Quand les magistrats censés rendre la justice au nom du peuple se livrent au jeu de ping-pong à travers des correspondances tendant à verser l’image de leur noble métier en dépit de la confraternité, il y a de quoi inquiéter les honnêtes citoyens. Tout à commencer par la révélation de la lettre du Syndicat Autonome des Magistrats du Niger (SAMAN) adressée au ministre de la justice, garde des sceaux.

 Dans cette lettre le SAMAN informe le ministre de tutelle des récriminations du juge d’instance de Gouré qui serait victime de tentative de corruption, de trafic d’influence, ‘’d’importantes pressions’’ pour soustraire de la justice un prévenu qui serait parent à une influente personnalité du régime. Ce qui constitue selon le SAMAN une entrave au bon fonctionnement de la justice.

Le présumé coupable est poursuivi pour une affaire de trafic d’armes de guerre. Et selon la lettre du SAMAN, ses collègues magistrats auraient utilisé des voies douteuses pour accéder au Dossier à l’insu du magistrat en charge du dossier. La presse et les réseaux sociaux ont fait le buzz en indexant le ministre de l’intérieur de vouloir faire obstruction à la justice. Les plus malveillants ont même osé dire que le ministre de l’intérieur et son parti se livrent au trafic d’armes !

Entre temps, après la réaction du ministre de l’intérieur, le confrère qui aurait amplifié cette affaire sans vérification se dédit en ces termes : « Le déroulé des faits assez crédible fourni par Bazoum Mohamed donne une version moins explosive. C’est presque un banal fait divers, un incident si prégnant dans les zones nomades de notre pays »

Et comme il fallait s’y attendre, le procureur de la République de Zinder incriminé a écrit au SAMAN pour dire ses vérités aussi accablantes contre ses accusateurs. Dans une très longue correspondance, le procureur de Zinder a déploré le procédé du SAMAN qui aurait failli à la déontologie du métier en ne vérifiant pas l’information avant d’agir. En substance, selon le procureur de Zinder toute la procédure s’est effectuée conformément à la loi. En fait, de vol de document, selon le procureur, c’est le juge intérimaire au juge de Gouré qui aurait accédé régulièrement  au dossier. Le procureur de la République de Zinder écrit au SG du SAMAN : « En agissant ainsi avec une légèreté particulièrement blâmable, de manière subjective, partiale et émotionnelle vous violez le sacro-saint principe du contradictoire. L’aventure périlleuse dans laquelle vous vous êtes engagé est contraire à la noblesse et à la grandeur de la Magistrature » !

 Si tant est que le SG du SAMAN a agi comme l’a insinué comme le procureur de Zinder, il faut déplorer justement sa ‘’légèreté’’ comme magistrat et responsable d’une organisation des magistrats.

On le voit, ce déballage entre magistrats n’est guère rassurant notamment quand on sait qu’à la différence de Niamey, en région il y a cumul de fonctions par un seul juge. C’est dire que si cette tendance conflictuelle entre magistrats se maintient, c’est le justiciable qui risque d’en faire les frais. Il urge que le garde des sceaux agisse pour rétablir l’ordre dans la maison justice. Quand la confraternité est en cause dans  ce corps qui constitue le dernier rempart du citoyen, il y a de quoi s’indigner de l’attitude des magistrats. Le moment est venu pour nos magistrats de se ressaisir et surtout de promouvoir les bonnes pratiques. A notre humble avis, ceux qui ont le droit de décider de la liberté des citoyens doivent absolument prêcher la vertu par l’exemple. Mais à travers cette affaire de Gouré, c’est tout le contraire qu’on observe. Trêve de diversion messieurs les juges !

EMS