Seydou Maîmounatou est vice-présidente de l’Organisation de la Jeunesse Tarayya (OJT). Dans l’entretien qui suit, elle se prononce la journée du 8 mars dédiée à la femme et  les défis à relever par les femmes dans le monde et au Niger en particulier.

Niger Inter : Quel est votre avis  sur le thème retenu cette année «Penser équitablement, bâtir intelligemment et innover pour le changement » ?

Seydou Maîmounatou : Tout d’abord je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez de m’exprimer dans votre journal. Je ne saurai aborder ce thème sans pour autant faire l’historique de cette journée et de vous dire combien de fois elle est importante pour nous. Le 8 mars c’est la journée internationale de lutte des femmes pour leur droit. L’origine de cette journée s’ancre dans les luttes ouvrières et les nombreuses manifestations de femmes réclamant le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité entre les hommes et les femmes, qui agitèrent l’Europe et le monde occidental, au début du XXe siècle.

La création d’une « Journée internationale des femmes » est proposée pour la première fois en 1910, lors de la conférence internationale des femmes socialistes, par Clara Zetkin, et s’inscrit alors dans une perspective révolutionnaire.

La date n’est tout d’abord pas fixée, et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint Pétersbourg, que la tradition du 8 mars se met en place. Après 1945, la Journée internationale des femmes devient une tradition dans le monde entier.

La date est réinvestie avec le regain féministe des années 70 et la « Journée internationale des femmes » est reconnue officiellement par les Nations Unies en 1977, puis en France en 1982. C’est une journée de manifestations à travers le monde, l’occasion de faire un bilan.

Cette journée représente une aubaine pour nous de célébrer nos réussites, de réaffirmer notre volonté et de lutter vaille que vaille pour défendre nos droits.

La Journée des femmes reste aujourd’hui d’une brûlante actualité. Car tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte, nous aurons besoin de la célébrer.

La thématique nous amène à réfléchir aux moyens innovants nous permettant de faire progresser l’égalité de sexe et l’autonomisation de la femme et de la fille dans les secteurs dominants suivants à savoir : le système de protection sociale, l’accès aux services publics et la construction des infrastructures durables.

Lorsque nous abordons le thème de la planification avec un esprit tourné vers l’innovation et soucieux de l’égalité, qui tient compte des besoins des femmes et des filles dès le départ, nous constatons une différence remarquable au niveau des plans, qu’il s’agisse de planification urbaine conçue pour accroître la sécurité des déplacements, de garderies en milieu rural offrant aux travailleuses et travailleurs des solutions positives pour la garde de leurs enfants, ou de l’utilisation de moyens biométriques d’identification pour remplacer les documents officiels que de nombreuses femmes ne possèdent pas ou ne contrôlent pas.

Nous nous tournons vers les chefs de file des secteurs industriels qui changent la donne, les entrepreneurs sociaux, les activistes en faveur de l’égalité des sexes et les femmes innovatrices pour trouver les moyens innovants qui permettront d’éliminer les barrières et d’accélérer le progrès en matière d’égalité des sexes.

Les recherches effectuées par ONU Femmes indiquent qu’à l’heure actuelle, 740 millions de femmes tirent leur revenu de l’économie informelle, avec un accès limité à la protection sociale ainsi qu’aux infrastructures et services publics qui pourraient leur permettre d’accroître leur productivité et la sécurité de leurs sources de revenus.

Par exemple, les travaux domestiques et de soins non rémunérés qu’effectuent les femmes équivaut à 2,6 fois ceux des hommes. Par ailleurs, seulement 41 pour cent des mères de nouveau-nés bénéficient de prestations de maternité dans le monde, et une femme sur trois aura vraisemblablement à faire face à des actes de violence au cours de sa vie. Et pourtant, les services publics, la planification urbaine et les systèmes de transport sont rarement pensés en y intégrant la problématique de la sécurité et de la mobilité des femmes. C’est pourquoi l’accent est mis cette année sur l’innovation, en plaçant cet axe au centre de la réflexion sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes à l’échelle mondiale.

