Dans notre précédente édition, nous avons publié la première partie de notre recherche sur la prostitution des mineures à Niamey où nous avons décrit ce phénomène.  Dans cette  deuxième partie, nous avons eu des réponses à certaines énigmes qui entourent cette mauvaise pratique où se joue l’avenir des petites filles dans notre société. Nous avons eu également des témoignages intéressants qui nous autorisent à dire qu’il urge d’agir.

« Entre fin 2016 et début 2017, la DPMF/DSP a organisé 09 opérations sur ces sites identifiés.  Sur 431 filles raflées, 192 étaient des mineures (9, 04 % ont entre 10-15 ans, 35,49% ont entre 15-18 ans… », nous a confié le Commissaire de police Mme Boubacar Adiza Adamou.

Malgré la décision du Conseil des ministres du 12 janvier 2018 (où la ministre de la promotion de la femme avait fait une communication sur les jeunes filles mineures en situation de débauche dans la ville de Niamey) et le regain d’intérêt sur la question à travers les médias, par témérité ou insouciance, nous ne sommes pas à la veille de l’arrêt des virées nocturnes des petites filles à Niamey. Elles vaquent normalement à leur spécieuse occupation. On les rencontre juste après le crépuscule, car à la différence des professionnelles aguerries, les mineures sont encore sous le toit familial.  Selon leurs propres témoignages, sur le terrain, elles opèrent entre 20h et 23 h pour rentrer à la maison un peu tôt.

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 A notre préoccupation de savoir quelle complicité existe entre ces filles et les gérants d’auberges, nous avons découvert que ces ‘’hôtels’’ dont la vocation est de profiter de ces innocentes qui viennent elles-mêmes avec leurs clients ne sont destinées en réalité qu’à ce trafic. Des individus véreux ont mis leurs villas à la disposition de cette clientèle pour assouvir leur soif du gain. On reconnait ces auberges par leur refus catégorique à accorder leurs chambres aux clients qui entendent séjourner pour plus d’une nuit. La raison c’est qu’avec « les filles », les affaires sont on ne peut plus florissantes. Tenez : un responsable d’un de ces lieux nous a confié qu’il fait une nuit au minimum 50 clients à 5000 FCFA ! Nul doute que ce chiffre multiplié par 7 ou 30 rapporte des gros sous plus en temps réel. Le blanchiment d’argent passe aussi par là puisque cette activité n’est pas déclarée au fisc à plus forte raison verser quelques pièces au trésor public. Les gérants déclarent au fisc les montants de leur choix. Encore faut-il avoir assez de scrupule pour déclarer le butin de ce trafic.

L’autre caractéristique de certaines de ces auberges, est qu’il y a des filles à l’intérieur, destinées aux clients qui viennent sans compagnie. Dans un de ces lieux de débauche, il est inscrit sur une plaque au portail : « Interdit aux mineurs et aux personnes en tenue », mais à l’épreuve des faits ce n’est qu’un effet d’annonce juste pour tromper la vigilance des uns et des autres. A l’intérieur, la réalité est tout autre. Ce funeste lieu et ce qui s’y passe, au cœur de notre capitale, est ignoré du grand public. Nous l’avons visité parce que les filles ont un faible pour ce lieu. Les petites filles rencontrées dans les environs de la Maison des jeunes Diado Sekou, Rivoli ou les carrefours des hôtels vous proposent d’abord Garabouli, le nom de cette tristement célèbre auberge.

Au niveau du Village chinois, l’autre lieu d’attraction des mineures, les filles ont changé leur fusil d’épaule. Elles s’introduisent à l’intérieur avec la complicité des tenants du village. Dans cette grande cour, à la portée des clients devant les chambres, elles faufilent autour des grosses cylindrées à la quête des clients. Pourtant dans ce village même des personnalités sont hébergées (ou sont clients ?). Tout ce beau monde est témoin du phénomène, mais rien pour décourager cette brochette de petites qui viennent s’exposer au danger. Pour comprendre le mode opératoire des filles au Village chinois, elles vous disent que c’est très simple : ‘’ Si vous êtes d’accord, je vais voir Tonton pour nous attribuer une chambre confortable ’’. Et justement ce tonton complice, nous l’avons vu fier de ses basses manœuvres dommageables tôt ou tard à ses petites filles. C’est son boulot !

Ce tonton fait partie du lot de ces proxénètes qui ont pignon sur rue. Selon nos sources, il y a des réseaux d’entremetteurs assez pernicieux. Il y a ceux qui répondent aux besoins de certains grands malades qui ont un faible pour les filles vierges.  Une fois la police avait pris en flagrant délit un cas où les filles âgées de 9, 10, 11 à 12 allaient connaitre leur premier rapport sexuel, n’eut été cette intervention. Et selon nos informations, ce sont souvent des personnes aisées qui sont dans ce trafic, ce qui rend le combat difficile contre le phénomène. Mais malgré tout, il arrive à l’équipe du Commissaire Mme Bouboucar Adiza Adamou de sévir dans son combat pour sortir les mineurs de ce créneau.

Pour réussir ce combat, il faudrait non seulement traduire la volonté politique des autorités en acte après la décision du Conseil des ministres qui s’était penché sur le phénomène, mais aussi il faudrait, à notre humble avis, mutualiser les efforts des parents, enseignants, medias et société civile en général.

L’entretien ci-dessous du Commissaire de la division protection des mineurs et des femmes donne l’ampleur du phénomène. Nous pensons qu’il va falloir attaquer le mal à la racine pour mieux l’éradiquer. Notre modeste contribution n’a d’autre but que d’indiquer quelques pistes pour inverser la tendance assez criarde du phénomène dans notre société.

 

 

Elh. M. Souleymane et Abdoul Aziz Moussa

(Niger Inter Magazine N°009)