Le cas Hama Amadou (Arrêt de la Cour Constitutionnelle rendu le 19 juin 2018) prouve, incontestablement, que nul n’est au dessus de la loi. Pourtant, le désormais ex député,  ne s’avoue pas vaincu. Bien au contraire, il menace le Niger et ses habitants des lendemains troubles et instables tant qu’il sera empêché d’être candidat aux élections de 2021. A en croire ses militants et sympathisants, sans lui, il n’y aura pas d’élections, du tout. D’ailleurs, ces derniers ne cachent pas leur prétention à imposer sa candidature en dépit de la déchéance de ses droits civils et politiques. Retour sur la posture anti républicaine du bureau politique de Lumana FA et son leader.

Dans un point de presse, le Président par intérim du Moden-Fa Lumana Africa, Oumarou Noma, dit de l’Arrêt de la Cour Constitutionnelle portant déchéance de Hama Amadou « une machination politicienne ourdie par Monsieur Issoufou MAHAMADOU et des juges aux ordres pour se débarrasser d’un redoutable adversaire ». Des propos passés presque inaperçus mais  significatifs d’un outrage à une Institution de la République d’envergure qu’est la Cour Constitutionnelle et aux magistrats qui y sont commis. Contester un Arrêt de ladite Cour et vaquer à ses propres affaires comme si de rien était et se plaindre d’être sous l’empire de la dictature, voilà ce qui en dit long sur le comportement antirépublicain des opposants au Président Issoufou.

Faire des lois de la République un marchepied, ensuite, se présenter comme étant les véritables défenseurs de la démocratie est un jeu d’équilibristes dont se servent les partisans et les sympathisants de Hama Amadou au gré des circonstances sociopolitiques du pays.

Toujours dans son point de presse, Oumarou Noma ajoute ceci : « que les ennemis de notre peuple sachent que le MODEN-FA LUMANA AFRICA ne fera aucune concession quant à la défense de la justice, de la démocratie et des valeurs de la République ». En toute humilité, au Moden-Fa Lumana Africa, il doit y avoir un contenu inconnu du public aux mots ‘’justice, démocratie et valeurs de la République’’. Autrement, est-il acceptable, dans une République, de piétiner les lois, contester les décisions de justice et refuser d’en payer le prix ? Aussi bien que nous soyons sous les tropiques, il n’en demeure pas moins que nous ayons le devoir d’accepter que force reste à la loi.

Travaillons à contredire l’artiste qui chantait « noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir ! » ou l’essayiste qui écrivait que « l’Afrique Noire est mal partie ! » Travaillons dans le sens de donner tort à ceux qui disent que « l’Afrique n’est pas prête pour la Démocratie ».

Malheureusement, au niveau de l’opposition au Niger, l’heure n’est pas à la prise de conscience d’appartenir à un pays économiquement à la queue des pays du monde. En lieu et place des valeurs du travail à inculquer au peuple, certains s’amusent à menacer de détruire le peu que nous possédons au nom du plaisir d’un seul individu.

Les propos de Malam Sani Malam Maman, Secrétaire Général du Moden-Fa Lumana Africa, le parti de Hama Amadou, traduisent avec éloquence cette disposition d’esprit. « Aujourd’hui, qu’il ne fait plus de doute pour aucun nigérien que ce qui est en train d’être fait procède d’une volonté politique déterminée à liquider des hommes sur le terrain politique, à liquider un certain nombre de partis politiques par l’assassinat politique de leurs leaders, ou à travers d’autres subterfuges, il est évident que nous avions suffisamment gardé le calme et la sérénité. Aujourd’hui, nous avons le dos au mur et nous allons nous battre. Et qu’il soit clairement entendu que par rapport à la justice, c’est-à dire l’égalité devant la loi, par rapport à la démocratie, par rapport aux valeurs de la République, nous ne ferons pas de concessions. Cela veut dire, en termes clairs, que nous sommes au bout de notre patience.

Le Moden-Fa Lumana Africa est convaincu qu’un pays se construit dans la sueur, dans la douleur, et dans le sang… Notre parti est prêt à verser le sien pour le bonheur du Niger et de son peuple », a affirmé ce dernier au cours d’une interview. Ignoble posture que celle de cet homme ! Un homme plus que sexagénaire qui, après se l’avoir coulée douce sous l’empire de la paix et les dividendes de celle-ci, n’a rien à offrir à la postérité que le sang. Et pourquoi ? « …Hama Amadou est le candidat du Moden-Fa Lumana Africa », a-t-il martelé et a soutenu qu’en « d’autres circonstances, il y a eu des gens qui ont été condamnés à mort, mais qui ont passé des décennies en prison, mais cela ne les a pas empêchés d’emprunter le chemin de la victoire, de conquérir le pouvoir d’Etat, de l’exercer pleinement et d’y renoncer conformément à leur volonté ».  Hama Amadou, un Nelson Mandela version Niger ? Le régime de la 7ième République  est-il comparable à celui de l’Apartheid ?

Une telle comparaison donnerait des vertiges à plus d’un. C’est vouloir exécuter les 12 travaux d’Hercule ou s’épuiser à expliquer que la nuit égale le jour et le jour est peut-être la nuit.

En outre, Malam Sani Malam Maman a aussi jeté un bémol aux efforts de la CENI à élaborer des listes électorales. Il a insisté qu’ « il n’y a même pas de liste électorale et peut-être qu’il n’y en aura même pas. Les manipulations en cours ne permettront pas l’inscription de tous les électeurs potentiels, seuls ceux qui vivront verront ».

Malam Sani Malam Maman prépare-t-il ici les consciences à d’éventuels troubles sanglants ? Dans les salons des militants du Moden-Fa Lumana Africa se supputerait aussi que la situation de Hama Amadou serait comparable à celle d’Alassane Dramane Ouatara, l’actuel Président de la Côte d’Ivoire. Pour peu qu’on connaisse les conditions dans lesquelles ce dernier est venu au pouvoir, il est fort à parier que les partisans et sympathisants du désormais ex député Hama Amadou réserveraient aux nigériens des lendemains sombres et sanglants.

Aux élections présidentielles et législatives de 2016, Hama Amadou, alors candidat malheureux, amer et malade de son échec, reprend le chemin par lequel il est venu, c’est-à dire le chemin de l’Europe où il vit en exil ( ?), mais cette fois-ci par avion médicalisé mis gracieusement à sa disposition par le Gouvernement nigérien !

 Une façon à lui d’échapper encore à la prison à laquelle il se sait condamné pour avoir commis l’irréparable faute d’importer des bébés du Nigéria et supposer en être le géniteur. Son procès a conduit à sa condamnation à 1 an de prison ferme. Sa carrière politique, quant à elle, prit fin dès la publication de l’Arrêt n° 04/CC/ME du 19 juin 2018 de la Cour Constitutionnelle.  Au mépris des lois et règlements de la République, lui et ses partisans voudraient s’engager dans une voie périlleuse. A prendre au sérieux leur discours, ils optent résolument pour la sédition en feignant cette maxime des juristes…. nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.

Bassirou Baki

 

Niger Inter

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