« Le Niger appartient à nous tous. Nul n’a le droit de détruire ce que les autres ont bâti à cause de ses ambitions politiques personnelles», déclare Tahirou Ibrahim Garka

Tahirou Ibrahim Garka  est Président de la Section PNDS-Tarayya aux USA. Dans cet entretien, il décrypte l’actualité sociopolitique du Niger. Un regard critique qui passe au peigne fin la situation de notre pays en tenant compte des valeurs et bonnes pratiques d’ailleurs.

Niger Inter: Vous êtes président de la Section PNDS-Tarayya aux USA. Vous venez de séjourner au Niger. Quelle est votre lecture du climat socio politique au pays ?

Tahirou Ibrahim Garka : Les Nigériens sont politiquement très actifs. L’activisme politique bat son plein avec des lignes de clivages nettement marquées  et accentuées par l’attitude va-t’en guerre de l’opposition qui rejette tout ou presque tout et présume, sans arriver à démontrer, que les choix politiques du pouvoir, la définition de ses programmes, les grandes orientations politiques et économiques  et les projets qui en sont issus ne sont pas pertinents pour le pays. L’absence d’analyses cohérentes, de critiques sérieuses de la  part de l’opposition amène souvent celle-ci à poser des actes violents, voire même immatures qui au lieu de l’aider à marquer des points l’éloigne chaque jour de la possibilité de  conquérir le pouvoir d’Etat au grand bonheur du pouvoir actuel et du peuple. Ces défaillances d’analyses et criques sérieuses expliquent certaines postures inconséquentes de l’opposition et amènent souvent à de prises de positions tranchées en parfaite inadéquation avec la réalité politique et économique du pays. Pendant que la majorité gouverne et s’évertue à mettre en œuvre le programme de Renaissance acte II et  à créer les conditions de stabilité politique dont le pays a besoin, l’opposition, quant à elle,  s’emploie à démontrer que le pays n’avance pas et que rien ne va plus. Elle ne rate aucune occasion pour monter au créneau soit pour dénoncer soit pour interpeller tel ou tel ministre à l’Assemblée nationale. J’ai pu observer au cours de la session des lois qui vient de prendre fin une série d’interpellations des membres du gouvernement et la virulence avec laquelle les députés nationaux les interrogent à l’assemblée nationale. C’est de bonne guerre dira-t-on puisque c’est bien à l’Assemblée nationale, lieu par excellence des débats contradictoires, qu’il faudrait formuler des observations et montrer, le cas échéant, les insuffisances de tel ou tel choix politique et non dans la rue ou à travers les réseaux sociaux où l’on insulte ou fait insulter, à longueur des journées, d’honnêtes citoyens et responsables au plus haut niveau de ce pays parce que l’on n’a pas réussi à les faire débarquer du pouvoir à travers des projets funestes ou parce que l’on n’a pas pu mobiliser le vrai front social constitué des syndicats des travailleurs de toutes les couches socioprofessionnelles. Donc la sérénité qui caractérise le vrai front social laisse à penser que les véritables préoccupations des nigériens sont, pour l’essentiel, pris en  compte par le gouvernement.

Il est vrai, il y a quelques temps, la crise à l’université Abdou Moumouni a rejailli dans  les milieux scolaires et provoqué de sérieuses perturbations du déroulement de l’année scolaire. Mais à présent, tout est calme, l’ordre est progressivement rétabli. Le Ministre de l’enseignement supérieur et de l’innovation technologique, le Recteur de l’université Abdou Moumouni et les autres parties prenantes ont rapidement pris la mesure de la gravité de la situation et y ont apporté des solutions adéquates. La cité et le restaurant universitaires sont ouverts de nouveau. Les activités académiques se poursuivent normalement, les examens du B.E.P.C. et du baccalauréat ne sont plus menacés de boycott par l’USN. Les épreuves sportives de l’un et de l’autre se sont déroulées sans perturbation aucune. Tout ceci traduit les efforts fournis par le gouvernement en vue d’apporter des solutions conséquentes et durables aux préoccupations des Nigériens.

Il y a évidemment eu de perturbations et de mouvements de contestation initiés par une partie des organisations de la société civile. Ces perturbations sont relatives à la loi des finances 2018 laquelle fait l’objet d’exploitation tendancieuse par lesdites sociétés civiles qui pour la plupart sont pilotées par les alliés de l’opposition. Ensemble, l’opposition et ses alliés ont vainement cherché à dénaturer la loi des finances 2018 à travers des amalgames volontaires et d’odieux mensonges.

