«Je me rappelle, quand j’étais étudiante, ma motivation principale pour réussir est que je me disais : « je n’ai pas le droit à l’échec, j’ai une obligation de résultat : celle de réussir mes études», déclare Dr Zeinabou Abdou Assane

Le 13 mai est la  journée nationale dédiée à la femme nigérienne. C’est, sans conteste, une opportunité pour les femmes de passer en revue leurs acquis et défis à relever. A cette occasion, Niger Inter a interrogé Dr Zeinabou Abdou Assane sur certaines préoccupations de la femme notamment dans le domaine de l’éducation. A travers cet entretien, l’on découvre le profil de cette passionnée des études, son ‘’success story’’ et ses conseils aux jeunes filles. Comme message particulier à l’endroit de ses sœurs, elle nous a confié :  « Et à toutes les femmes nigériennes, j’aimerais leur dire que nous sommes capables de réussir et de continuer à nous battre pour réussir et occuper les places qui sont les nôtres afin de contribuer au bien-être de nos familles respectives ».

 

Présentez-vous à nos lecteurs et internautes.

Dr Zeinabou Abdou Assane : Je m’appelle Zeinabou Abdou Assane. Je suis née à Magaria (Zinder). Je suis mariée, mère de 3 enfants. J’ai grandi à Niamey où j’ai fait ma scolarité jusqu’au Bac. Je suis enseignante chercheure et Chef du Département de Droit Privé de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Abdou Moumouni. Je suis la Fondatrice de l’Institut  Privé d’Etudes Juridiques, Gestion des Ressources et des Projets (IEJA_GRP), un établissement d’Enseignement Supérieur Privé qui a ouvert ses portes en 2017 au quartier Koubia. Je suis aussi consultante et formatrice.

Niger Inter : Vous êtes Docteur en droit et enseignante chercheure à l’Université de Niamey. Comment avez-vous réussi à surmonter les difficultés des études supérieures pour les jeunes filles dans le contexte nigérien ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : A vrai dire, je n’ai pas véritablement rencontré de difficultés au cours de mes études supérieures. J’ai bénéficié d’un environnement  favorable qui m’a permise d’étudier dans des bonnes conditions. En effet mes parents sont tous deux des enseignants et ils ont donné  le meilleur d’eux-mêmes pour la réussite de leurs enfants. Etant petite, je me rappelle encore des paroles de mon père, qui n’arrêtait pas de nous dire que « seul le travail paie ». Il nous a toujours encouragé à donner le meilleur de nous-mêmes et il nous disait souvent que l’école est la clé de la réussite de la vie.

Niger Inter : Parlez-nous de votre cursus scolaire ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : J’ai fait mon primaire à l’Ecole Château 9, le collège au CEG 6, ensuite au Collège Soni Ali Ber et le lycée au Collège Mariama. Après mon Bac, j’ai étudié le Droit à l’Université Nationale du Bénin, devenue par la suite Université d’Abomey-Calavi où j’ai obtenu ma Maîtrise en Sciences Juridiques. Après ma Maîtrise, j’ai été stagiaire pendant 6 mois dans deux cabinets de Notaires avant d’effectuer mon service civique National au Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey. J’ai ensuite repris les études en m’inscrivant dans un Master Recherche en France à l’Université des Sciences Sociales – Toulouse 1. Après ce Master, j’ai continué en Thèse dans la même Université et obtenu un Doctorat Unique en Droit Privé et Sciences Criminelles.

Niger Inter : Quelle a été votre meilleure motivation pour la poursuite de vos études ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : Ma meilleure motivation était le contexte difficile de l’époque et d’aujourd’hui, pour les jeunes diplômés d’accéder après les études universitaires à un emploi. A l’époque, je rêvais d’être notaire. Mais il y avait énormément de problèmes pour accéder à des études notariales et face à cet état de fait, j’ai décidé de poursuivre mes études.

Niger Inter : Avez-vous choisi de faire carrière dans l’enseignement par vocation ou par contrainte ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : A vrai dire, après la thèse, je me voyais plutôt travailler dans des établissements ou Institutions  financiers ou bancaires comme  l’UEMOA ou la BCEAO, je précise au passage que durant mes recherches en thèse, j’ai effectué un stage de deux (2) mois à la BCEAO à Niamey et un autre stage de trois (3) mois à l’UEMOA à Ouagadougou. C’étaient des très belles expériences.

Niger Inter : En tant qu’enseignante justement quelles sont selon vous les contraintes des étudiantes nigériennes aujourd’hui ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : Quand je regarde un peu autour de moi, j’ai fait le constat, qu’il y a de moins en moins de jeunes filles ou femmes au niveau des différents cycles universitaires. Cela est dû peut être au fait que les jeunes filles abandonnent souvent les études pour se marier et même quand elles n’abandonnent pas, elles rencontrent souvent des difficultés dans leurs foyers qui les amène à abandonner. Ensuite, les jeunes étudiantes rencontrent aussi des difficultés financières qui les contraignent aussi à abandonner ou à ne pas s’adonner totalement à leurs études.

Niger Inter : Le 13 mai c’est la journée nationale de la femme nigérienne. Quelle est votre impression sur cette journée en tant que femme leader ?

