« C’est la première fois qu’un texte de l’Union Africaine a suscité une aussi importante adhésion en un laps de temps », déclare le ministre Sadou Seydou

Monsieur Sadou Seydou est le Ministre du Commerce du Niger. Dans cette interview exclusive, en tant que ministre de tutelle sur la ZLECAF au Niger, il brosse l’état des lieux de la ZLECAF dont le président Issoufou est champion.

Niger Inter Magazine : Notre pays a eu l’honneur d’être le leader (champion) de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) à travers le chef de l’État, SEM Issoufou Mahamadou. Pouvez-vous brosser un bref aperçu de ce processus ?

Sadou Seydou : En janvier 2015, les Chefs d’États et de Gouvernement de l’Union Africaine ont décidé de commencer les négociations sur la Zone de Libre Échange Continentale Africaine en 2016 avec une date indicative de conclusion en décembre 2017.

En janvier 2017, face à l’absence d’avancées notables dans les négociations, le Sommet des Chefs d’États et de Gouvernement a désigné SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, champion du Processus de la ZLECAf.

Afin de répondre aux attentes des citoyens africains pour l’établissement de la ZLECAf, il a convoqué une série de réunion à Niamey en juin et décembre 2017. On retiendra :

  • Deux sessions du forum de négociation ;
  • Deux réunions des hauts fonctionnaires en commerce ;
  • Deux réunions des ministres africains du commerce.

En outre, dans sa vision d’une Afrique parlant d’une seule voix, il a initié des consultations informelles avec les pays du G7, ceux ayant émis des réserves pour la libéralisation à 90%.  Ces consultations ont été menées en marge de la 72ème Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies. En outre, SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, champion du Processus de la ZLECAf, a rencontré ses homologues des pays concernés pour aplanir les divergences issues des négociations.

Tous ces efforts lui ont permis de présenter en janvier 2018, un rapport pertinent sur l’état d’avancement des négociations. A l’issue de sa présentation et au regard des résultats obtenus, il a recommandé la tenue d’un sommet extraordinaire des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine dédié exclusivement au processus de la ZLECAf ; au cours duquel, il soumettra pour adoption et signature l’Accord portant création de la ZLECAf ainsi que les protocoles sur le Commerce des Marchandises, sur le Commerce des Services et sur les Règles et Procédures de Règlement des Différends.

Effectivement, le 21 mars 2018, le sommet a adopté lesdits textes et quarante-quatre (44) États membres sur les 55 de l’Union Africaine ont signé l’Accord.

En appréciant la situation, SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, Président de la République, Chef de l’État, champion du Processus de la ZLECAf disait : « La finalité pour nous est une Afrique avec un marché unique, parlant d’une même voix, conformément à notre vision d’une Afrique intégrée, prospère et en paix, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ».

Toujours dans la même dynamique, le Président de la République, Chef de l’État, a poursuivi ses efforts pour la finalisation des annexes aux protocoles. Il a instruit les instances à finaliser les travaux techniques conformément à l’agenda.

C’est ainsi que, lors du 31ème Sommet des Chefs d’États et de Gouvernement de l’UA en juillet 2018 à Nouakchott, il a soumis pour adoption les différentes annexes.

 

Niger Inter Magazine : Peut-on dire qu’aujourd’hui les pays africains sont au même niveau d’informations notamment pour parler d’une même voix sur cette question de la ZLECAF ?

Sadou Seydou : Pour apprécier cette Afrique qui parle d’une seule voix, il y a lieu de préciser que le nombre de signature est passé de 44, le 21 mars 2018, à 52, le 11 février 2019 sur les 55 États membres de l’Union Africaine. C’est la première fois qu’un texte de l’Union Africaine a suscité une aussi importante adhésion en un laps de temps.

Cette vision a toujours guidé l’action de SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, Champion du Processus de la ZLECAf. Il disait à ce propos, je cite : « Ce que les africains n’arrivent pas à obtenir dans le Système Commercial Multilatéral, peut l’être grâce à la ZLECAf, c’est une plateforme qui offre d’énormes opportunités. Elle donnera également l’occasion de renforcer nos positions panafricaines lors des négociations entre l’Afrique et le reste du monde. ».

Niger Inter Magazine : Quels sont les critères d’adhésion à la ZLECAF ?

Sadou Seydou : A ce stade, on ne parle pas d’adhésion car tous les 55 États membres de l’UA prennent part activement au processus. L’adhésion concernera les États n’ayant pas signé l’Accord avant son entrée en vigueur ( l’article 23 aux alinéas 3 et 4).