Dans une analyse  Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka (Directrice Exécutive de l’ONU Femme)  dit qu’étant donné que les tendances actuelles montrent que les actions menées jusqu’à présent ne suffiront pas pour parvenir à une planète 50-50 d’ici 2030, les Objectifs de développement durable, la feuille de route des Nations Unies pour un avenir durable à l’horizon 2030, exigent des transformations décisives, des approches intégrées et de nouvelles solutions. Cela est particulièrement vrai s’agissant de l’ODD 5 : « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ».

L’innovation et la technologie offrent certes des possibilités sans précédent, mais les tendances font apparaître une fracture numérique croissante entre les sexes, les femmes étant sous-représentées dans les domaines de la science, la technologie, l’ingénierie, les mathématiques et le design. Elle constitue un obstacle les empêchant d’être à l’origine ou d’avoir une incidence sur les innovations qui sont nécessaires et doivent tenir compte des sexospécificités, de façon à favoriser une transformation positive de la société. Que l’on parle des services bancaires mobiles, de l’intelligence artificielle ou de l’Internet des objets, il est essentiel que les idées et les expériences des femmes interviennent également dans la conception et la mise en œuvre des innovations qui façonneront les sociétés de demain.

Faisant écho au thème prioritaire de la 63e Commission de la condition de la femme, la Journée internationale des femmes 2019 s’adressera aux grands de l’industrie qui changent la donne, aux entrepreneurs sociaux, à toutes celles et tous ceux qui militent en faveur de l’égalité des sexes ainsi qu’aux femmes innovatrices, afin d’envisager comment l’innovation peut aider à éliminer les obstacles et à accélérer le progrès vers l’égalité des sexes, encourager les investissements dans des systèmes sociaux sensibles à la dimension de genre et bâtir des services et infrastructures adaptés aux besoins des femmes et des filles. Le 8 mars 2019, soyez à nos côtés pour augurer d’un avenir où l’innovation et la technologie ouvriront de nouvelles portes aux femmes et aux filles, afin qu’elles puissent jouer un rôle actif dans la mise en place de systèmes plus inclusifs, de services efficaces et d’infrastructures durables qui serviront à atteindre plus rapidement les ODD et l’égalité des sexes.

Juste après ces festivités de la Journée internationale des femmes se tiendra la 63ème session de la Commission sur la condition de la femme, du 11 au 22 mars, dont le thème prioritaire sera « Systèmes de protection sociale, accès aux services publics et infrastructures durables pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles ».

En énumérant tous ces éléments c’est une manière de vous montrer que le choix et la pertinence de ce thème n’est pas fortuit et a tout son sens.

Quelles sont vos vœux à l’occasion de cette journée internationale de la femme en ce 08 mars 2019 ?

Seydou Maîmounatou : Mes vœux c’est de voir toutes les femmes du monde réussir mais aussi dominer tous les domaines dont elles sont sous représentées à savoir : la science, la mathématique, l’énergie, l’ingénierie, les Ntics (les nouvelles technologies de la communication, la communication et en même temps je leur souhaite une excellente journée de la femme tout en leur disant de ne pas baisser les bras car tant que l’égalité de sexe n’est pas acquise le 8 mars continuera d’être célébrée.

Quel appel voudriez-vous lancer aux femmes à l’occasion de cette journée ?

Seydou Maîmounatou : J’appelle les femmes à l’union, à la cohésion, à la solidarité et je leur demande de chercher à s’instruire et s’investir pleinement dans le domaine de la connaissance car le Président de la République son Excellence Issoufou Mahamadou disait dans son discours de l’an III de son investir je cite : « S’il y a un domaine où l’égalité de sexe est possible et s’il y a un domaine où une fille vaut un garçon et peut bien rendre le même service à sa famille et à la société c’est bien le domaine de la connaissance. C’est avec la connaissance que nous pouvons valablement lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, lutter contre le mariage et les grossesses précoces, lutter contre toutes formes de discrimination basée sur le genre ».

 

Rélisée par Abdoul Aziz Moussa

Niger Inter

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