Niger Inter : Quand on vient de l’occident on mesure le fossé qui nous sépare du reste du monde en termes de civisme et bonnes pratiques citoyennes. Quel commentaire faites-vous de la situation de notre pays à ce sujet ?

 

Tahirou Ibrahim Garka : Vous avez raison! Nous sommes à la traine dans tous les domaines. En matière de civisme et de bonnes pratiques citoyennes, nous le sommes encore plus. Par exemple des valeurs telle que  le  respect de la chose publique font cruellement défaut ; la ponctualité, l’abnégation, le don de soi se raréfient. On dirait même que ces valeurs sont en voie de disparition chez certains Nigériens. Ce qui est vraiment préoccupant. On se rappelle, dès son premier mandat, le Président de la république S.E.M. Issoufou Mahamadou a attiré l’attention des Nigériens sur l’urgence, l’importance et la nécessité d’un changement de comportements en vue de l’aider à mettre en œuvre le programme sur la base duquel il est élu.  Il disait : « Le changement de comportement est la principale aide que j’attends de tous: changement de comportement dans la gestion du temps qui est la ressource la plus gaspillée dans notre pays, changement de comportement par rapport au travail, changement de comportement dans le rapport avec les biens publics, etc. Nous devons lutter contre les forces de l’habitude et faire l’effort de nous changer nous-mêmes. »

 On a toujours parlé de changement des comportements et d’attitudes mais les habitudes ont la vie dure. Il est d’ailleurs démontré que les changements de comportements sont non seulement lents à se dessiner aussi minimes soient-il mais aussi sont une source de malaise, d’angoisse et d’inconfort.  Les gens ont donc tendance à préférer le confort de l’habitude même si cela se révèle néfaste à leur environnement, à leur bien-être et au développement du pays d’où la pertinence du ministère de la renaissance culturelle et son programme phare: la modernisation sociale, la modernisation économique et la modernisation politique.

Niger Inter : L’autre réalité qui caractérise la vie en Occident c’est le culte du travail. Au Niger on a l’impression que même ceux qui travaillent font montre de laxisme ce qui joue sur le rendement au niveau national. Avez-vous un commentaire ?

Tahirou Ibrahim Garka : Bien sûr que oui, je trouve que votre observation est correcte ! Il faut tout simplement bosser ; c’est ça la magie et rien d’autre. En Occident, les gens travaillent dur, 24 heures sur 24  surtout dans les entreprises. Je sais que les Nigériens ne sont pas des laxistes par nature. Les Nigériens qui immigrent, par exemple, sont non seulement de grands bosseurs dans leur pays d’accueil mais aussi et surtout ils sont d’une ponctualité et assiduité qui forcent l’admiration. Nous savons aussi que ceux sont partis ne sont pas mieux que ceux qui sont restés dans leur pays d’origine. Pourquoi donc n’interroge-t-on pas notre environnement, notre milieu et nos habitudes culturelles afin de déterminer, d’identifier, d’isoler et liquider ce qui pose problème, ce qui provoque, nourrit ou entretient ce laxisme auquel vous vous referez. Nous avons de bonnes raisons d’espérer, avec la mise en œuvre des programmes et projets de modernisations sociale, économique et politique, d’arriver à débarrasser le Nigerien de la plupart des tares défavorables au développement de notre pays.

Niger Inter : On constate ces derniers temps que les acteurs de la société civile, scolaires et l’opposition politique ont tendance à recourir au vandalisme comme mode d’expression. Comment expliquez-vous une telle dérive ?

 Tahirou Ibrahim Garka : Le recours au vandalisme montre l’absence de maturité et le manque de respect de la propriété publique et privée. Ils le font parce qu’ils sont à court d’arguments. Leur objectif c’est d’anticiper la fin du régime en raccourcissant le second mandant du Président de la république, faute de ne l’avoir pas réussi à le faire au premier mandant,  puisqu’ils sont conscients de leur faiblesse sur le terrain ; même s’ils ne l’acceptent pas. Ils sont plus présents sur les réseaux sociaux où ils insultent les responsables de ce pays comme si ces outrages pourraient se transformer en vote au cours des prochaines élections. Is cherchent le raccourci. Eh bien, il n’y aura pas de raccourci et personne ne sera empêché non plus.

Niger Inter : Ceux de la diaspora à travers les réseaux sociaux ont l’impression que le Niger serait en tension permanente. Vous qui êtes sur le terrain que répondez-vous ?

