Mohamed Imbarek est ancien député. Vice-président du parti Amen Amin, il est aujourd’hui l’adversaire le plus redouté d’Omar Hamidou Tchiana. Les deux hommes sont d’ailleurs en procès car chacune des deux ailes revendique la légalité du parti Amen Amin. Dans cette interview exclusive, Mohamed Imbarek fait la genèse de la crise d’Amen Amin et donne ses opinions sur certaines questions brûlantes de l’actualité.

Niger Inter Magazine : Présentez-vous à nos lecteurs.

Mohamed Imbarek : Je suis Mohamed Imbarek. Je suis ex député et je suis Vice-président national du parti Amen Amin. Je fais partie du groupe des camarades exclus du parti Lumana et qui ont créé Amen Amin dont Omar Hamidou Tchiana.

Niger Inter Magazine : Votre parti Amen Amin est en crise. Mais avant d’aborder cette crise, pouvez-vous nous dire comment ce parti a été créé ?

Mohamed Imbarek : Je dois d’emblée préciser que le nom Amen Amin vient de moi, c’est mon idée personnelle qui a été validée pour le nom de notre parti. Comme je l’ai dit tantôt, Amen Amin est l’émanation de la crise à Lumana après la rupture d’alliance de ce parti avec la majorité au pouvoir. Ce sont donc les exclus de Lumana dont le président national Ladan Tchiana qui ont créé le parti Amen Amin. Nous étions un groupe de camarades rejoints par d’autres qui nous ont fait confiance. La raison principale de notre exclusion de Lumana c’était justement notre fidélité et notre solidarité aux actions de construction nationale du président de la République, SEM Issoufou Mahamadou. C’est ainsi que notre jeune parti s’est très vite repositionné sur l’échiquier politique. Le Président de la République et le Premier ministre nous ont fait confiance en nommant nos cadres à des postes stratégiques tout en maintenant notre camarade président avec le rang de ministre d’Etat. Cependant, je dois dire que ce dernier s’est accaparé lui seul de ces postes. Pour la nomination de nos cadres, il a toujours fait ce que bon lui semble au détriment  de la décision du parti.

Niger Inter Magazine : Quel a été le résultat de votre parti aux élections de 2016 ?

Mohamed Imbarek : Nous avons eu plus de 200 000 voix, ce qui nous a permis d’avoir trois (3) députés à l’Assemblée nationale. Ce résultat est le fruit du travail abattu par l’ensemble des militants Amen Amin. Ce n’est pas seulement l’œuvre  d’Omar Hamidou Tchiana. D’ailleurs les résultats sont là, si vous prenez le fichier électoral vous allez voir les départements qui ont été à la base de notre résultat. Vous allez voir que Omar Hamidou Tchiana n’a eu que 2 000 voix seulement dans sa commune alors moi j’ai eu plus de 8 000 voix dans ma commune. Et à la différence de lui, même à Lumana j’amène plus de voix que lui. J’ai amené 33 000 voix à Lumana l’année où j’ai été élu député contrairement à lui qui avait de réelles difficultés pour imposer son leadership à Lumana du fait d’insuffisance de résultat.

Niger Inter Magazine : Qu’est-ce qui était à la base de la crise entre vous et Ladan Tchiana ?

Mohamed Imbarek : Moi je pense que le premier responsable de cette crise c’est Omar Hamidou Tchiana. C’est lui qui a creusé le trou du manque de confiance envers le président de la République, envers le gouvernement et envers nous autres militants. Et la crise est née parce qu’on ne peut pas être un pied dedans et un pied dehors. De mon point de vue, en politique on ne peut être que loyal avec ses alliés ou on prend son courage à deux mains et leur dire que je ne suis plus avec vous je vais voir ailleurs. Je peux vous dire que Omar Hamidou Tchiana a manqué de loyauté à l’égard du président Issoufou et son gouvernement. Il a voulu malgré tout s’accrocher pour jouir des  strapontins qu’il tire de sa position. Et ce que l’opinion ignore même quand il devait quitter le gouvernement, on lui a demandé de présenter la liste d’autres camarades du parti mais par égocentrisme, il a préféré faire un simulacre de démission. Pour lui en dehors de lui, il n’y a personne capable de le remplacer. Ce qui n’est pas bien pour un leader. Pourtant comme je viens de le dire, les 200 000 voix étaient l’émanation des efforts des camarades des 8 régions du pays. Que représentent ses 2 000 voix sur 200 000 ? Même en termes de moyens, il n’a pas mis plus de moyens que moi pour notre campagne. Des camarades à nous peuvent le témoigner.

