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CHAPITRE III – De la défense et de la sécurité interieure

L’analyse des contextes national, régional et international, associée aux vulnérabilités qui en découlent, amène à déduire que l’environnement de notre pays est caractérisé par l’interconnexion croissante de menaces et de risques ainsi qu’une imbrication de la sécurité intérieure et de la sécurité extérieure. Notre pays est confronté donc à des menaces et à des risques susceptibles de nuire à ses intérêts fondamentaux, vitaux et stratégiques.

Les intérêts vitaux du Niger couvrent la pérennité des institutions constitutionnelles, la sauvegarde du territoire national et de son espace aérien, le libre exercice de la souveraineté du pays et la protection de l’intégrité physique et morale de ses citoyens.

Les intérêts stratégiques du pays concernent essentiellement le maintien de la paix dans la sous-région, la promotion de l’image du pays sur la scène internationale et la préservation des espaces essentiels à l’activité économique du pays (notamment l’exploitation de l’uranium et du pétrole) et à la liberté des échanges.

Les menaces actuelles sont le terrorisme et la criminalité organisée. La situation en Libye, au Mali et au Nigéria où sévissent des organisations terroristes, notamment l’Etat Islamique, AQMI et Boko Haram, l’atteste. Ces organisations terroristes sont, par ailleurs, étroitement liées, aux organisations de trafic de drogues, d’armes, de cigarettes, de trafic humain etc… A ces menaces s’ajoutent les conflits intercommunautaires, notamment entre agriculteurs et éleveurs, le grand banditisme, en particulier les coupeurs de route, et des risques récurrents comme les inondations et les sécheresses entrainant des crises humanitaires de plus ou moins grande ampleur.

III.1. BILAN 2011 – 2015

Pour faire face aux menaces et risques pré cités, le Gouvernement a réalisé les promesses du programme de renaissance. Il a :
• mis un accent particulier sur le lien qui existe entre sécurité, démocratie et développement ;
• soutenu les populations, victimes des crises humanitaires comme on le verra dans le chapitre relatif à l’initiative « 3N », « les Nigériens Nourrissent les Nigériens » ;
• effectué un recrutement massif dans les différents corps et assuré le redéploiement des FDS dans les zones sensibles, notamment Nord Tillabéry, les sites pétroliers et la région de Diffa ;
• mis les Forces de Défense et Sécurité dans les conditions nécessaires à l’accomplissement de leur mission et secouru efficacement les populations chaque fois que la situation l’exige. Pour renforcer les capacités des forces de défense et de sécurité en ressources humaines et matérielles, pour améliorer leurs conditions de vie et de travail, le Gouvernement a dû mobiliser plus de 650 milliards. C’est pourquoi, en dépit d’une situation sécuritaire régionale dégradée, le Niger continue à être un îlot de paix et de sécurité ;
• organisé des Patrouilles mixtes régionales et départementales, avec près de 800 véhicules qui circulent nuit et jour ;
• organisé des opérations lourdes telles que l’opération Zarmaganda à la frontière avec le Mali, l’opération Mali Béro pour faire face aux conséquences de la crise libyenne, l’opération N’gaa pour sécuriser la région de Diffa face à Boko Haram, l’opération Maidounama en liaison avec les forces armées tchadiennes à l’intérieur des frontières du Nigéria ;
• mis en œuvre un programme de recensement physique des détenteurs légaux d’armes à feu, des actions de sensibilisation sur la détention illégale d’armes de petit calibre, des actions de déminage ainsi que des travaux à haute intensité de main d’œuvre ;
La vision du Niger en matière de sécurité a fini par faire école dans la sous-région et au-delà. Pour preuve, elle a été adoptée par des organisations d’intégration comme la CEDEAO, l’Union Africaine, le CEN-SAD, la CBLT au fil des rencontres régulières portant sur le sujet.
En dépit de tous ces efforts, les menaces persistent et peuvent même s’aggraver dans l’avenir à travers notamment une alliance renforcée de groupes terroristes, de rébellions armées ou d’organisations criminelles.

III.2. PERSPECTIVES 2016 – 2021

C’est en tenant compte de tous ces facteurs que, pour le prochain quinquennat nous envisageons :
• La redéfinition et la mise en œuvre d’une politique de sécurité nationale tenant compte des dimensions politique, économique, psychologique et militaire. L’accent doit être mis, en particulier, sur la modernisation de nos Forces de Défenses et de Sécurité en particulier les FAN et leur adaptation aux menaces nouvelles ;
• La consolidation de l’autorité de l’Etat à tous les niveaux à travers par exemple la collecte et la destruction des armes, munitions et explosifs illégalement détenus, le suivi de la traçabilité des financements des ONG, la protection des renseignements ;
• La redéfinition et la mise en œuvre d’une stratégie de sécurité et de défense nationale avec un accent particulier sur :

