Dans un accès de colère à peine contenue, le secrétaire général du MODEN FA Lumana Africa, Monsieur Maman Sani Malan Maman a déclaré que son parti est prêt à verser du sang si jamais la candidature de leur champion n’est pas validée aux elections présidentielles de 2021. Ces propos ont été tenus au cours d’un point de presse au lendemain de l’arrêt de la cour constitutionnelle qui consacre la déchéance de M. Hama Amadou de son statut de député. Décryptage de la posture anti républicaine de Lumana FA.

 Faut-il prendre ces menaces au sérieux ou s’agit-il d’une sorte d’actes obsédants, d’un cérémonial dont la finalité est d’apaiser la colère du chef. L’intéressé lui-même a développé des talking points similaires (éléments de langage) à l’occasion du 9e anniversaire de son parti. Il a alors tenu des propos susceptibles d’encourager ou de provoquer la violence et voire même l’insurrection. La dernière sortie du député Soumana sanda, à l’ occasion de la mise en place de la coordination régionale de Niamey du Front Démocratique et Républicain (FDR) vient corroborer les intentions belliqueuses des responsables du FDR. L’annonce de la tournée de Soumana Sanda dans les arrondissements de Niamey montre clairement la volonté manifeste de tester la république et ses institutions, les mettre sous tension permanente en vue de créer un rapport de force qui va plier le pouvoir à la volonté de l’opposition.

Il est vrai le projet insurrectionnel que Lumana porte et cherche à mettre en œuvre n’est pas nouveau. Il est bien connu de tous. Il révèle, si besoin est, les réflexes anti-démocratiques et antirépublicains d’une opposition qui éprouve d’énormes difficultés à s’adapter au jeu démocratique normal à cause, probablement, de la survivance de certains réflexes hérités des régimes d’exception. En tout cas, les assauts répétés contre la démocratie, les institutions de l’Etat et leurs animateurs doivent impérativement être bannis quoique la passion avec laquelle ceux-ci sont coordonnés et soutenus indique clairement que le FDR tient mordicus à son projet insurrectionnel lequel est supposé créer une situation chaotique et confuse dans notre pays. Ce rêve éveillé a toujours été exprimé sans succès dans les différentes versions de cette opposition (AFDR, COPA, FRDDR). C’est donc du déjà-vu. La danse sur place, comme qui dirait.

La mise en œuvre de ce projet insurrectionnel a commencé avec le refus de reconnaitre les résultats des élections de 2016 et les institutions qui en sont issues. Ensuite, il est suivi du refus des députés de l’opposition d’occuper leurs places à l’Assemblée nationale. L’objectif poursuivi est de délégitimer toutes les institutions de la république. On se rappelle encore les attaques contre la cour constitutionnelle et sa Présidente. Mais ces attaques n’ont pas fait long feu et n’ont pas eu l’effet escompté. Ne sachant pas ou ne voulant pas tirer de leçon du passé, on parle aujourd’hui d’une possibilité de démission collective des députés du FDR oubliant que c’est du déjà vu et que personne ne s’en préoccupe outre mesure. Une démission collective des députés de Lumana semble être une sorte d’autoflagellation. Ce serait une autre erreur stratégique qui réduirait leur capacité de nuisance. Je parie qu’ils ne seront pas disposés à faire un tel cadeau à la majorité. Une démission collective des députés de Lumana voire de toute l’opposition ne pourra pas bloquer le fonctionnement de l’Assemblée nationale. Elle ne pourra qu’accélérer la déconfiture voire l’implosion de Lumana FA.

Certaines personnes comparent souvent le chef de file de l’opposition à Nelson Mandela juste pour justifier la litanie de la ‘’prison à la présidence’’. Sans nous attarder sur ce point, il sied de rappeler que l’on ne compare que deux personnes qui pourraient avoir des points de ressemblance. Comment peut-on raisonnablement comparer deux personnes que tout oppose donc qui n’ont de commun que la couleur de leur peau. Cette semaine, le monde entier célèbre le centenaire de la naissance de Mandela qui a sacrifié sa vie pour combattre l’apartheid. C’est un sacrilège que de le comparer à quelqu’un qui d’aussi narcissique qui, en toutes circonstances, ne pense qu’à lui-même. Mandela a fait 27ans en prison; il a résisté à toute forme d’arrangement qui l’aurait amené à s’exiler. Nous avons le devoir de respecter sa mémoire et d’éviter certaines comparaisons abusives et déconcertantes. Les mots suivants prononcés par Mandela pendant son procès de 1964 donnent toute la mesure des différences entre un héros et son contraire: «J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et accomplir. Mais si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir.». Les Nigériens se souviennent d’un autre grand homme d’Etat qui a refusé de s’exiler mais a choisi de rentrer au Niger pour mener un combat conséquent contre l’imposture, le mensonge et le relent totalitariste du Tazarce. C’est dire que n’est pas Mandela qui veut. L’on se rappelle récemment à la question d’un journaliste à l’endroit du leader de Lumana à savoir s’il est prêt à se mourir pour son combat, il avait répliqué : « aucun de mes militants ne m’a demandé de me sacrifier » (sic). Il va sans dire que Hama Amadou se situe à mille lieues du Grand Nelson Mandela.

Ceux qui, de tout temps, ont vilipendé et diabolisé la Conférence Nationale Souveraine, contre toute attente réclament à travers un mémorandum une conférence. Et pourtant, ils ont toujours soutenu que la CNS a créé plus de problèmes qu’elle en avait résolus. Ironie de l’histoire ou théâtralisation de la politique? Ceux-là même qui ont voulu faire obstruction à ce mouvement historique, qui se sont opposés aux forces vives de notre nation veulent s’auto-octroyer aujourd’hui les crédits d’une lutte qu’ils n’ont pas menée. Ici, il faut rendre hommage au feu Général Ali Chaibou (paix à son âme) qui a compris contrairement au chef de file de l’opposition qu’on ne rame pas à contre-courant de l’Histoire.

Et d’ailleurs leur rencontre récente à Cotonou et le forum d’Abidjan nous rappellent brutalement que nous n’avons pas affaire à des démocrates mais à des putschistes. Il semble qu’ils attendent avec anxiété le verdict de la cour de la justice de CEDEAO pour accentuer la mobilisation des troupes après la mise en place d’une structure de combat pour faire face à un oppresseur qui n’existe que dans leur pensée.

L’Opposition actuelle et notamment Lumana n’est pas animée par des républicains. Vouloir provoquer une tempête dans un verre d’eau parce que votre leader a perdu la partie face à la justice dans une scandaleuse affaire de trafic humain ne saurait être politiquement correct. C’est en soi un cinglant démenti à la prétention d’un Soumana Sanda lorsqu’il affirmait : « Nous sommes des républicains, nous sommes des nigériens qui ont la démocratie et l’état de droit encrés en eux depuis la conférence nationale… ». Les républicains bannissent l’attitude du mauvais perdant. Ils acceptent le verdict de la justice. Ils ne nient pas les principes. Mais dans la posture actuelle de Lumana, aucun citoyen imbu des principes républicains ne saurait être convaincu qu’à Lumana il reste encore des républicains. Tout laisse à croire que ce parti fonctionne comme une secte avec un gourou non pas un leader au sens moderne du terme. En cela, le député Nassirou Halidou de Lumana a fait montre d’intelligence politique lorsqu’il nous avertissait face à la camera de Canal3 TV : « Lumana n’est pas un parti politique mais un comité de soutien » !

Tahirou Ibrahim Garka

Niger Inter

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