Niger Inter Magazine : un matin on apprend que le Vice-président national que vous étiez, est exclu du parti Amen Amin…

Mohamed Imbarek : Je dois avouer que c’était une décision unilatérale du Sieur Omar Tchiana. Pour lui, il a un Vice-président tout puissant qui a rassemblé autour de lui les militants et que c’est lui qui a rassemblé la majorité des gens pour qu’on puisse créer le parti Amen Amin. Pour lui, je suis très gênant tout comme il sait que je suis le seul à lui dire la vérité en face. Voilà pourquoi dans sa petite logique, il lui faut se débarrasser de moi. Et comme il sait que c’est une décision grave qui ne pourra pas passer régulièrement par les instances du parti, il a préféré agir en marchant sur les textes du parti. Et vous avez vu comment les militants dans toutes les régions ont réagi de la plus belle manière en contestant sa décision inique de vouloir m’exclure du parti sans façon. Aujourd’hui, pour ceux qui ne le savent pas dans les 8 régions les 7 présidents sont avec notre mouvance et également deux députés sur les trois députés d’Amen Amin. Si Omar Hamidou Tchiana  était un bon démocrate, il allait prêter une oreille attentive aux camarades qui ont essayé de le dissuader du caractère contre-productif de ses velléités hégémoniques.

Niger Inter Magazine : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous faites ombrage à Ladan Tchiana parce que vous avez accès au Président de la République et au Premier ministre ?

Mohamed Imbarek : A mon avis cela doit être considéré par lui comme un acquis. Si moi j’ai accès à ces gens ce n’est pas pour casser notre parti mais bien au contraire. D’ailleurs ce qui fait la grandeur d’un parti politique c’est ses ressources humaines et leurs carnets adresses. C’est vous dire qu’Omar Hamidou Tchiana avait tort si telle était sa vision de la politique. Je pense qu’il aurait plutôt souhaité avoir avec lui des personnalités qui ont des relations avec des grands leaders au niveau national et international. Moi j’ai toujours posé des actes utiles pour le parti. Un détail important par exemple : son suppléant qui est de Liboré, il ne le connait même pas avant pourtant c’est moi qui l’ai amené au parti. Si je ne l’aime pas comment je vais lui amener quelqu’un de plus populaire que lui dans sa propre localité. Dans la campagne passée il n’a pas daigné me dire voici un rond mais j’ai pu amener 15 000 voix de mon département malgré la présence des grands barons en lice dans cette localité. J’ai mis mes propres moyens pour battre campagne pour le bien de mon parti et comme je vous l’ai dit même à Lumana, on connait ma capacité de mobilisation. C’est peut-être cela qui gêne Omar Hamidou Tchiana.

Niger Inter Magzine : justement vous êtes en procès avec Omar Hamidou Tchiana. Où en êtes-vous présentement ?

Mohamed Imbarek : En effet, Omar Hamidou Tchiana avait pris la décision de m’exclure puis celle de dissoudre les sections des régions de Dosso et de Niamey. N’est-ce pas un abus de pouvoir lorsqu’un président prend son stylo pour dissoudre d’autorité des structures du parti ? Voilà un exemple type d’abus de pouvoir. Il n’a jamais réuni les instances compétentes pour entériner ses décisions de complaisance. Nous sommes en justice. Notre dossier est présentement au jugement de fond. Je dois rappeler que lorsque le juge des référés s’est déclaré incompétent, nos adversaires ont crié victoire alors que cela ne signifie en rien qu’une partie a gagné le procès. Nous sommes très confiants quant à l’issue favorable de ce procès car  notre camp a les textes violés par le camp adverse en sa faveur.  Nous n’avons pas attendu longtemps pour attaquer le référé car nous savons que les textes de notre parti n’ont pas été respectés.

Niger Inter Magazine : quelle a été la réaction de vos militants des autres régions après votre exclusion ?

Mohamed Imbarek: Nos camarades savent ce qu’ils veulent c’est pourquoi ils ont immédiatement réagi à travers des déclarations pour dénoncer l’instrumentalisation du parti à des fins sournoises. Ils ont exprimés leur désapprobation de cette supercherie délibérément entretenue par Omar Hamidou Tchiana dans le but d’assoir son hégémonie au sein d’Amen Amin. La preuve de ce que j’affirme c’est que quand il a tenu son simulacre de congrès, il a supprimé le poste de Vice-président pour ne plus sentir un autre leader à côté de lui. Par ce fait, il nous a vraiment fait montre de  son inculture, de son déficit de culture démocratique et par conséquent qu’il est indigne de conduire le mouvement Amen Amine.

Niger Inter Magazine : Au début ou pendant la crise y-a-t-il des camarades qui vous ont conseillé le consensus ?

Mohamed Imbarek : Il y avait certes des gens qui étaient venus me dire qu’ils cherchent des conciliations. Moi je leur ai répliqué que je suis disponible mais à condition que tout se passe dans la légalité à savoir le respect des textes du parti que nous nous sommes librement donnés. Quand ils sont partis le voir, il leur a dit qu’il ne veut plus entendre de ça, il considère que sa forfaiture pourra prospérer. Et ceci explique ce que je vous ai dit plus haut à savoir qu’il avait pensé naïvement que je suis gênant pour lui. Les gens ont souvent la mémoire très courte. Nous avons plutôt très vite déchanté de vivre les mêmes pratiques  hégémoniques que nous avons vécues ailleurs au sein de notre parti. C’est vraiment avec les épreuves que vous découvrez les vrais visages des gens. Mais je demande à mes camarades d’Amen Amin de résister, de tenir bon malgré la déception qu’ils éprouvent à l’encontre de celui qui a abusé de leur confiance. Je demande à tous de faire confiance à la justice nigérienne. D’autres partis ont connus les épreuves mais la légalité a fini par être du côté de ceux qui l’incarnent. Je nous conseille de la patience et surtout du courage pour la suite de notre combat.

Niger Inter Magazine : Jusqu’à l’exclusion d’Amen Amin de la MRN, vous et l’aile de Ladan Tchiana chacun se réclame de la MRN et soutient le président Issoufou. Quelle est justement votre lecture de la gouvernance du président Issoufou ?

Mohamed Imbarek : Je dois tout de suite vous rappeler que je me retrouve dans le camp d’Amen Amen qui reste et demeure aujourd’hui encore fidèle et solidaire aux actions du président de la République et de son gouvernement. Nous nous réclamons encore de la MRN parce que ce n’est pas de notre si notre parti a été exclu. C’est la façon cavalière, le mauvais comportement du président du parti qui a fait en sorte que le parti soit exclu.  Nous en tant que militants de ce parti, fidèles à nos engagements nous sommes toujours fidèles aux actions du président de la République et de la MRN. Et je vous précise qu’il y a avec nous deux des trois députés d’Amen Amin. Aujourd’hui vous pouvez le vérifier, il n’y a aucun leader parmi les grands leaders connus du parti avec Tchiana. C’est pourquoi sa récente tournée à l’intérieur du pays n’a pas été médiatisée. Et pour répondre à votre question, aucun nigérien objectif ne saurait être insensible à l’œuvre de construction nationale et pour l’Afrique en général engagée depuis bientôt 8 ans par le président de la République Issoufou Mahamadou.  Aujourd’hui il y a des problèmes dans le monde entier, je connais des pays africains qui ont même des arriérés de salaires mais Dieu merci au Niger nous n’avons pas ce problème. Avant l’arrivée du président Issoufou la masse salariale ne dépasse guère 50 milliards, mais aujourd’hui elle dépasse les 200 milliards par an. Et ce, grâce au recrutement des jeunes à la fonction publique et aux augmentations des salaires des fonctionnaires. Tout cet argent va dans les ménages des nigériens et on sait que derrière chaque fonctionnaire au Niger il y a des familles qui en profitent.

Niger Inter Magazine : aujourd’hui d’aucuns reprochent au président Issoufou d’autoriser la présence militaire étrangère au Niger. Que répondez-vous ?

Mohamed Imbarek : Aujourd’hui ceux qui tiennent ce discours mettent en avant la politique et on les connait bien. Aujourd’hui il n’y a aucun pays au monde qui peut vivre dans l’autarcie. Même l’Arabie Saoudite qui produit 12 millions de baril/jour héberge des forces étrangères sur son territoire à plus forte raison le Niger. Aujourd’hui face aux défis sécuritaires et avec un territoire aussi vaste, il est irresponsable de tenir un tel discours. Heureusement que le président Issoufou en grand visionnaire dans le domaine sécuritaire ne se laisse pas divertir par  ces discours alarmistes. Bien au contraire nos forces de défense et de sécurité sont en train de se former en renforçant également leurs capacités dans les domaines stratégiques aussi militaires que les renseignements.

Réalisée par Elh. M. Souleymane et Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter Magazine N°15

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