– La gouvernance des Forces de Défense et de Sécurité (lutte contre la corruption, organisation des carrières etc.…),
– Leur organisation à travers une montée en puissance permettant un meilleur maillage du territoire national avec la création de nouveaux bataillons des Forces Armées Nigériennes (FAN), de nouvelles bases aériennes, de nouveaux escadrons de la Gendarmerie Nationale, de nouvelles unités de la Garde Nationale et de la Police Nationale,
– La constitution et la formation des forces spécialisées dans la lutte contre le terrorisme,
– Le renforcement du génie militaire,
– L’accroissement des effectifs, leur formation et leur entrainement à tous les niveaux ; dans cette perspective, la capacité des centres d’instruction sera doublée et la formation des officiers sera renforcée,
– La poursuite des patrouilles mixtes régionales et départementales,
– L’équipement conséquent des forces de défense et de sécurité avec une attention particulière portée à l’acquisition de blindés, d’hélicoptères, d’avions de combat et de transport de troupes,
– La réalisation d’infrastructures militaires notamment celle des casernes,
– La restructuration et le renforcement des capacités techniques et humaines de l’ensemble des structures de renseignement,
– Le renforcement du moral à travers notamment la réalisation de logements sociaux en faveur des Forces de Défense et de Sécurité,
• La recherche constante de la consolidation des relations entre les populations, le Gouvernement et les Forces de Défense et de Sécurité. Dans cette perspective les actions civilo-militaires vont être renforcées. Il s’agit plus précisément d’entreprendre, surtout dans les zones potentiellement exposées aux menaces diverses et autres conflits inter et intra-communautaires, des actions comme :
– la mise en œuvre des différents axes de la Stratégie pour le Développement et la Sécurité dans les zones Sahélo-Sahariennes du Niger (SDN-Sahel-Niger),
– l’amélioration et le développement de la communication,
– la prise en charge des jeunes notamment à travers la lutte contre le chômage et la radicalisation ;
• La poursuite et le renforcement de la coopération sécuritaire avec les pays voisins. Afin de vaincre définitivement Boko Haram, nous renforcerons notre contribution à la Force Mixte Multinationale comprenant le Bénin, le Cameroun, le Niger, le Nigéria et le Tchad. Le « Groupe des Cinq du Sahel », le « G5-Sahel » comprenant le Burkina-Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad est aussi un cadre approprié pour la mutualisation de nos capacités de renseignement et de nos capacités opérationnelles face au terrorisme et au crime organisé ;
• La poursuite de notre participation militaire à la sécurité internationale, notamment dans le cadre des Nations-Unies ;
• La mobilisation de notre diplomatie pour défendre nos intérêts vitaux et stratégiques ainsi que pour contribuer à la paix dans la sous-région et dans le monde. En particulier, nous ferons tout pour contribuer à la stabilisation de la Libye.

Sur le plan régional, les actions du gouvernement nigérien ont aujourd’hui besoin d’évoluer vers une doctrine qui prendrait en compte les dangers nouveaux qui sont apparus, notamment dans le domaine sécuritaire.
Le Niger doit aujourd’hui accorder toute l’importance qu’il faut au projet d’intégration et de coopération prévu par la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT). La situation dans le Lac Tchad a une dimension économique prépondérante que tous les acteurs et partenaires ont bien perçu et qu’il convient de solutionner. Ce à quoi le Niger est fortement engagé.

De même, les initiatives comme la Stratégie Intégrée des Nations Unies pour le Sahel et la Stratégie Développement Sécurité au Sahel (SDS Sahel Niger) doivent bénéficier du soutien et des moyens nécessaires à leurs actions.

La coopération dans la lutte contre l’insécurité et le terrorisme, qui nécessite un partage de renseignements et une mutualisation de moyens, devra aboutir à des projets concrets, grâce à l’opérationnalisation des différentes décisions prises. Il faudrait intégrer la sécurité de la sous-région à travers par exemple des projets élaborés et mis en œuvre par le G5 du Sahel et/ou les partenaires pertinents de notre pays sur cette question.

En définitive, il convient de ne pas avoir une vision réductrice de l’intégration qui la circonscrirait aux seuls aspects économiques, ou à un partenariat ponctuel entre nos Etats, car l’approfondissement du processus d’intégration régional est fortement tributaire de notre organisation dans les domaines de la sécurité et de la défense, même si ces questions sensibles peuvent susciter des appréciations différentes de la part de nos pays. Autrement, ceux-ci ne peuvent réaliser le développement économique et social dont l’intégration est porteuse, du fait du terrorisme et de l’insécurité qui, on le sait, se nourrissent de tous les trafics (drogue, immigration clandestine, traite des êtres humains..) qui minent nos efforts de développement.