La faction de la société civile insurgée contre la loi de finances 2018 continue les rounds bihebdomadaires de ses manifestations élargies désormais à l’opposition politique. Quoique la cause défendue par ces manifestations paraisse noble, il n’en demeure pas moins que des interrogations subsistent quant aux réelles motivations des organisateurs. En effet, sous le couvert de la défense des intérêts des masses populaires, il se cache bien des objectifs on ne peut plus malveillants. A écouter certains manifestants, vite, on se rend compte à l’évidence qu’il y a anguille sous roche.

Niamey, ce dimanche 11 Mars 2018, encore une marche de plus contre la Loi de Finances 2018. Une marche telle que prévue par les organisations de la société civile et l’opposition politique après que celle-ci soit adoptée par l’Assemblée nationale par 133 voix pour, 29 contre et une abstention.  En effet, la coalition de la société civile qui lutte contre la loi de finances 2018, certaines centrales syndicales qui lui viennent en renfort et l’opposition politique, prévoient de manifester toutes les deux semaines jusqu’à satisfaction de leur revendication : le retrait ou la révision de ladite loi. C’est ce qu’elles appellent des Journées d’Actions Citoyennes dont le but affiché  est d’obligé le gouvernement à revenir à ce qu’elles appellent « de meilleurs sentiments ». C’est là un véritable bras de fer qu’elles viennent d’engager contre le régime en place au Niger.

Ainsi, ce dimanche 11 Mars 2018, des milliers de personnes ont été mobilisées par la coalition de la société civile nigérienne, quelques-unes des centrales syndicales et l’opposition politique, afin de battre le pavé entre la Place Toumo et la Place de la Concertation.

Hadiza, jeune femme au visage dépigmenté, rougi et envahi par des points noirs, fait partie des manifestants. Elle s’agite au milieu de la foule en marche et crie à pleins poumons : « Nous ne voulons pas de la loi de finances 2018 ! Nous allons marcher et nous n’allons pas reculer jusqu’à ce qu’elle soit retirée par le gouvernement ! » Un grand homme noir, barbu et le crane rasé, marchant à ses côtés s’exclame : « Nous venons manifester, parce que le gouvernement vient de causer des préjudices à la population en créant de nouveaux impôts. Tout va devenir cher et d’ailleurs tout est cher déjà ! Nous sommes obligés de sortir ! » Et Hadiza d’ajouter : « La population reste toujours à l’écart des activités qui se font dans la gestion de l’Etat et jamais elle ne s’y mêle. Cette fois-ci elle vient d’être importunée ! Personne ne va nous empêcher de crier notre colère ! » Le géant barbu au crane rasé, se met à scander : « A bas la loi de finances 2018 ! A bas le régime de la 7ème République ! A bas l’injustice ! »

L’injustice, cette tare est ce que la loi de finances 2018 est vecteur. C’est du moins ce que pense et met en avant Moussa Tchangari, un des organisateurs de la manifestation de la société civile qui conteste la loi de finances 2018. En effet, dans sa lecture de la déclaration à la place de la concertation, celui-ci assure : « La lutte que nous menons contre la loi de finances 2018 est une lutte contre l’injustice ; et face à l’injustice, il n’y a rien de plus légitime que d’user de son droit de manifester ».

La manifestation du 11 Mars 2018 que les organisateurs appellent aussi ‘’Journée d’Actions Citoyennes’’, ou JAC en abrégé, sert d’occasion pour poser d’autres revendications. C’est ainsi, qu’on entend des slogans du genre : « A bas la corruption ! », « Ramenez nous nos 200 milliards ! » Ou encore : « A bas les forces d’occupation ! »

Les forces d’occupation, l’autre préoccupation qui revient souvent sur les lèvres de plus d’un nigérien et que dénonce le slogan, ici scandé, sont les forces militaires étrangères présentes au Niger dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la migration clandestine. Ce que Moussa Tchangari appelle « le bradage de la souveraineté nationale », et qu’il ne manque pas de décrier dans sa déclaration : « Jamais un régime n’a aliéné autant la souveraineté nationale en invitant des forces étrangères à venir s’installer dans le pays.»

Quoique la cause défendue par ces manifestations paraisse noble, il n’en demeure pas moins que des interrogations subsistent quant aux réelles motivations des organisateurs.

En effet, sous le couvert de la défense des intérêts des masses populaires, il se cache bien des objectifs on ne peut plus malveillants. A écouter certains manifestants, vite, on se rend compte que la loi des finances 2018, la corruption et les détournements des fonds publics ne font partie que des enjeux d’arrière plan pour lesquels ils luttent.