Les critères d’adhésion sont:

  • Être un État membre de l’Union Africaine;
  • Accepter les textes tels, car l’article 25 stipule que : « Aucune réserve n’est admise au présent Accord».

 

Niger Inter Magazine : Aujourd’hui quel est l’état des lieux des adhésions des Etats africains à la ZLECAF ?

La situation des signatures et des ratifications se présente comme suit :

  • Nombre de signature 52 sur 55 États membres ;
  • Nombre de ratification : 20 États membres.

Dans plusieurs États membres de l’UA, les procédures de ratification ont été lancées. Nous avons bon espoir de réunir les 22 instruments permettant le lancement officiel de la ZLECAf à Niamey en juillet prochain. Il s’agit là du fruit des efforts fournis par SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, champion du Processus de la ZLECAf.

Niger Inter Magazine : Quels sont les avantages liés à la ZLECAF pour le Continent africain ?

Sadou Seydou : En termes d’avantages escomptés, nous retiendrons entre autres :

  • la ZLECAf donnera naissance à un marché de plus 1,3 milliard d’habitants ; elle boostera les échanges commerciaux intra-africains ;
  • la ZLECAf est un instrument de développement car contribuera à la réduction de la pauvreté avec la création d’emplois, la transformation et les économies d’échelle ;
  • la ZLECAf est un instrument d’industrialisation à travers des chaines de valeurs,
  • la ZLECAf est un outil pour accroitre la compétitivité des secteurs de production et faire face à la concurrence extérieure ;
  • la ZLECAf améliorera l’attractivité de l’Afrique en matière d’investissement ;
  • la ZLECAf incitera à la définition de politiques commerciales crédibles, des efforts en matière de transparence, le recours constant aux innovations technologiques, l’amélioration de l’accès aux biens d’équipement et intrants, produits à moindres coûts, diversification, etc.) ;
  • la ZLECAf stimulera les possibilités de développer et de renforcer le partenariat au niveau des secteurs privés ;
  • la ZLECAf contribuera à la réduction de la forte dépendance des matières premières.

Enfin, l’ouverture des marchés africains profitera aux consommateurs dont le pouvoir d’achat pourrait connaître une amélioration.

Niger Inter Magazine : La place de l’Afrique dans le commerce international est de 4% selon l’Organisation Mondiale du Commerce. Comment la ZLECAF pourrait inverser cette tendance ?

Sadou Seydou : C’est conscient de cette situation peu enviable que les Chefs d’État et de Gouvernement ont décidé de la création de ce vaste marché. La ZLECAf poursuit entre autres objectifs :

  • renforcer la compétitivité à tous les niveaux, et plus particulièrement aux niveaux de l’industrie et des entreprises, par l’exploitation des possibilités d’économie d’échelle.
  • surmonter la dépendance à l’égard des exportations des produits primaires et promouvoir la transformation sociale et économique pour une croissance inclusive, une industrialisation et un développement durable, conformément à l’Agenda 2063 ;
  • réaliser le potentiel de développer et d’accélérer la diversification sans cesse croissante et le dynamisme du commerce intra-africain y compris l’objectif qui consiste  à accroître de 50% les échanges commerciaux au sein des pays africains d’ici 2022.

La poursuite de ces objectifs conduirait certainement non seulement à booster le commerce intra-africain et induire une présence plus marquée de l’Afrique sur la seine commerciale internationale. La ZLECAf servira de tremplin pour une meilleure insertion de l’Afrique au commerce international.

Niger Inter Magazine : D’aucuns disent que déjà les organismes régionaux ou sous régionaux comme la CEDEAO n’arrivent pas à rendre effective la libre circulation des personnes et des biens. Comment justement la ZLECAF pourrait booster le dynamisme de ces institutions régionales ?

Sadou Seydou : La ZLECAf considère les Communautés Économiques Régionales comme les piliers sur lesquels se construit la Communauté Économique Africaine.

L’intégration qu’elle soit sous régionale ou régionale est une œuvre de longue haleine. Elle repose sur des décisions politiques et juridiques mais également des mesures d’application et de mise en œuvre. Les conditions politiques et juridiques sont remplies dans la plupart des cas notamment en ce qui concerne la CEDEAO. La libre circulation et le droit d’établissement en ce qui concerne les personnes sont consacrés. Quant aux marchandises, nous avons le Schéma de libéralisation des échanges. Les dispositions y relatives sont mises en œuvre. Les difficultés relevées sont en grande partie dues au comportement des personnes dans l’application des textes communautaires.

