Le 16 Juin 2017, Ali Marounfa plus connu sous le nom d’Ali Téra avait été arrêté à Winston-Salem (Caroline du Nord) non loin de Greensboro. Plus d’un an après, on en sait un peu plus sur cette rocambolesque arrestation. Contrairement à la version officielle, Ali Téra avait été cueilli tôt le matin à Greensboro dans son bureau qui lui servait aussi de domicile. Il pleurait et cherchait désespérément de l’aide au moment des faits selon un élément audio dont nous avons eu accès. Les services de l’immigration qui étaient venus le chercher lui avaient d’emblée demandé sa carte consulaire pour l’identifier. Mais pourquoi donc la carte consulaire?

 Une plainte du Niger  depuis 2014

Ce qui semblait être un simple contrôle de routine, était en réalité une opération savamment préparée par les services de l’immigration américaine. Selon une source qui a eu accès au dossier, Ali Téra avait été arrêté sur plainte du Procureur de la République du Niger via le département d’Etat (équivalent du Ministère des Affaires Étrangères). Une plainte qui remonte à 2014, dit-on . Pendant donc qu’il faisait ses shows médiatiques, Ali Marounfa était surveillé.

Selon toujours la même source qui a préféré garder l’anonymat, deux semaines avant son arrestation, Ali Téra  avait renouvelé sa carte consulaire dans le cadre des préparatifs du voyage de ses enfants au Niger. Ses proches croient savoir que c’est l’un des élément clés qui a conduit à son arrestation en ce sens qu’il avait permis de le localiser. “Les autorités américaines lui avait demandé de fournir une pièce d’identité pour obtenir les documents nécessaires (notamment le passeport) au voyage de ses enfants. Aux Etats-Unis faut-il le rappeler, c’est le ministère des Affaires Étrangères  qui délivre le passeport. Pour les enfants de moins de 16 ans, il faut le consentement des deux (2) parents. Hors, il n’avait ni passeport, ni titre de séjour, ni document de voyage, ni carte de sécurité sociale ou même carte d’identité”, explique notre source. Le seul document qu’il pouvait obtenir était la carte consulaire, et c’est donc cette carte qui lui a été fatale.

Pour certains observateurs l’implication de Niamey sur cette affaire ne fait pas l’ombre d’un doute d’autant plus les premières nouvelles de l’arrestation d’Ali Téra étaient venues des sphères du pouvoir nigérien alors que Greensboro communément appelé « Petit Niamey » ignorait tout. « Les gens avaient très vite compris qu’il n’a pas les papiers (autrement dit qu’il est en situation irrégulière) et que malgré les apparences l’homme était vulnérable », précise notre source.

Toutefois, Niamey ne voulant plus se mêler de cette affaire avait niét toute implication de près ou loin. C’est une affaire purement et simplement liée aux services d’immigration, l’intéressé étant en situation irrégulière depuis des années et à maille avec la justice sur plusieurs dossiers, nous a confié une source diplomatique nigérienne sous couvert de l’anonymat.

Détenu depuis plus d’un an près d’Atlanta dans l’état de  la Georgie

Initialement, Ali Téra devait être expulsé vers le Niger et remis aux mains des autorités. Mais, comme l’affaire avait commencé à faire grand bruit,  il avait été transféré au « Steward Detention Center », l’une des plus redoutables prisons des services de l’immigration américaine. En effet, aussitôt arrêté, les proches d’Ali Téra avaient vite fait d’alerter l’opinion publique américaine et internationale sur le danger qu’il encourt une fois renvoyé au Niger. Ils avaient, rappelle-t-on,  organiser une manifestation  à Winston Salem devant le bureau d’un parlementaire pour lui demander d’intercéder auprès de la Justice afin d’éviter l’expulsion de l’intéressé vers le Niger où selon eux il risque la mort pour ses opinions politiques.

Aussi, pour permettre à sa famille de se payer les services d’un avocat et se tirer d’affaire, une collecte de fonds de plus de cinq milles (5000) dollars avait été organisée par ses camarades. Mais on ignore la destination prise par cet argent. Ce qu’on sait par contre, ce qu’un avocat de Greensboro avait réclamé 15 000 dollars pour faire libérer Ali Tera dans les 48 heures qui avaient suivi son arrestation. Mais les gens avaient laissé l’affaire pourrir. Certains de ses camarades du parti Lumana FA sont accusés de l’utiliser à des fins politiques pour se faire une popularité.

Ces derniers temps, des rumeurs ont circulé sur son éventuelle libération faute, dit-on,  de pouvoir le rapatrier au Niger. « Il n’en rien et rien absolument n’indique qu’il va être libéré. Il y a des immigrés détenus au Steward Detention Center depuis plus de 5 ans et qui attendent toujours de connaître leur sort », souligne notre source. Selon le site Internet de l’immigration américaine, Ali Téra est toujours détenu au Steward Detention Center non loin d’Atlanta  dans l’état de Georgie.

Ali Tera était recherché depuis 2014 sur plainte du Niger. On a obtenu sa plus récente adresse et on a tapé un bon matin à sa porte. Preuves à l’appui et localisation exacte, Washington ne pouvait plus en effet ignorer la demande de Niamey au risque de mécontenter l’Etat du Niger. L’erreur d’Ali Marounfa, c’était de penser qu’il pouvait se battre contre l’Etat du Niger et défier sa justice à partir d’un endroit tenu secret. Son écart c’est aussi d’avoir fait un mauvais usage des réseaux sociaux, confondant activisme politique et subversion ou banditisme. Une belle leçon pour tous ces boutefeux, loin du pays qui se croient intouchables.

Maaroupi Elhadji Sani