Les regards sont présentement rivés sur la ville de Tahoua, qui s’apprête à accueillir la fête tournante du 18 Décembre 2017 dite « Tahoua Sakola ». La capitale de l’Ader est déjà en ébullition : des chantiers ouverts il y a quelques mois, sont soit achevés soit en voie de finition et attirent déjà l’admiration des premiers visiteurs,  mais aussi des habitants de la ville. Ouvriers, techniciens, ingénieurs… s’activent, de jour comme de nuit, à porter les dernières retouches, afin de livrer le produit de leur promesse, avant le jour « J ».

De l’Aéroport, doté désormais d’une nouvelle piste d’atterrissage répondant aux normes requises, et  d’un salon d’accueil pour les hôtes de marque, à la résidence présidentielle, en passant par le stade national, l’arène de lutte ou encore la maison de la Culture et les villas ministérielles, bref, tout est mis en œuvre pour que la fête soit belle.

Une  fête qui promet d’être belle pour au moins deux raisons : des moyens colossaux ont été dégagés et les Adarawa, légendaires hommes de défis et de courage, ont mis la main à la poche pour que leur  Capitale, jadis fade, fouettée par le vent de l’harmattan, neuf mois sur l’année,  soit citée en exemple des villes coquettes de la sous-région. Le pari est presqu’atteint, car des immeubles ont poussé du sol comme des champignons, des aires de loisir ont fait leur apparition, des infrastructures socioculturelles ont reçu des coups de pinceaux, le commerce se développe et l’espoir commence à renaitre…

À quelques jours de cette fête de renaissance culturelle, la fièvre carnavalesque s’empare déjà des jeunes adarawa. Ni le froid qui commence à s’installer dans cette région, avec toutes ses contraintes, ni d’autres aléas des temps modernes, telle que l’insécurité qui n’épargne de nos jours, aucun pays au monde, n’émoussent l’ardeur et l’engagement des jeunes mélomanes à passer des nuits blanches autour de leurs verres de thé, dans les boites de nuit  ou juste devant leurs portes.

Tous les secteurs de la vie socioéconomique de la ville connaissent en ce moment un regain d’activités.

Entre son titre de réservoir de lutteurs traditionnels du Niger et sa renommée de grandes migrations dans l’espace CEDEAO et même au-delà, ceux qui n’ont qu’une vague idée de cette région seraient intéressés de connaitre sa  carte postale  ainsi que sa place dans l’histoire du Niger précolonial.

La ville de Tahoua est située dans le département de Tahoua dans la région du même nom.   C’est le chef-lieu de ces deux entités.

Elle constitue une  ville, dotée selon régissant la décentralisation, avec un conseil de ville, composé de deux communes urbaines, plutôt arrondissements Tahoua I et II.

La ville est située à environ 600 km de Niamey, au centre du pays. La région est limitée à l’ouest par la région de Dosso, au Nord par le Mali,  au Nord-Est par la région d’Agadez, à l’Est par celle de Maradi et au Sud par le Nigeria.

Tahoua se trouve à la limite de la zone des cultures et de la zone sahélienne  où nomadisent les Peuhls, les Arabes et les Touaregs, au centre d’une région pastorale et agricole dont l’aménagement est poursuivi sur les sites de culture de contre-saison par les populations nomades sédentarisées à Keita, Konni, Bouza et Abalak.

Située dans le Sahel, la région de Tahoua connait un climat tropical sec avec un hiver sans précipitations, des pluies en été et une courbe des températures caractéristiques en dos de chameau. La Ville  comptait 123 373 habitants en 2011.

Ancienne étape des caravanes, Tahoua  est essentiellement un grand marché très pittoresque où se rencontrent Aderawa de langue Haoussa, Peuhl, Touareg et Zarma.

Des mines de phosphate et de gypse sont présentes aux alentours.

La ville possède un aéroport, situé sur la route N25, qui relie Arlit et Agadez à Niamey.

L’Adar forme avec les autres régions historiques de l’Azawak au Nord, du Kwanni (Konni) au Sud et du GobirTudu, au Sud-Est, la Région de Tahoua. Il comprend quatre des sept Départements constituant la Région de Tahoua : Tahoua, Keita, Bouza, Illéla (1).

L’Adar passa sous la mouvance  du Kabi aux 16ème  et 17ème  siècles, ensuite sous le contrôle des istambulawa au 18ème  siècle et devint enfin vassal de Sokoto à la fin du Djihad d’Usman Dan Fodio.

Les premiers Adarawa, les Azna Ramu (Azna des cavernes), occupaient l’espace de l’Adar et vivaient de la Cueillette et de la chasse du petit gibier, avant l’arrivée des Azna Mahalba, immigrés, chasseurs de gros gibiers, descendus de l’Air. Ce sont ces deux groupes qui formèrent les communautés villageoises des Azna de l’Adar. Les Hausa désignèrent par les Azna, les populations restées fidèles à la religion traditionnelle, par opposition aux musulmans.

