Dr Adamou Issoufou est un nigérien titulaire d’un doctorat de droit public. Enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop (Dakar), il enseigne le droit constitutionnel, le droit des finances publiques et le droit des marchés publics. Il a effectué plusieurs missions d’audit des marchés publics au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal. A travers cette tribune, il renseigne sur le programme du candidat Buhari et les valeurs qu’il incarne.

Je le soutiens parce que tout comme lui, je ne crois pas au libéralisme sauvage et à la privatisation tous azimuts prônés par son rival. Nous sommes dans des Etats assez pauvres. Mais nous ne devons pas oublier que ces Etats regorgent des talents, des porteurs d’idées et de projets.  Ces champions nationaux sont capables de promouvoir et de développer l’initiative privée dans beaucoup de domaines. Ils ont simplement besoin du soutien, de l’accompagnement et de la protection de l’Etat pour décoller. Et en nationaliste convaincu,  le Président Buhari  a initié ce qu’il appelle le « Trader Moni ». Cette initiative pilotée directement et personnellement par son Vice-Président, le Professeur Yemi Osinbajo permet à l’Etat du Nigeria de financer de nombreux porteurs des projets. Aussi, le tissu économique composé essentiellement de petites et moyennes entreprises a-t-il besoin de l’Etat pour s’épanouir et prospérer. C’est cette idée qui l’a poussée à imposer « le consommer local » et l’interdiction d’importation de certains produits fabriqués sur place ; une décision aux enjeux multiples pour qui connait la capacité de production et de consommation du peuple nigérian. Le Président Buhari a compris qu’un marché sans Etat est un marché dans tous ses états.  Cette idée d’accompagner et de tirer les champions nationaux vers le haut a poussé les Etats Unis d’Amérique à adopter le 30 juillet 1953 ce qu’ils appellent «  le Small Business Act ». Que l’on ne se trompe pas, les grandes puissances sont les plus fervents défenseurs du protectionnisme. A cela s’ajoute, le refus catégorique du Président Buhari de privatiser les secteurs stratégiques notamment la fameuse « Nigerian National Petroleum Corporation  (NNPC)». Cette Société que le candidat de l’opposition cherche à privatiser est en train de travailler pour permettre au Nord du pays, largement défavorisé, de découvrir, sous peu, la saveur de l’or noir.  L’idée est de corriger le fossé qu’il y a entre le Nord et le Sud au sujet de la distribution des revenus issus de l’exploitation des ressources minières et pétrolières.

Je  soutiens Buhari parce que tout comme lui, je crois au service public et à une certaine idée de l’Etat providence. En effet, dans nos Etats, les citoyens capables de se soigner, d’assurer correctement le soin et l’éducation ou la formation de leurs enfants ne dépassent guère 10 à 15 % de la population.  Elle végète dans une certaine indigence et est largement rurale. L’Etat, a-t-il le droit de laisser faire ou de laisser chacun se débrouiller ? La réponse est assurément non. C’est ainsi qu’en sa qualité de fils de paysan et ayant largement profité de l’école et des soins publics, le Président Buhari s’est engagé à redresser la situation éducative et sanitaire laissée au bord du pourrissement par l’ancien régime. Un régime plus orienté vers les affaires et l’enrichissement personnel des dignitaires que par le bien-être du paysan et de son fils. Les résultats sont visibles dans les hôpitaux et centres de santé ruraux ainsi que dans les écoles.  Aucun Etat n’a, en réalité, le droit de négliger ces secteurs on ne peut plus vitaux. Il faut nécessairement que les autorités du moment pensent aux générations futures et à la qualité de la relève. C’est l’une des qualités d’un Homme d’Etat. A ces efforts de développement et de l’épanouissement des secteurs sociaux de base, le Président Buhari a engagé de grands chantiers de désenclavement des différentes régions du pays. Pour s’en convaincre, il faut juste vérifier la qualité du réseau routier et ferroviaire depuis son accession au pouvoir.