 

Dr Zeinabou Abdou Assane : Pour moi, c’est une journée comme toutes les autres journées de l’année et j’aime dire à ce sujet que tous les jours, on devrait célébrer la femme parce que c’est la mère de la Nation. C’est l’occasion pour la femme nigérienne de s’exprimer sur les réalités qui sont les nôtres. On devrait à cette occasion organiser des rencontres et des cadres d’échanges pour nous entraider entre femmes et aider celles qui en ont le plus besoin. On devrait à cette occasion discuter des souffrances que vivent les femmes dans leur foyer mais aussi dans la société, se soutenir et trouver des solutions.

Niger Inter : On parle d’autonomisation de la femme. Comment à votre avis améliorer les conditions de la femme nigérienne notamment rurale ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : A mon avis, l’autonomisation de la femme passe par son indépendance économique et sociale. La femme doit pouvoir avoir une activité génératrice de revenus pour pouvoir subvenir à certains besoins. Cela lui permettra à coup sûr de se libérer du point de vue économique. Cela est valable aussi pour la femme rurale. Je pense aussi qu’à ce niveau la femme rurale doit être déchargée de certaines tâches ménagères quotidiennes. Aujourd’hui ce qui est aberrant dans notre pays, dans le monde rural être femme au foyer c’est une véritable gageure tant les tâches domestiques constituent des corvées intenables. Il faut dire qu’il urge de rattraper ce décalage criard de conditions de vie de la femme rurale qui n’arrange plus s’émanciper pour se prendre véritablement en charge.

Niger Inter : Quels sont les clefs de la réussite des études pour une étudiante selon vous ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : A mon avis la première condition pour la réussite des études pour une étudiante est la volonté de réussir ; la volonté de se réaliser et de ne pas échouer. Je me rappelle, quand j’étais étudiante, ma motivation principale pour réussir est que je me disais : « je n’ai pas le droit à l’échec, j’ai une obligation de résultat : celle de réussir mes études ; je me disais aussi que mes parents ont investi énormément dans mon éducation, je dois leur donner satisfaction par ma réussite ». Il faut donc une bonne dose de volonté pour réussir ses études mais aussi n’importe quel projet. A côté de la volonté, il faut aussi avoir un environnement familial propice aux études et bénéficier enfin d’un accompagnement des pouvoirs publics.

Niger Inter : Comment selon vous les universités publiques du Niger pourront-elles contribuer véritablement au développement du pays ?

 Dr Zeinabou Abdou Assane : Je pense que les Universités publiques contribuent déjà au développement de notre pays. Elles forment les cadres de l’administration de l’Etat mais aussi des sociétés privées. Pour qu’elles puissent mieux y contribuer, il faut créer des projets collaboratifs et participatifs et les mener à terme. Il faut aussi organiser plus d’activités et de rencontres scientifiques au sein des Instituts et Centres d’Etudes et de Recherche de nos Universités.

Niger Inter : Quelles sont les femmes leaders du Niger ou d’ailleurs qui constituent des modèles pour vous ?

 Dr Zeinabou Abdou Assane : Les femmes leaders qui m’ont beaucoup inspirées sont Ségolène Royale et Christine Toubira pour leurs déterminations, leurs courages, leurs francs-parler et aussi pour avoir réussi toutes les deux à être candidates en France aux hautes fonctions de l’Etat. Mariama Alhassane m’a aussi beaucoup inspirée pour ses prises de positions, son franc-parler et sa détermination.

Niger Inter : Aujourd’hui dans notre pays il est question du maintien de la jeune fille à l’école pour sa scolarisation. Quelle est votre opinion sur ce défi au Niger?

Dr Zeinabou Abdou Assane : Je pense que c’est une bonne chose car non seulement cela va permettre de limiter le mariage d’enfant ou précoce ou même forcé. Ensuite cela permettra à la jeune fille d’avoir une chance de poursuivre plus tard des études supérieures en vue de s’investir et de contribuer au développement de notre pays. Le constat qui est fait aujourd’hui, est qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui occupent de poste de responsabilité ou des postes stratégiques. Cela est dû sans nul doute au fait qu’il y a moins de diplômées femmes dans les différents secteurs de la vie. Le constat que j’ai fait aussi à l’Université, est que plus les étudiants avancent dans les niveaux supérieurs et moins, il y a de jeunes filles ou de femmes. Pendant des années, je me suis posée des questions sur cette situation et j’ai commencé à en discuter avec mes étudiantes. Les réponses qui revenaient souvent sont : dans notre société, la jeune fille est obligée de se marier ou encore lorsqu’elle est mariée, elle doit s’occuper de son mari et des enfants et donc d’abandonner ses études. Je ne pense pas que le mariage doit amener la jeune fille à abandonner ses études, au contraire elle doit poursuivre ses études pour pouvoir apporter plus tard sa contribution au bien être familial.

Niger Inter : Quel est votre dernier mot ?

Dr Zeinabou Abdou Assane : Je voudrais dire à toutes les jeunes filles étudiantes de ne pas abandonner leurs études universitaires, de persévérer et de donner le meilleur d’elles-mêmes. Et à toutes les femmes nigériennes, j’aimerais leur dire que nous sommes capables de réussir et de continuer à nous battre pour réussir et occuper les places qui sont les nôtres afin de contribuer au bien être de nos familles respectives.

 

Interview réalisée par Elh. Mahamadou Souleymane

 

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