Plusieurs courants migratoires d’autres populations, de leur point de départ à leur point de chute, l’Adar, sont signalés après l’arrivées des Azna Mahalba : les immigrants de l’ouest, originaires  de l’actuel imannan ( zone de Bonkoukou), Département de Balléyara, les immigrants de l’Est, composés essentiellement de Gobirawa qui vinrent de Gobir, les Gazurawa, venus de Gao…

D’autres migrations amenèrent plusieurs populations sur Adar, dont celles des Maradawa, originaires de Maradi, des Kwannawa, venus de Kwanni (Konni), à la fin du 17ème  siècle ou au début du 18ème  siècle et des Bitirawa, venus du Damergou vers le 16ème  siècle.

Adar passa donc sous la mouvance du Kabi, pendant les 16ème  et 17ème  siècles. A la suite de la défaite du souverain de Kabi, Kanta, devant le prince Agabba de l’Air, une dynastie étrangère vint s’installer à Adar.

L’Air, sous le règne de Mohammed Al Mubarek (1654-1687), réussit ainsi à installer à Birnin Adar, une branche de la dynastie d’Agadez, qui devint celle de Sarkin Adar à la fin du 17ème  siècle  et au début du 18ème  siècle, inaugurée par Muhammed Agabba, selon l’historien Djibo Hamani, à qui nous devons la connaissance approfondie de l’Adar précolonial.

« À la souveraineté lointaine de Kabi, se substitue donc une autre, directe celle-là, établie par des hommes venus d’Agadez ; ils ne se contentèrent pas d’occuper le pays, ils l’organisèrent et ce sera le premier d’un pouvoir s’étendant sur l’ensemble des communautés Azna de cette région », écrit Djibo Hamani, dans sa contribution à l’étude historique des états Hausa.

L’installation d’Agabba à Adar, selon la tradition, a été suivie de celle de 12 tribus de l’Air, dont celle des Lizawan, des Inssufan et des belkoreen. À l’exception de ces derniers restés nomades et résidant dans l’Azawak, la plupart des autres groupes venus de l’Air, sont aujourd’hui de langue Hausa, cultivateurs et assimilés à l’ensemble Adarawa.

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L’origine du mot Adar remonte d’Agabba à Adar en 1721. Il s’installa à l’Est de Birnin Darai, où il fit construire sur le plateau, la « ville fortifiée de l’Adar », Birnin Adar. « Le nom de l’Adar aurait été attribué au pays par Agabba. Selon Djibo Hamani, le nom Adar servit à partir d’Agabba à désigner l’ensemble des régions occupées par les Azna venus de l’Air et celle peuplée à l’ouest par les Azna venus de l’Imanan », précise l’historien nigérien.

Ainsi, depuis 1654, les sarakuna (dirigeants) de l’Adar étaient issus de la lignée masculine d’Agabba. Avec l’arrivée de Kel Air, (gens de l’Air), le pays était dénommé Adar et les nouveaux venus portèrent le titre d’adarawa (les gens de l’Adar) tandis que les autochtones conservèrent leur nom de Azna.

« Progressivement, le terme d’adarawa servit à désigner tous les musulmans et les animistes seuls portèrent celui d’Azna, signification qui est encore la sienne.

 À l’opposition entre le peuple (Talakkawa) et les dirigeants (Masu Sarauta), s’est ajoutée donc une autre, entre animistes et musulmans ».

L’Adar n’est pourtant pas seulement une région d’animistes, le terroir a donné naissance à des très grands érudits musulmans dont le plus célèbre reste incontestablement Mallam Djibril Ben Umar, maitre d’Usman Dan Fodio. Selon Pr. Djibo Hamani, Mallam Djibril Ben Umar était bel et bien originaire de l’Adar, où il naquit et mourut. Son entreprise de réforme entamée fut reprise, continuée et accomplie victorieusement par son disciple Usman Dan Fodio.

Le Djihad, mouvement révolutionnaire de réforme sociale, déclenchée en 1804, toucha tous les pays Hausa et le Borno.

L’Adar à la fin du 19ème  siècle, pour reprendre les termes de Djibo Hamani, était pris en « sandwich », entre les forces considérables de Sokoto au Sud et les Twareg au Nord et n’était plus que l’ombre de lui-même ; un état en déliquescence.

Tahoua est occupé par les forces françaises du commandant Gouraud le 4 décembre 1900. En 1901, des postes sont créés à Tamaské et à Guidan-Bado. Les troupes françaises d’occupation brisèrent toute velléité de résistance des populations de cette partie du Niger, qui tout de même firent preuve de beaucoup de bravoure.

Dalatou Malam Mamane

Nigerinter Magazine N ° 007 de décembre 2017

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