«Nul doute que la mise en place de ce mécanisme de suivi du PIP ne souffrira d’aucun laxisme», déclare Mme Kané Aichatou Boulama

Mme Kané Aichatou Boulama est présidente du Conseil des ministres du G5 Sahel. En décembre dernier, la Conférence de coordination des partenaires et bailleurs de fonds du Programme d’Investissements Prioritaires (PIP) du G5 Sahel a eu lieu à Nouakchott en Mauritanie. Cette rencontre a mobilisé 2,4 milliards d’euros pour un objectif de 1,7 milliards d’euros. Dans l’entretien qui suit, la  ministre du Plan du Niger explique les raisons du succès de cette Conférence et les enjeux du PIP pour le Sahel.

 Quelle est votre appréciation de cette Conférence et ses résultats ?

 Mme Kané Aichatou Boulama : Effectivement, nous venons de tenir la Conférence de coordination des partenaires techniques et financiers du G5 Sahel sur notre Programme d’Investissements Prioritaires, conférence qui s’est tenue sous la présidence du Niger donc de Son Excellence Issoufou Mahamadou, président de la République. Cette conférence s’est tenue à Nouakchott et elle s’est très bien déroulée pour au moins trois raisons. La première raison c’est la participation. Nous avons constaté une mobilisation effective de tous nos partenaires pour le G5 Sahel et ils ont tous tenu à parler. Cette mobilisation nous a donné du baume au cœur. Le deuxième motif de satisfaction c’est l’adhésion à la vision du G5 Sahel qui a pour fondement, pour socle, le nexus sécurité-développement. Et le PIP est un programme qui tient compte de ce nexus-là. Même dans le PIP vous avez un axe sécurité, développement, infrastructure et gouvernance. Nous avons fortement apprécié l’adhésion des partenaires à cette vision, à cette stratégie de développement. Et le troisième motif de satisfaction, c’est que nos partenaires à qui nous avons fait appel pour nous accompagner dans la mise en œuvre de ce Programme d’Investissements Prioritaires ont fait des annonces à la hauteur de nos attentes. Nous avons eu plus de deux milliards qui vont se concrétiser d’une manière ou d’une autre mais c’est des annonces en tout cas  des partenaires crédibles avec lesquels nous avons l’habitude de travailler. Tous nos pays ont l’habitude de travailler avec ces partenaires donc nous sommes surs et certains que la mobilisation de ces fonds annoncés va être un travail de routine pour nous.

Madame la ministre comment expliquez-vous cette prouesse parce que d’habitude ce genre de conférences se tiennent ailleurs ?

 Mme Kané Aichatou Boulama : Je dois dire qu’on doit rendre hommage à la clairvoyance et au leadership de nos chefs d’Etat notamment le président en exercice SEM Issoufou Mahamadou qui à chaque fois que l’occasion se présente depuis un an qu’il est à la tête du G5 Sahel n’a pas manqué  de rappeler que certes,  il y a le G5 Sahel qu’il faut appuyer mais il faut aussi financer le PIP. Il s’est fait vraiment le plus grand lobbyiste pour le PIP du G5 Sahel. Je pense que c’est important à noter ce sens de leadership du président en exercice du G5 Sahel. A tous les niveaux nos partenaires étaient convaincus d’avance parce que la vision est claire, juste et pertinente. La deuxième chose qui nous a facilité la tâche c’est la création de l’Alliance sahel à l’initiative du président Emmanuel Macron, la chancelière Angella Merkel, Frederica Mogherini de l’Union Europénne suivis par la suite par d’autres pays et institutions qui sont finalement au nombre de 12. C’est dire que l’alliance Sahel a travaillé. J’en sais quelque chose puisque j’échange régulièrement avec eux et ils échangent aussi régulièrement avec le Secrétariat permanent du G5 Sahel. L’Alliance c’est des pays mais également des institutions comme l’Union Européenne, les Nations Unies, la Banque mondiale, la BAD, l’AFD pour ne citer que ceux-là. L’alliance a aidé au succès de la conférence en ce sens qu’elle faisait de la mobilisation des structures qui la composent. Je profite de l’occasion pour les remercier tous non seulement pour leur assistance technique mais aussi pour leurs annonces de l’argent frais, comme on dit. Je dirais en substance que cette prouesse a pour explication le leadership de nos chefs d’Etat, la vision et la volonté des partenaires à accompagner le G5 Sahel.

A quand peut-on espérer la mise en place du mécanisme de suivi du PIP envisagé ?