Dans le cadre de la ZLECAf, des efforts sont entrepris pour la circulation des hommes et femmes d’affaires. Mieux, un protocole sur la libre circulation des personnes a été soumis à la signature des États membres au même moment que l’Accord sur la ZLECAf. Avant même son entrée en vigueur, il a commencé à produire des résultats indéniables. Plusieurs États membres ont supprimé le visa ou sa délivrance à l’arrivée. Aussi le passeport africain a été lancé.

Niger Inter Magazine : Comment la ZLECAF pourrait impacter le monde des affaires au Niger ?

Sadou Seydou : A l’instar des autres pays africains, le monde des affaires du Niger gagnera en termes d’accès au marché, plus 1,2 milliard habitants. Les produits nigériens peuvent potentiellement être exportés dans tous les pays africains. Cela pourra induire l’émergence et la consolidation d’entreprises nationales tournées vers l’exportation et de la création d’emploi notamment.

Je tiens à souligner que la ZLECAf est un cadre, un outil mis en place par les Etats mais au bénéfice prioritairement du secteur privé.  Il en est demandeur. La ZLECAf créera les conditions de fluidité des affaires en Afrique. Comme l’a relevé les études, je pense que le secteur privé nigérien pourra trouver son compte dans plusieurs domaines dont :

  • La filière Cuirs et peaux qui peut devenir une véritable chaine de valeur. Des efforts ont été faits pour l’amélioration de la qualité de la production tant au niveau des sociétés modernes que les structures traditionnelles tournées vers l’exportation.
  • la filière viande gagnera en gains de compétitivité relativement aux produits provenant des partenaires extérieurs de l’Afrique. Mais des efforts seront menés en matière de la traçabilité pour répondre aux exigences de normes, de modernisation des infrastructures d’abattage et de chaine de froid et de l’élimination du surcoût dû aux nombreux intermédiaires, etc….
  • l’oignon pour lequel, nous disposons de certains avantages, mais il faut travailler sur la pénétration de marché hors CEDEAO;
  • le niébé, etc….
  • les services offerts aux entreprises.

 

Niger Inter Magazine : Dans l’optique de la ZLECAF on parle d’avantages comparatifs mais aussi d’avantages compétitifs des produits. Comment expliquez-vous ces deux notions ?

Sadou Seydou : Les avantages comparatifs doivent être analysés ou appréciés en termes de potentialités. En Afrique, nous sommes producteurs de matières premières. Leur existence nous confère certainement des avantages en ce qui les concerne. Mais l’objectif de la ZLECAf, c’est de pouvoir leur donner des avantages compétitifs à travers des chaines valeur. Les avantages compétitifs se rapportent à la transformation pour capter la valeur ajoutée et à l’accessibilité par l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires.

Niger Inter Magazine : Selon vous des secteurs de notre économie pourraient profiter de l’initiative de la ZLECAF ?

  1. Sadou Seydou : Selon les études menées, plus la libéralisation des échanges sera ambitieuse, plus sera grand l’essor du commerce intra-africain dans tous les grands secteurs, tout en ayant le plus fort potentiel de promotion de l’industrialisation. Les gains devraient être encore plus grands en cas de libéralisation des services et l’élimination des obstacles non tarifaires sur tout le continent africain.

Niger Inter Magazine : Que fait le ministère du commerce pour mettre à jour les producteurs et hommes d’affaires pour faire face à la nouvelle donne en perspective à savoir la ZLECAF ?

Sadou Seydou : Dans le cadre de la préparation du Niger à la mise en œuvre de la ZLECAf, le Ministère du Commerce et de la Promotion du Secteur Privé et conformément aux orientations de SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, a engagé un certain nombre d’actions. Il s’agit essentiellement de :

  • L’organisation au cours du mois d’avril 2019 d’un Forum Nation portant sur la ZLECAf : il durera deux (2) jours et regroupera les principales parties prenantes afin d’échanger sur les composantes de la stratégie nationale ZLECAf;
  • L’élaboration de la Stratégie Nationale de mise en œuvre de la ZLECAf sur la base des conclusions et recommandations du Forum National, dans la perspective notamment de mener des études sectorielles ou de compétitivité.
  • La poursuite d’activités de sensibilisation de toutes les couches socioprofessionnelles pour une meilleure appropriation et implication des parties prenantes.

En outre, mon département ministériel conduit un certain nombre de projets. Il s’agit du :

  • Projet sur les Mesures Non Tarifaires pour le renforcement des capacités des administrations et des acteurs du secteur privé;
  • Programme Cadre Intégré Renforcé pour le renforcement des capacités commerciales de notre pays pour les filières Cuirs et peaux et Sésame ;
  • Projet de compétitivité de l’Afrique de l’Ouest, volet Niger pour répondre aux exigences des marchés extérieurs notamment en matière de normes.

