’y aura pas un sursaut entre libyens leur pays continuera à se déliter.

Africable : Saif El Islam, le fils de Kadhafi s’organise, il est soutenu aujourd’hui par plusieurs tribus. Est-ce qu’il serait la solution pour la Libye ?

Mohamed Bazoum : Il peut jouer un rôle important. Il faut pour cela que les Nations Unies le comprennent. Il faut qu’on mette fin à la mesure injuste prise contre lui de vouloir le déférer devant la CPI et il le rendre libre pour qu’il joue un rôle positif. Je ne pense pas qu’il soit là encore. La solution, puisqu’on ne fait pas de miracle dans des situations de ce genre. Mais, il est représentatif d’un courant important dans l’opinion de la Libye. Je pense que c’est quelqu’un qui a eu une  grande expérience qui sera capable de jouer un certain rôle. Il faut donner la chance à tous les libyens et c’est pourquoi moi je plaiderai pour que ces mesures à son encontre soient levées puisque je suis convaincu qu’il jouera un rôle. Est-ce pour autant qu’il soit la panacée, je connais trop les difficultés de la Libye, le caractère hétéroclite des tribus en Libye et les enjeux entre eux pour penser que ce soit la solution.  Mais il jouera un rôle extrêmement important dont nous avons besoin, nous en tout cas les pays du Sahel et tout le monde doit avoir conscience de cette situation.

 

Interview retranscrite par Elh. Mahamadou Souleymane

Niger Inter

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