 Mme Kané Aichatou Boulama : Je dois vous dire avec  SEM Issoufou Mahamadou comme président en exercice, nous allons certainement mettre en place  ce mécanisme de suivi du PIP le plus tôt possible. Si je fais référence à notre table ronde des partenaires techniques et financiers, elle a eu lieu le 14  décembre 2017 à Paris, le 03 janvier 2018, on avait déjà notre feuille de route. Je suis sûre avec le président Issoufou Mahamadou, le mécanisme de suivi est déjà en route à son niveau. Nul doute que la mise en place de ce mécanisme de suivi du PIP ne souffrira d’aucun laxisme.  C’est vous dire que nous sommes tenus, nous, membres du Conseil des ministres de faire en sorte que  ce mécanisme de suivi soit effectif le plus tôt possible. Il est déjà presque bien étoffé sur le plan technique, maintenant il s’agit pour les membres  du Conseil des ministres de l’approuver très rapidement et de faire en sorte que le Secrétariat permanent le met en œuvre. Mais pour cela aussi nous avons  besoin  que rapidement l’audit organisationnel  de notre secrétariat permanent soit terminé et qu’il soit mis en œuvre. Parce qu’il nous faut, notre organe de mise en œuvre de ce mécanisme. Il nous faut un secrétariat permanent à la hauteur de la tâche. C’est pour cela que les deux actions vont se faire de manière concomitante. Je pense que  d’ici fin janvier,  ce mécanisme sera  clair et net.

Entant que femme leader du G5 sahel, comment appréciez-vous l’approche du G5 Sahel pour prendre en charge la question de l’autonomisation de la femme dont on parle tant? 

 Mme Kané Aichatou Boulama : Mois je suis très heureuse de l’existence d’une plateforme des femmes du G5 Sahel et que notre ministre de la promotion de la femme, Mme El back Zeinabou a eu, à présider l’installation de cette plateforme ici au Niger. Donc la présidence du Niger a fait en sorte que cette plateforme puisse voir le jour. Je pense que c’est un acquis important. c’est un acquis important parce que ceci va être la voie par laquelle nous allons continuer à mener les actions dans le sens de faire en sorte que les programmes qui seront mis en œuvre, mettent en avant la question de l’autonomisation  de la femme particulièrement son autonomisation économique. Si vous voyez le programme de l’axe résilience, il est fondamentalement axé sur les femmes et les jeunes. Les deux sont importants, parce que  dans une situation de crise qu’elle soit naturelle ou sécuritaire, les premières victimes, c’est les femmes et les enfants. Les femmes sont à la fois victimes mais à la fois aussi celles qui sont obligées à combattre au quotidien pour la survie des familles. C’est pour cela qu’elles doivent être accompagnées par la mise en place des points d’eaux, des adductions d’eaux, en énergie, bref des activités qui puissent renforcer l’autonomisation des femmes dans ce  qu’elles sont déjà en train de faire  en termes d’activités génératrices de revenus. Il s’agit donc de créer les conditions d’une véritable autonomisation des femmes pour qu’elles puissent avoir  la tranquillité d’esprit, sur des questions de santé pour elles-mêmes et pour leurs enfants, la santé maternelle, santé infantile et également cette question très sensible de migration  de leurs enfants qu’il faut aussi endiguer parce que  tout simplement en créant des opportunités d’emplois pour les jeunes parmi lesquels il y a des jeunes filles comme des jeunes garçons. En tant que femme, tout simplement du sahel, je dois dire que je suis fière de ce PIP. Je suis fière surtout  de nos leaders pour leur vision d’intégrer la femme dans la  stratégie sécurité et développement  du Sahel.

Quel est votre dernier mot en tant que présidente du Conseil des ministres du G5 Sahel ?

 Mme Kané Aichatou Boulama : Je dirai que  je suis en mission dans mon rôle de ministre de tutelle du G5 Sahel mais je vous assure que simplement en tant que personne, je suis beaucoup enrichie sur le plan des valeurs positives que j’ai pu percevoir à travers  cette organisation, qui est toute jeune mais qui déjà porte en elle beaucoup d’espoir. Et cet espoir-là, j’espère que sur le terrain on pourra le constater. On pourra le constater à Tillabéry, on pourra le constater à l’Ouest de Tahoua, on pourra le constater dans la zone de Liptako, on pourra le constater au Mali, au Tchad, au Burkina, en Mauritanie. Mon vœu est que la création du G5 Sahel à travers  cette stratégie de développement qui va être mise en œuvre soit, comme dirait le secrétaire permanent dans son discours, une véritable renaissance  pour notre zone. Et j’ai vu cinq chefs d’Etat très engagés pour cela. Je pense que nous sommes sur la bonne voie, je dirai même la très bonne voie. Incha Allah.

Interview réalisée par Elh. M. Souleymane et Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter Magazine N°18                           

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