Hier, 14 novembre 2019, l’annonce du retour de  Hama Amadou a surpris tout le monde. A la différence de son retour d’exil 2.0 en 2015, l’atterrissage du  leader de Lumana FA fut plutôt sobre et pondéré. Les éléments de langage au niveau de ses lieutenants comme des activistes des réseaux sociaux Lumana l’étaient  également. Les militants du parti au cheval ailé ont fait profil bas à la demande de Hama Amadou, apprend-on.

 A défaut d’avoir une communication officielle, chacun va de son commentaire sur les raisons de ce come-back. Jusqu’à tard dans la nuit, ils sont nombreux de la diaspora ou de l’intérieur du pays à vous demander si le retour de Hama Amadou est avéré malgré d’abondantes images qui ont fusé sur les réseaux sociaux. La seule raison avancée, sur le tard, côté Hama Amadou : il est venu faire le deuil de sa défunte mère. Mais selon le factchecking de notre confrère Actuniger « auprès de sources proches du dossier et des négociations, le retour de l’opposant s’est fait sous conditions et avec des concessions des deux côtés.  Le premier ministre a d’ailleurs été averti de la date de ce retour, et selon les mêmes sources, Hama Amadou a sollicité et obtenu une sorte de « grâce » de 48H pour faire le deuil de sa maman. Après, il est convenu qu’il se présente à la justice pour purger le reste de sa peine d’un an, à laquelle il a été condamnée, dans l’affaire dite de « trafic de bébés».

Côté pouvoir, rien n’a filtré. Du moins officiellement. Il n’y aurait aucun deal, aucun accord, nous a confié une source. Contacté par nos soins, un député du PNDS avait ironisé en ces termes : « C’est lui qui a fui et c’est lui qui est revenu. Il va purger sa peine. Ce qu’il aurait dû faire depuis lors ».

Un effet du dialogue politique en cours ?

L’on est tenté de croire que ce retour de Hama Amadou serait subséquent au dialogue politique amorcé au Niger. Ladan Tchiana qui aurait joué un rôle ( ?) l’a presque avoué sur RFI. La suite conforte cette thèse à savoir le laisser aller ou l’indifférence de l’autorité. Si Hama Amadou est dans une posture dialogique, en tant que chef de file de l’Opposition, il n’y a rien à redire. C’est plutôt le Niger qui gagne si tous ses fils acceptent enfin de s’entendre pour avancer. Et surtout lorsqu’il affiche une attitude très républicaine en acceptant lui-même de se mettre désormais à la disposition de la justice nigérienne pour purger sa peine. L’on se souvient de sa demande de dialogue après le double Congrès de Lumana. A cette occasion, Hama Amadou avait insisté sur la bonne foi de sa requête.  Et les observateurs avertis savent qu’après que son affaire ait été vidée, il n’y a pas 36 solutions. C’est soit il poursuit son exil hexagonal, soit il rentre purger sa peine et faire face à son destin.

A bien comprendre les réactions des uns et autres, l’on peut dire que la majorité des Nigériens a favorablement accueilli la nouvelle du retour de Hama Amadou. D’aucuns voient par contre un deal qu’aurait concocté la classe politique au détriment du peuple. A notre humble avis, la paix n’a pas prix. Si le retour de Hama Amadou pourrait créer un déclic pour le déroulement normal de notre processus électoral, cela ne peut choquer personne. Ce serait proactif de sa part.

Quid du côté justice ?

Contacté par nos soins, une source judiciaire nous a expliqué que le fait d’accorder un délai pour un malheur qui arrive à un prisonnier est une pratique courante au niveau de la justice nigérienne même si l’exil de Hama Amadou constitue une circonstance aggravante. La même source nous a confirmé qu’il n’y a aucun doute qu’une fois les trois jours de deuil accordé à Hama Amadou épuisés, ce dernier étant sous mandat d’arrêt, il sera à la charge de la justice. C’est dire que lorsque Rfi annonce que Hama aurait interrompu son traitement médical pour venir observer le deuil de sa mère, il y a lieu de préciser que cela n’a été possible que grâce à une autorisation judiciaire.  La même source nous précise qu’il n’y a aucun deal qui puisse empêcher à Hama Amadou de purger sa peine du fait que tous les autres protagonistes dans la même affaire des bébés importés sont déjà passés par la case prison. Qui plus est, l’affaire Hama Amadou contre l’Etat du Niger  est définitivement vidée.

La leçon est bien apprise : il ne sert à rien de défier l’autorité de l’Etat. Le mot d’ordre de Hama Amadou à ses partisans est un signe de sagesse et de la volonté du vivre ensemble. Cela est salutaire. En facilitant ce retour, les autorités ont également fait montre du sens de l’Etat et de la répartie. Ce qui est de nature à civiliser les rapports entre pouvoir et opposition. Vivement pour un dialogue politique fécond au Niger.

EMS  

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