Hama Amadou est un homme politique nigérien, exilé en France par ses soins, profondément atteint par l’affaire des bébés importés du Nigéria, il n’a de cesse mené des offensives de communication nuisible à son pays et à ses dirigeants. Des offensives conduites dans les médias français et locaux qui ont tout le sens d’un baroud d’honneur.

 Sentant la fin de sa carrière politique approcher inexorablement, il a lancé des mercenaires de la plume de la trempe de Nicholas Beau contre le Niger et a multiplié les déclarations les unes plus intempestives que les autres, peignant un tableau sombre de son pays pour attirer les bonnes grâces de l’opinion française sur son cas et le malheur sur le régime du Président Issoufou. Le 19 juin 2018, Hama Amadou fut déchu, de son poste de député par un Arrêt de la Cour Constitutionnelle. Du coup, il est devenu inéligible à tout mandat électif.

 Dans l’une de ses sorties médiatiques, Hama Amadou affirmait aux oreilles qui l’écoutent, « personne ne m’empêchera d’être candidat aux élections de 2021 ou il sera lui-même empêché. » Bien avant, ses partisans ont déjà annoncé qu’il sera « candidat quelle que soit l’issue du procès » alors que le procès en question, celui des bébés importés, était en passe de connaître son épilogue à la Cour de Cassation.

Condamné de façon définitive pour 1 an d’emprisonnement ferme, Hama Amadou savait que sa carrière politique est arrivée à son terme. L’Arrêt n° 04/CC/ME du 19 juin 2018 de la Cour Constitutionnelle est venu le confirmer. C’est le dernier acte d’une vie politique si pimentée faite de frasques dignes d’un feuilleton de télé novelas. De fuites vers les pays étrangers aux annonces du genre « on veut me tuer ! », « on veut m’empoisonner ! » ou « une balle a été tirée sur ma maison ! »  Hama Amadou est le candidat aux élections présidentielles qui a battu campagne depuis une cellule de prison en 2016. De par ce qui se susurrait à l’époque, ses militants et sympathisants souhaitaient pourtant, le conduire, à sa descente de l’avion qui le ramenait de son premier exil en France, de l’aéroport au fauteuil présidentiel grâce à un soulèvement populaire fait de manifestations de rue. Contrairement à ce que lui-même aurait espéré, il fut cueilli dès sa descente d’avion par les forces de l’ordre. La nouvelle de son incarcération à la prison civile de Filingué est tombée comme une douche froide sur ses militants, alors que ces derniers l’attendaient tout en fomentant des troubles sur la route de l’Aéroport Diori Hamani.

A présent que ses carottes sont bien cuites, il ne lui reste plus qu’à inviter ses militants et sympathisants pour en apprécier le goût. Quoique lesdites carottes, aussi douces ou amères soient-elles, il faut bien les manger.

L’Arrêt de la Cour Constitutionnelle portant sa déchéance dit ceci : « Considérant que la condamnation à la peine d’un (1) an d’emprisonnement ferme prononcée contre Monsieur Hama Amadou est devenue définitive ; Considérant que la déchéance suite à une condamnation telle que prévue par l’alinéa 1 et l’article 147 de la loi organique n° 2017-64 du 14 août 2017 portant Code Electoral du Niger découle de l’application des dispositions des articles 143 et 8 de la même loi ; Considérant qu’au regard des développements ci-dessus Monsieur Hama Amadou se trouve frappé d’une condamnation emportant déchéance et est, de ce fait, déchu de plein droit de sa qualité de membre de l’Assemblée Nationale ; Considérant qu’il ressort de l’alinéa 3 de l’article 147 de la loi organique n° 2017-64 du 14 août 2017 portant Code Electoral du Niger que le député déchu est remplacé d’office par son suppléant ; Considérant qu’au regard de tout ce qui précède, il y a lieu de constater la déchéance de Monsieur Hama Amadou de sa qualité de membre de l’Assemblée Nationale et de dire, par conséquent, qu’il est remplacé par son suppléant, Monsieur Garba Hima ; Par ces motifs, Reçoit la requête de Monsieur le Vice-président de l’Assemblée Nationale ; Constate la déchéance de Monsieur Hama Amadou de sa qualité de membre de l’Assemblée Nationale ; Dit qu’il est remplacé d’office par son suppléant, Monsieur Garba Hima ».

Par cet Arrêt, la Cour Constitutionnelle met fin à la saga politique de Hama Amadou. A moins qu’il ne soit réhabilité. La question est de savoir comment ? Quoiqu’il en soit, Hama Amadou va devoir purger sa peine. Et le plus tôt sera le mieux afin de bénéficier d’une retraite apaisée.

Ayant porté son affaire à la Cour de Justice de la CEDEAO, Hama Amadou espère-t-il une issue favorable qui induirait une révision de sa condamnation ? Est-ce le même espoir que fondent ses partisans jusqu’à considérer l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle « un non évènement » ?

Ce qui est en porte à faux avec la conduite à tenir face à une décision de justice. L’Arrêt de la Cour Constitutionnelle étant sans appel, n’étant susceptible d’aucun recours ni commentaire et que nul n’est au dessus de la loi, il n’y a plus rien à faire que s’y conformer.

Pourtant, un communiqué de presse laconique a été publié par le parti de Hama Amadou dans lequel il est dit que « le MODEN-FA LUMANA AFRICA réitère tout haut que S.E.M Hama AMADOU est son unique candidat aux prochaines élections présidentielles. Quiconque voudra l’empêcher trouvera le MODEN-FA LUMANA AFRICA, ses militants et sympathisants sur son chemin ». Ce qui laisse à croire qu’ici, le respect des lois de la République n’est pas à l’ordre du jour.

Chose déroutante encore, le bruit court, dans le milieu des partisans de Hama Amadou, qu’il serait conseillé à son suppléant de ne pas trahir l’ancien Président de l’Assemblée Nationale en prenant sa place de député à l’hémicycle.

Cet arrêt de la Cour Constitutionnelle ne devrait normalement pas surprendre les militants du Moden-Fa Lumana Africa. En effet, c’est le même qui a frappé Monsieur Abdou Labo, Président de la CDS Rahama, tout aussi englué dans la même affaire des bébés importés que Hama Amadou.

Le parti au cheval ailé comporte, pourtant, en son sein des hommes politiques assez valables, jouissant encore d’une bonne moralité et capables de relever les défis électoraux futurs. A ces derniers de faire preuve de lucidité et dissoudre les passions nées de l’émotion ainsi créée à leurs militants suite à la disqualification de leur leader. Il est permis de rêver mais il faut savoir s’arrêter. La partie est définitivement terminée pour Hama Amadou. The game is over.

Bassirou Baki