Nous ne nous étions pas trompés en affirmant qu’elle s’opposait très mal. Les plus optimistes des observateurs ne peuvent plus s’interdire de croire à ses velléités en vue d’un arrêt du processus démocratique en cours. Le peuple nigérien, qui a survécu à des situations plus difficiles à l’approche des échéances électorales, risque de voir la tranquillité dans laquelle il baigne, se transformer en remous, à cause de cette douce chose de la vie qu’est le pouvoir.

La menace d’un réveil des vieux démons est d’autant plus sérieuse qu’à ce rythme et pendant trois ans, l’opposition continuera d’embêter les autorités, elle mettra le paquet là où sa société civile a échoué, en prenant ses quartiers dans les traces laissées par cette alliée si elle venait à jeter sagement l’éponge comme nous l’avions espéré. Le refuge du peuple est la confiance en ces autorités qui ont leur réputation à défendre aux yeux des autres démocraties, des autorités gardiennes des Institutions et de l’ordre face aux soubresauts qui ébranlent les intérêts de l’Etat.

Le cas le plus illustratif est celui de ce parti qui n’aurait certainement pas déclenché une fronde si le candidat qu’il avait proposé pour occuper le troisième siège de la majorité à la CENI l’avait emporté. Nous pensons que ne pas y accéder n’est pas une raison valable pour décrocher, même si la fidélité n’est pas l’apanage du politique et aller grossir les rangs d’une opposition qui a pourtant donné son accord pour la mise en place d’une Commission restreinte et permanente. Après avoir affirmé que les fraudes se passent au niveau des bureaux de vote (CQFD), d’où vient alors cette obstination à siéger à la Commission Nationale où la fraude est quasi impossible ?

La persistance à ne pas occuper ses trois sièges, l’espoir perdu de remporter les élections ou de faire un score semblable à celui de 2016, ne peuvent nous empêcher de penser qu’elle tend à signer forfait. Nous devons accepter de briser certains tabous à caractère durement statique qui minent le climat politique. Parmi ces tabous, on relève celui qui est le lot de ceux qui ont une appétence particulière au boycott : c’est la tendance à proclamer qu’il n’y aura pas d’élections dans ce pays si certains désidératas ne sont pris en compte, sachant pourtant que les électeurs, les candidats aux législatives et aux locales ne suivront pas les consignes. Un autre tabou consiste à quitter le navire à l’approche des échéances et entraîner dans son sillage ceux qui peuvent apporter du carburant dans le but de mieux résister. Un adage dit qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Ne voilons pas à ces plaisantins de candidats qui n’ont pas encore compris que le tribut à payer pour triompher est de mouiller abondamment le maillot à travers les monts, les dunes, les vallées et le désert, à la rencontre des habitants du Niger profond. De virevoltants plaisantins qui se maintiennent sur l’échiquier politique, oubliant qu’un bon allié n’ambitionne pas d’accéder au prestigieux fauteuil mais œuvre pour participer à la gestion grâce aux strapontins qu’il aura honnêtement obtenus. Ce n’est pas une honte l’assise d’un parti absent aux présidentielles mais qui a raflé douze Députés aux législatives est sans comparaison à un parti-candidat aux présidentielles ayant un zéro aux législatives. Pas même un plus fort reste de consolation et on revendique une présence à la CENI !

Certains, de la révision du code électoral à ce jour, nous donnent l’impression d’avoir, au lieu de raviver la flamme de la Concorde, ouvert un peu plus tôt la saison de ces intrigues anachroniques. Ils auront du fil à retordre pour faire fléchir à la fois : un Président de la République, un Gouvernement, une Assemblée nationale, des techniciens rompus à la chose électorale et une MRN gonflée à bloc, qui estiment avoir fait le meilleur choix pour la transparence des votes. Nous devons apprendre à imposer sereinement à notre conscience, la fin des légers malentendus qui ralentissent les efforts fournis par chacun en prévision d’un processus électoral sans anicroche.

Innocent Raphael D.