Je le soutiens parce que tout comme lui,  je crois à la diversification des sources de revenu d’un Etat. Pendant longtemps, le Nigeria dépendait essentiellement du revenu tiré de l’exploitation du pétrole. En même temps,  l’incivisme fiscal lié à la forte politisation des secteurs de production battait tous les records. C’est ainsi que la couverture des charges publiques et le financement des secteurs sociaux de base dépendaient des cours mondiaux du pétrole qui du reste était vendu à l’état brut car les raffineries du pays sont aux arrêts. En conséquence, à la moindre chute brutale de ce cours, le pays frôle la récession économique et la population végète dans la misère. La gestion d’un Etat ne peut s’accommoder de telles incertitudes. Le Président Buhari l’a compris et s’est très tôt engagé à développer et  moderniser le secteur agricole.  Le potentiel pluviométrique de cet Etat permet d’espérer. Avec un soutien soutenu de l’Etat, il est possible, à moyen terme, d’optimiser la production agricole capable de couvrir la consommation nationale et l’exportation vers les Etats qui en ont besoin. Aussi, le Président Buhari a-t-il entendu, dès le départ, donner tout son sens à la notion d’égalité des contribuables devant l’impôt. En effet, il est regrettable de constater que la plupart des opérateurs économiques ne paient pas les impôts en raison de leurs affinités avec la classe dirigeante.  Sa volonté de mettre fin à cet état de faits, à travers des mesures de redressement douloureuses mais nécessaires pour un changement radical, lui a attiré l’hostilité de certains milieux mafieux qui peinent à admettre que l’Etat doit d’abord compter sur ses ressources internes et que l’impôt sert à couvrir les charges publiques, à orienter la politique économique et sociale de l’Etat et que chacun doit s’acquitter de ce devoir selon sa capacité contributive. Plus de responsabilité citoyenne dans la gestion de l’Etat.

Je le soutiens parce que tout comme lui,  je crois que les autorités doivent mettre un point d’honneur à la lutte contre la corruption et à la reddition des comptes. Le Nigeria a pendant longtemps battu le triste record des pays les plus corrompus aussi bien en Afrique que dans le monde. Presque rien ne peut s’obtenir au Nigeria sans corruption et presque tout est possible dès lors que vous êtes disposés à glisser quelques billets. C’est ainsi que dans ce pays, les politiciens, les militaires et les fonctionnaires figurent parmi les multimilliardaires.  C’est devenu banal, personne ne rend pratiquement compte de sa gestion ou ne peut sérieusement répondre des manquements liés à sa gestion. Or, la banalisation de la corruption, l’opacité dans la gestion des affaires publiques et le refus de rendre compte de cette gestion sont à la base de rupture de confiance entre dirigeants et dirigés. Lutter contre la corruption dans un Etat comme le Nigeria n’est pas une mince affaire tellement les stratégies sont affinées et le fait admis par la conscience collective. C’est pourquoi, malgré les quelques succès rencontrés, beaucoup reste à faire sur le terrain de la protection de l’aspect sonnant et trébuchant du contrat social nigérian.  C’est en cela qu’il est important de laisser l’incorruptible et l’intègre continuer « le balayage »  jusqu’en 2023.

Je  soutiens Buhari, enfin, car tout comme lui,  je crois que rien ne peut se faire dans l’insécurité et la peur. Sur cette question, il faut rappeler que l’ancien régime a négligé le terrorisme et le phénomène de kidnapping jusqu’à ce qu’ils aient pris des proportions très inquiétantes. Le terrorisme et le banditisme ne font pas de quartier. Et c’est pourquoi, il est triste de constater qu’en raison de cette négligence coupable, les pays limitrophes du Nigeria sont sérieusement exposés à toutes les formes d’insécurité possibles. Aujourd’hui, l’acharnement du Président Buhari et de ses homologues de la sous-région ainsi que les succès enregistrés dans ce domaine permettent d’envisager la maitrise quasi complète du fléau dans les mois à venir.

A 76 ans, plus rien de strictement personnel ne l’intéresse (il a même rabaissé son salaire de 30%)  et en fervent nationaliste il ne pense qu’à son pays, au bien-être de sa population et aux générations futures. Il cherche simplement à mettre de l’ordre et à inscrire la prospérité dans la postérité.  Il est à la fois un modèle de dirigeant et un dirigeant modèle.

ISSOUFOU Adamou FSJP/UCAD/Dakar, Sénégal.

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