Le limogeage du ministre nigérien des finances Hassoumi Massoudou, le jeudi 31 janvier, laissait penser que Massoudou a été victime de son projet de sédition et de la guerre de leadership qu’il entretient à l’encontre de son Parti, le PNDS (Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme), et de son Président Bazoum Mohamed. Mais cette décision n’est pas la seule raison qui justifie cette décision du Président de la République. Retour sur cette affaire qui défraie la chronique.

Cette fois, on en sait un peu plus. De sources sûres, il s’agit bel et bien du Contrat  PPP (PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ) signé par le Ministre avec le Bureau Veritas/SIPCA pour le marquage des hydrocarbures, qui n’est ni plus ni moins, qu’une escroquerie organisée, qui lui a valu son portefeuille. D’autres confrères ont justement avancé cette hypothèse.

De quoi s’agit-il ?

Le projet de marquage des hydrocarbures consiste en la mise en place d’une technologie de marquage afin de garantir la traçabilité des carburants et ainsi de limiter voire d’éradiquer les fraudes qui entrainent des pertes de recettes importantes à l’Etat. Jusque-là, rien d’anormal, bien au contraire.

 Du Subterfuge à l’arnaque …

Depuis 2015, une société américaine Authentix, leader du domaine, a initié un projet de marquage au Niger et a même organisé des visites d’études au profit des cadres du Ministère des Finances et de la SONIDEP au Ghana et en Côte d’ivoire. Ce dossier était sur le point d’être bouclé à l’époque du Ministre Saïdou Sidibé. A son arrivée le ministre Massoudou change de partenaire sans qu’on en sache la raison, et écrit une lettre invitant  clairement le Bureau Veritas, à entrer en négociation pour la mise en place d’un contrat PPP (PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ) sans consultation des partenaires techniques du projet (Ministère du Pétrole, SONIDEP, …). D’ailleurs, le Ministre Massoudou a tout simplement refusé de recevoir une délégation du Ministère du Pétrole qui souhaitait le rencontrer à ce sujet.

Ce qui est scandaleux c’est que, le prix proposé par la première société, est de 4 Dollars USD pour mille litres marqués contre l’équivalent de 15 Dollars USD pour la même quantité marquée pour le Bureau Veritas/SIPCA, ce qui en fait probablement le contrat de marquage le plus cher au monde (5 fois plus cher que la société précédente). Et ce n’est pas tout … ! La simple prestation de services qui devait coûter à l’Etat 2 000 000 de Dollars USD équivalent à un peu plus de 1 Milliard de FCFA à l’année, s’est transformée en un contrat PPP (PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ) avec le Bureau Veritas/SIPCA sur 5 ans engendrant ainsi une perte nette de l’ordre de 5 milliards de FCFA à l’année. Si l’on fait le calcul sur 5 ans, cela constituerait ainsi 25 Milliards de FCFA de perte à l’Etat.

Mais 25 milliards de FCFA de profits indus à une société française et certainement d’autres personnes, dont il n’est pas difficile de deviner l’identité. Partout dans la sous-région où la solution a été mise en œuvre, le coût ne dépasse guère 4 Dollars USD pour mille litres marqués. Au Ghana par exemple, la société Authentix trace un peu moins de 3.5 millions de tonnes métriques soit 7 fois le volume du Niger, le prix est même un peu plus bas (inférieur à 4 dollars USD) que celui qu’elle propose pour le Niger, en raison de l’importance du volume.

Quelle explication donner à cette mascarade si ce n’est à l’évidence une complicité de vol flagrante, sur laquelle certains cadres du Ministère des finances et de la SONIDEP ont dû attirer l’attention du Président de la République. Il semble qu’une fois le Président de la République saisi de cette affaire, avec ces preuves évidentes et avérées, le couperet est tombé sur le Ministre Massoudou.  Et de sources bien informées, d’autres têtes tomberont dans cette affaire qui est loin d’être terminée !

Comment l’entreprise Leader du domaine et ayant fait une offre plus juste a été injustement écartée ?

Pour mieux comprendre ce dossier, nous allons vous donner le fil des événements… Authentix, une société spécialisée dans la traçabilité des produits pétroliers dont la technologie est utilisée dans la grande majorité des pays ayant mis en œuvre un programme de marquage a approché le gouvernement du Niger pour le sensibiliser sur l’utilisation de cette technologie dès 2015. Ministère des finances diligente alors une visite d’étude au Ghana en mars 2015 pour mieux comprendre la technologie mise en œuvre dans ce pays depuis 2013 afin de confirmer l’expertise de cette Société et de mieux comprendre le marquage des hydrocarbures.

En 2016, après plusieurs réunions et la visite d’étude au Ghana, une nouvelle mission en Côte d’Ivoire est organisée pour apprécier à nouveau l’efficacité et la fiabilité de la technologie Authentix mise en œuvre dans ce pays depuis 2009. Un autre rapport tout aussi favorable que le précèdent est déposé par la mission sans qu’aucune mesure soit prise alors que le Niger perd chaque jour de l’argent en raison de la fraude endémique.

En 2018, comme on le voit dans le courrier du Ministre des Finances, Mr Hassoumi Massoudou a purement et simplement pris contact avec une autre entreprise et a mis toute une stratégie en place pour lui attribuer un marché sans appel à concurrence. Le Bureau Veritas, n’est en fait qu’un cabinet de certification, de conformité et de conseil qui n’a jamais mis en œuvre aucun programme de marquage nulle part dans le monde et ne possède aucune référence en la matière. Le prix agréé avec le Ministre en fait incontestablement le contrat de marquage le plus cher au monde.

En fait il faut comprendre que le recours à un contrat PPP (PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ) n’est justifié que lorsqu’il est question pour l’Etat, d’engager de gros investissements (plusieurs dizaines ou centaines de milliards de FCFA). Dans cette situation, l’Etat contracte donc avec un investisseur privé qui s’engage à financer, exploiter le projet et qui perçoit de ce fait, un retour sur investissement reparti sur la période de sa mise en œuvre. Or, dans ce cas de figure, la solution complète ne coûte à l’Etat qu’un peu plus de (1) milliard de FCFA par an, ce qui ne justifie aucunement de faire appel à un investisseur. C’est une prestation de services tout à fait finançable par l’Etat et qui bénéficierait en retour et de façon immédiate de la totalité des retombées du projet. Le subterfuge qui consiste à en faire un contrat de partenariat public privé ne convaincra que les moins avertis.

Le fait que le ministère en charge des finances censées garantir l’orthodoxie et le juste prix des choses s’emballe aussi vite n’est pas le fait du hasard. On ne rejette pas sans motif  l’offre d’un prestataire expérimenté pour accepter celle d’un autre qui fera son apprentissage au Niger surtout quand on sait que le prestataire débutant propose rien de moins que cinq fois le prix proposé par le prestataire dont c’est le métier. L’autre fait troublant dans ce dossier c’est que toutes les formalités qui habituellement prennent des mois et des mois au Ministère des Finances, ont été réglées en un seul jour le 29 janvier 2019 : enregistrement du marché, signature du contrat et toutes les autres formalités.

Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter

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