 Tahirou Ibrahim Garka : C’est vrai on a l’impression que le pays va exploser d’un moment à un autre ou que la catastrophe est imminente. Mais une fois qu’on se retrouve au pays on se rend compte qu’il n’en est rien. Chacun vaque tranquillement à ses occupations. Le pays avance, il est en chantier contrairement au portrait qui est quotidiennement dépeint sur les réseaux sociaux et à travers certains écrits ou commentaires en lignes certains Nigériens.

La plupart des propos violents, des impertinences constatées sur les réseaux sociaux sont l’œuvre des opposants d’ici ou de la diaspora intensément relayés par  ces derniers comme si les outrages et autres manquements font gagner les élections. Il y en a qui insultent pour avoir des pièces à verser dans leur dossier de régularisation en souffrance, d’autres cherchent désespérément à avoir un  statut de réfugié politique dans leur pays d’accueil. Certains le font par pure servilité ou par conformisme.

Niger Inter : En tant que nigérien quel commentaire faites-vous  sur les propos malveillants du journaliste Nicolas Beau sur notre pays.

 Tahirou Ibrahim Garka : Je rejette et condamne ces propos pour le moins abjectes et dégradants. Par ses  accointances nauséabondes, Nicolas Beau menace de plus en plus la stabilité de notre pays.  Il est devenu, à travers cet acte de haute lâcheté, une réelle menace, un véritable danger à la cohésion nationale et à la sécurité de notre pays, de ses dirigeants et de notre peuple dans son intégralité. Sachant qu’il n’y aura probablement pas de conséquence, cette espèce de vermine ne se gêne pas et pousse son outrecuidance jusqu’à appeler ouvertement les militaires à renverser un régime démocratiquement élu dans un pays où les dirigeants se consacrent quotidiennement à l’amélioration de la gouvernance économique et politique, dans un pays qui investit sérieusement dans l’éducation, la santé, le développement rural, dans le domaine de la sécurité, etc. Franchement, il a complètement pété les plombs. Il peut s’agir  d’un cas de «disjonction morale absolue.»

Quant au commanditaire de cet odieux tract, il ne cache plus aussi son ambition exécrable d’opposer les Nigériens les uns autres juste pour assouvir sa soif de pouvoir. C’est vraiment troublant! Il peut s’agir d’un début de dissolution des repères identificatoires ou du relâchement de ceux-ci puisque de manière consciente ou non il s’engage dans un rapport conflictuel avec son pays ou ce qui le symbolise. Ainsi face à l’impossibilité de faire des miracles, il cherche désespérément à détruire de manière vénale, pernicieuse ce qu’il n’a pas pu obtenir ou ce qui lui échappe à cause de ses propre contre-performances. Eh bien; personne empêché. Les héros de l’ombre veilleront  à faire échec à sa méthode  moyenâgeuse de conquête de pouvoir, cette méthode, inavouée et niée, qui consiste à alterner la victimisation et la violence. Je rejette et condamne ces propos pour le moins abjectes et dégradants.

Oui ; on a vu ce mercenaire de la plume s’attaquer à notre Président, à la famille du Président et malmener la République en appelant ouvertement l’armée à renverser un régime démocratiquement élu avec des institutions républicaines régulièrement mises en place. Il n’y a qu’en Afrique francophone surtout que l’on peut se permettre de tout dire, d’outrager un pays, son Président et la famille du Présidente sans qu’il n’y ait  aucune conséquence. Cela est bien regrettable surtout quand ce genre de prestation de service est commandé par un quelqu’un qui a occupé de hautes fonctions dans notre pays et qui ne pense qu’à être président de la République, une République qu’il a précipité à son temps dans l’abime en violent de manière répétitive les textes fondamentaux et en soustrayant frauduleusement ses ressources. Même si l’on est désespéré parce que tout indique que l’on a perdu toutes les batailles et toutes les guerres il fallait qu’en même  perdre avec un sens d’honneur et de dignité.

Niger Inter : Quel est votre message à l’endroit de vos concitoyens ?

 Tahirou Ibrahim Garka : Le Niger appartient à nous tous. Nul n’a le droit de détruire ce que les autres ont bâti à cause de ses ambitions politiques personnelles. Nous devons résolument continuer à promouvoir l’unité nationale, soutenir ses fondements, le socle sur lequel elle se repose tout en nous débarrassant sans cesse des préjugés et autres clichés qui contrarient son renforcement et l’épanouissement de notre peuple au niveau national, et sur une échelle plus grande œuvrer à une véritable intégration régionale et africaine.

Interview réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane