Dr Saidou Hangadoumbo est consultant international indépendant, médecin et PHD spécialiste de santé publique, ayant occupé de hautes fonctions techniques au service de santé des forces armées nigériennes et au ministère de la santé publique entre 1987et 2009. Dans l’entretien qui suit, il donne son point de vue sur l’IDH du Niger.

 Niger Inter : Quelle est votre opinion sur le classement IDH 2018 du Niger ?

Dr Saidou Hangadoumbo : Primo, il faut rappeler que l’IDH mesure trois dimensions complexes : a) la santé à travers l’espérance de vie à la naissance, b) l’éducation saisie par la durée moyenne de scolarisation (personnes âgées de 25 ans et plus) et la durée attendue de scolarisation (enfants d’âge scolaire), et c) la richesse mesurée par le revenu national brut par habitant. Secundo, je voudrai exprimer mon indignation comme beaucoup de mes compatriotes. En effet, ce classement n’honore pas notre pays. La frustration de toutes ces femmes et hommes qui se battent nuit et jour pour le progrès économique et social de notre pays, est indéniable.Tertio, mon opinion est que ce classement de notre pays, basé sur les mêmes critères pour tous les pays peut être réel ou apparent. En effet, les situations suivantes peuvent masquer la réalité :

  1. a) Des données manquantes ou de mauvaise qualité
  2. b) Un problème de complétude et promptitude des données

 Niger Inter : Comment inverser la tendance selon vous?

 Dr Saidou Hangadoumbo : Pour inverser la tendance, il faut une riposte politique d’abord et technique ensuite. Sur le plan politique, nous devons clairement exprimer notre volonté en :

–  nous appropriant la paternité des données relatives aux indicateurs de l’IDH.

– Investir stratégiquement et sur le long terme dans les dimensions du développement humain en allouant plus de moyens dans les secteurs sociaux comme l’éducation, la santé. L’idéal est d’atteindre le stade d’une couverture universelle dans ces secteurs.

–  réduisant les inégalités de revenus entre les citoyens

–  accroissant le revenu national brut en travaillant plus et promouvoir la bonne gouvernance

  • mettant en place un comité multidisciplinaire de suivi stratégique des indicateurs de l’IDH, composé de spécialistes en éducation, santé publique, en économie, anthropologie, sociologie, etc. ; l’ancrage institutionnel du comité doit aussi être défini.
  • – fournissant les moyens pour ce comité car chaque indicateur a un cout
  • – encourageant la collaboration entre le comité de suivi stratégique national et le PNUD afin d’harmoniser les données car un pays ne peut avoir des statistiques différentes. Sur le plan technique, toutes dispositions allant de la bonne compréhension des indicateurs, à leur collecte, leur remontée, leur compilation, leur analyse, le contrôle de qualité, leur diffusion, leur utilisation, leur stockage, le suivi stratégique des indicateurs à l’aide d’un tableau de bord, etc., doivent être adressées.

 Niger Inter : avez-vous un conseil pour la classe politique pour un sursaut national pour rattraper notre retard en termes de l’IDH?

 Dr Saidou Hangadoumbo : Le sursaut national pour rattraper notre retard en termes d’IDH a une composante politique, comme mentionnée plus haut. Sans une classe politique consciente, les politiques nécessaires, la bonne gouvernance, le plaidoyer, la mise au travail des Nigériens, l’utilisation des compétences humaines requises, l’équité dans les revenus et toute autre condition nécessaire, la lutte sera perdue. Cela d’autant plus vrai qu’en termes d’IDH, rien n’est acquis. Chaque année est un nouveau départ avec les efforts requis. Une bonne économie ne conduit pas forcément à une amélioration des secteurs de la Santé et de l’Education comme le veut la logique. Une répartition équitable des revenus est plus efficace.

Recueillis par Elh. M. Souleymane

Niger Inter

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