D’autres initiatives sont conduites par d’autres départements ministériels.

 

Niger Inter Magazine : Comment justement amener les populations à s’approprier la vision de la ZLECAF pour qu’elle cesse d’être perçue comme une affaire des chefs d’Etat et des experts ?

Sadou Seydou : SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État, disait dans l’un de ses rapports, je cite : « Nous avons aujourd’hui, plus que jamais, l’obligation d’engager les réformes aussi bien au niveau global dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD), qu’au sein de notre continent dans l’Agenda 2063, « l’Afrique que nous voulons ». Ces réformes doivent notamment créer des emplois pour les jeunes et lutter contre les inégalités. »

Dans sa vision, les populations africaines ne s’approprieront de la ZLECAf que par :

  • Leur implication véritable dans le processus à travers le secteur privé, la société civile et le milieu académique : c’est pourquoi il a été créé le club des Afro-Champions ;
  • La capacité à créer des emplois notamment pour les jeunes, à contribuer à la réduction de la pauvreté et à améliorer le bien-être de la population : la ZLECAf sera le moteur de l’industrialisation du continent et la plate-forme génèrera trois (3) millions d’emplois.

 

Niger Inter Magazine : Les chefs d’Etat tout comme les négociateurs ont félicité le président Issoufou pour son leadership dans la conduite de la ZLECAF. En tant que ministère de tutelle pouvez-vous nous donner une idée sur comment justement le chef de l’Etat gère ce dossier ?

Sadou Seydou : Pour notre pays le Niger, le gain le plus important et qui est inestimable est que ce processus tant attendu et voulu par les Africains a été conduit sous l’impulsion de SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État. Au-delà de la reconnaissance à sa personne pour tous les efforts qu’il a déployés, c’est le Niger qui gagne en termes de visibilité et de notoriété diplomatique.

A Kigali, SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’État a reçu la reconnaissance de ses pairs, Chefs d’État et de Gouvernement Africains, à travers eux, l’ensemble de l’Afrique pour sa contribution à l’édification d’une « Afrique intégrée, prospère et en paix ».

Ils ont souligné que son leadership et son sens diplomatique sont à la base de la mobilisation et que l’Afrique lui restera éternellement reconnaissante pour le rôle historique qu’il a joué.

Les Négociateurs en chef aussi l’avaient rencontré pour lui témoigner leur reconnaissance et l’assurer de leur disponibilité à poursuivre dans le même élan.

Niger Inter Magazine : Quelles sont les principales activités de l’agenda de la ZLECAF en 2019 ?

Sadou Seydou : En parcourant le dernier rapport de SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’Etat, Champion de la ZLECAf, les activités majeures du processus de la ZLECAf en 2019 se résument essentiellement en ces points:

  • Le lancement de la 2ème phase de négociations de la ZLECAf sur les investissements, la concurrence et la propriété intellectuelle.
  • La tenue d’un Sommet Extraordinaire, en juillet 2019 à Niamey, à la veille du 33ème Sommet de l’Union Africaine pour :
  • le lancement officiel de l’entrée en vigueur de la ZLECAf ;
  • la célébration du premier anniversaire de la signature de l’Accord;
  • le choix du pays devant abriter le siège du Secrétariat de la ZLECAf ;
  • l’adoption de l’organigramme du Secrétariat de la ZLECAf;

Concernant, le sommet de Niamey célébrant l’entrée en vigueur officielle de la ZLECAf, des manifestations sont prévues. Il est envisagé :

  • un forum d’affaires avec la participation de décideurs politiques et des hommes d’affaires notamment les afro-champions ;
  • un forum pour la société civile africaine.

 

Niger Inter Magazine : Quel est votre dernier message ?

Sadou Seydou : Je tiens à réitérer ma fierté de nigérien et ma grande satisfaction en tant que ministre en charge du Commerce pour la manière dont SEM Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’Etat, conduit le processus de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine. J’ai pu apprécier l’image positive que son action a eu sur le Niger. Il a su donner un espoir certain à une Afrique qui en a grandement besoin.

Je voudrais souligner aussi que, les opportunités attendues de la ZLECAf ne peuvent être transformées en gains que par le travail. L’État apportera son soutien aux producteurs et aux opérateurs économiques pour que le Niger puisse tirer profit de ce grand marché africain.

Interview réalisée par Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter Magazine N°20

 

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