« Aujourd’hui est un jour qui donne la preuve concrète que c’est à nous la majorité non aux usurpateurs qui sont au pouvoir ! C’est à nous la légitimité populaire ! » Annonce, sans détour, Yacouba Naroua Massalatchi, Président des Jeunes du Moden Fa Lumana, principal parti de l’opposition.

Dès l’instant où la déclaration à l’ordre du jour de la manifestation commence à être lue, on entend un slogan qui fuse : « Palais ! Palais ! Palais ! » Celui-ci est lancé par un homme souffrant d’une calvitie naissante et d’un front qui fuit. Un homme du genre que vous croisez dans les allées des ministères à la recherche des marchés publics.

Ce qui explique clairement les intentions de certains manifestants, apparemment peu nombreux ce 11 Mars 2018. Aller au Palais Présidentiel ? Pour quelle raison ? Dans la ferme intention de s’en emparer et d’en chasser les occupants. Pour qui ? Allez savoir ! C’est ce que Bazoum Mohamed, le Président du PNDS Tarayya, parti au pouvoir, a généralement dénoncé en parlant de « projet funeste de l’opposition concocté…au forum du parti Moden LUMANA tenu à Abidjan…visant à organiser l’insurrection sur la base utopique d’une unité d’action avec la société civile et les syndicats ».

Selon toute vraisemblance, les nigériens, contestataires de la loi des finances 2018, n’entendent pas le son des sirènes ou font semblant de ne pas se rendre compte du danger qui guette le Niger par le seul fait de vouloir semer l’anarchie à toute occasion.

Les associations islamiques ont-elles compris mieux que quiconque que l’atmosphère sociopolitique va en s’assombrissant et fait oublier aux nigériens l’essentiel, quand elle propose leurs bons offices ? Mais, les contestataires aujourd’hui réunis à la place de la concertation se disent être étonnés par l’attitude de ces associations et cachent avec peine leur doute sur leur impartialité.

De toutes les façons, Moussa Tchangari, suspend la lecture du texte de la déclaration pour s’adresser à la foule et ramène, ainsi, le calme. Il demande ensuite aux manifestants d’attendre un éventuel mot d’ordre.

La discipline revenue, il continue sa déclaration dans laquelle il lit : « les ténors du régime actuel n’ont plus qu’un seul choix : réviser leur loi de finance ou dégager ! »

La déclaration de Moussa Tchangari finit sous des insultes et des quolibets difficiles à dire ici parce qu’inacceptables.

Il est vrai qu’elle intime cet ordre aux gouvernants de « ravaler votre orgueil et vous plier devant la mobilisation de la population contre cette satanique loi de finances 2018 et le bradage de la souveraineté nationale », mais elle ne satisfait pas ceux qui veulent en découdre avec le pouvoir. D’où, certains se retournent chez eux avec un sentiment d’inachevé et très remontés contre ces acteurs de la société civile qui refusent de lancer le mot d’ordre qu’ils attendent avec impatience.

Face à tous ces excès, les acteurs de la société civile ne donnent-ils pas raison à leurs détracteurs qui les considèrent être des sous-fifres ou des faire valoir à la merci des politiciens ? Peut-être que les insultes s’adressent aussi aux politiciens qui sont là !

Ils sont là tous les ténors de l’opposition et apparemment plus nombreux que les acteurs de la société civile de premier plan. Sans la lecture faite du texte de la déclaration par un de ces derniers, la manifestation sera dite une manifestation de l’opposition. Mais, les acteurs politiques, ici présents, sont bien dans leur rôle de personnages publics qui attendent, dans une impatience mal contenue, la moindre occasion sur laquelle bondir proprement. Et c’est sans intérêt qu’ils entendent le mot d’ordre qui aussi a tout l’air d’être le mot de la fin : « Le 15 mars 2018 est la Journée Internationale des Consommateurs, nous invitons tous les citoyens à une journée ville morte sur l’ensemble du territoire national ».

On le voit, l’intention des uns et des autres est clairement affichée : descendre un jour sur la présidence. Les échanges entre certains manifestants et des propos tenus par quelques-uns en disent long sur le caractère hautement politique de cette manifestation. Dans un conteste d’insécurité ambiante, il faut prendre très au sérieux ces insurgés qui s’apprêtent à faire basculer le pays dans une fitnah certaine.

Bassirou Baki