Après sa suspension en 2017 de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), le Niger vient de réaffirmer son intention de reprendre sa place. Une Conférence sur la gouvernance du secteur extractif vient s’est tenue du 22 au 23 janvier dernier. Après l’ouverture de cette Conférence, nous avons recueilli la réaction d’Ali Idrissa, Coordonnateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB).

Quelle est votre réaction sur le retour du Niger à la norme ITIE ?

Ali Idrissa : Le retour du Niger à l’ITIE permettra à notre pays de prendre sa place de leader en matière de mise en place dans  la sous-région. Il faut  se rappeler quand le Niger est devenu conforme notamment à la conférence de Paris en mars 2011, il n’y avait même pas certains Pays francophones qui sont membres. Pourtant aujourd’hui ces  pays sont des références en matière de mise en œuvre de l’ITIE. Donc ça ne peut être qu’une frustration pour nous. Le retour de notre pays nous permettra de retrouver très rapidement notre place. Il faut que le Niger ayant déjà nommé un cadre de l’administration comme Secrétaire Permanent puisse mettre en place le comité c’est-à-dire  le groupe multipartite composé de la société civile, les compagnies minières et pétrolières et aussi les représentants du gouvernement. Donc c’est ce groupe qui proposera un plan de mise en œuvre de l’ITIE. Nous avions été suspendus pour 23 mesures correctives. Je crois que nous ferons en sorte que dans notre offensive avec les organes dirigeants de l’ITIE que le Niger ne puisse pas se retrouver en pays candidat mais que le Niger puisse être au stade où il  va apporter des réponses au 23 mesures correctives et être réévalué.

Selon vous quelles sont les raisons qui étaient à la base de la suspension du Niger de l’ITIE ?

Ali Idrissa : Les raisons de la suspension du Niger sont vraiment comme l’a rappelé le Premier ministre dans son discours d’ouverture de la Conférence à savoir un déficit de communication entre d’abord le groupe multipartite nigérien qui était en train de suivre la mise en œuvre et le gouvernement nigérien. Et aussi entre le Secrétariat International et le gouvernement nigérien. C’est vrai  que si vous vous rappeler bien, certains ont fait croire que c’est la société civile qui a fait en sorte que le Niger soit suspendu, mais aujourd’hui à l’évidence il en est rien.  C’est seulement parce que le Niger n’a pas travaillé.  Le groupe mis en place n’a pu être à la hauteur du défi, c’est-à-dire faire en sorte que le pays puisse être conforme à la norme ITIE. Maintenant je crois que les choses sont claires.  Il est bien rntendu que sur les 23 mesures qui ont été    recommandées au Niger, seule une mesure concerne l’espace civique c’est-à-dire de la société civile. On ne peut pas dire sur 23, une mesure peut être généralisée pour que le pays puisse être suspendu pour une seule mesure. Donc maintenant pour nous et  le gouvernement et les autres parties ayant pu discuter la compréhension aidant et puis aussi vous vous rappelez bien en 2017 l’atmosphère, le climat de suspicion qui régnait entre un certain nombre d’acteurs. Aujourd’hui nous pensons bien que cette intention  du gouvernement de retrouver sa place dans l’ITIE est un gage  que le gouvernement veut renouer avec le dialogue avec le groupe multipartite à savoir société civile, compagnies minière et pétrolière pour un dialogue  dans le sens d’une bonne gouvernance dans les industries extractives. Il faut aussi se dire que le Niger aujourd’hui à l’évidence ne tire pas assez de profits de l’exploitation des ressources naturelles du sous-sol. Au Niger, les ressources naturelles constituent environ  70% de nos exploitations mais contribuent à moins de 7 % au Produit intérieur brut (PIB). Nous sommes plus que jamais dans la malédiction de  ressources. C’est cela qui est un défi pour nous. Il faut faire en sorte que ces ressources puissent d’abord  profiter aux Nigériens, que ces ressources puissent être un tremplin pour le développement  socio-économique de toutes les régions de notre pays et avant peut être que les compagnies qui viennent faire du business, nous en disconvient pas, parce que on ne peut investir des milliards et penser qu’on est venu faire de la charité. Donc nous devrons tous œuvrer pour qu’il y ait du contrat gagnant-gagnant.

Que faire pour consolider les acquis de la norme ITIE ?

Ali Idrissa : Pour consolider les acquis de l’ITIE, il faut que nous engageons un dialogue  au niveau national qui permettra à tous les acteurs impliqués de pouvoir s’approprier de ce mécanisme. Vous savez bien, certains pays sont allés au-delà. Ils ont même pour autant créer des structures ITIE qui n’ont pas le nom de l’ITIE  mais  qui s’appellent  cadre de concertation où vous retrouvez sur d’autres thématiques, le groupe multipartite c’est-à-dire ces représentants de ces Etats, de la société civile et autres acteurs  selon les thématiques. Il importe de s’engager vers cette approche inclusive et intégrale. On le voit, chaque pays s’en approprie et donne le contenu qu’il veut. L’ITIE pose les grandes lignes, l’ITIE pose les grands axes mais les Pays s’en approprient. Aujourd’hui si nous sommes respectueux mêmes des mécanismes qu’on a l’ITIE ne peut servir que d’appui pour nous. Notre constitution a déjà jeté les bases pour une transparence  intégrale en ce sens que notre constitution dit même qu’il faut publier le contrat dans le journal officiel de la République du Niger. Quand il y a le contrat et le revenu dans le journal officiel. Quand la constitution nigérienne dit qu’il faut orienter même la défense dans les secteurs prioritaires de base à savoir l’éducation,  la santé, l’agriculture et l’élevage et la création d’un  fond pour les générations futures. C’est révolutionnaire pour notre pays. Car à notre connaissance beaucoup de pays n’ont pas ces outils en matière de transparence.  Donc nous devrions faire en sorte que tous ces mécanismes puissent être pour nous une manière pour que nous puissions créer un cadre compétitif dans notre pays, pour que les compagnies qui viennent investir se disent qu’il y aura pas de business autour de la gestion des sous et que tout est clair quand tu viens avec ton argent tu peux investir,  tirer tes dividendes et faire en sorte aussi que le pays gagne. Pour nous, il est essentiel que l’ITIE puisse aller au-delà, même au niveau communal, au niveau régional, on peut faire en sorte qu’il ait des comités qui vont aussi gérer les crises qui peuvent naitre de la gouvernance   des ressources naturelles. Tous les pays qui sont autour de nous, qui sont en guerre, vous savez bien que c’est lié à la gestion des ressources naturelles du sous-sol. Donc pour nous  cela permettra de  bannir à jamais de tels conflits dans notre pays.

Propos recueillis par Elh. M. Souleymane             

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