La loi sur la protection des consommateurs et déterminant les infractions et les sanctions en matière de commerce, nous fera perdre l’une de nos très mauvaises habitudes, celle de constater, sans défense, d’exorbitantes hausses de prix qui ne baisseront plus après les fêtes et les humeurs des prestataires de service. Dans ce pays où le social prédomine, les nigériens sont passés de vaillants combattants contre la cherté de la vie à la capitulation; il a suffi de leur répondre que la faute incombe à la libéralisation du commerce.

Mais pulvérisant la puissance de certains lobbys et usant du réalisme qui le caractérise, le gouvernement a enfin décidé de mettre un terme à ce calvaire. Dans le secteur du transport urbain, les municipalités n’ayant pas pu éradiquer les actes licencieux que subissent les citadins et la parfaite omerta qui y règne sur les prix de la course, elles ont désormais un instrument de base pour imposer les nobles objectifs à l’origine de l’adoption de cette loi. Toutefois, n’oublions pas qu’il y a loin, de la coupe aux lèvres; on peut donc se permettre de douter de son efficacité, en se référant aux cas vécus  dans les entreprises de téléphonie cellulaire qui, au mépris des conventions, s’en mettaient plein les poches sur le dos de leurs abonnés et de l’Etat, avant la petite amélioration exigée et obtenue par l’autorité de régulation.

Pour justifier leur forfait, les transporteurs urbains se lamentent de l’état défectueux des rues, des taxes exorbitantes, des distances entre les quartiers, des prix élevés des hydrocarbures à la pompe, arguments qu’on ne peut balayer du revers de la main. Ce qu’ils ne disent par contre à personne, c’est qu’aujourd’hui, les clients sont à tous les coins de rues, que la voirie dans nos chefs-lieux de régions s’est nettement améliorée et qu’ils ne se souviennent plus d’une augmentation du prix du carburant . Il est donc inconvenable qu’ils se couvrent de ces arguments pour restreindre davantage, le pouvoir et la volonté d’achat des plus pauvres, en bravant les principes ayant conduit à la fixation des tarifs de course en vigueur.

S’il est injuste que les autorités chargées de la mobilité urbaine n’aient pas favorablement répondu  aux exigences des propriétaires et des conducteurs de taxis et de faba-fabas, il est tout aussi injuste et sérieusement déplorable, qu’elles aient laissé faire, des années durant. Si tous ceux qui confectionnent des revendications, profitant d’un terrain favorable, peuvent allègrement inventer des subterfuges pour se satisfaire impunément, à travers des actes illégaux, qu’en serait-il à la longue, du respect de l’ordre et de l’autorité de l’Etat?

Le  serrement de la vis étant nécessaire là où la pression pousse les responsables à devenir borgnes et à se soumettre avec une flexibilité révoltante, il faut une rigoureuse correction de la situation actuelle. Les premières et les plus souples qui viennent à l’esprit, seraient un réexamen des textes règlementaires en vigueur et l’agrément dans la capitale, de taxis-compteurs ainsi que des taxis-motos ou des tricycles qui pullulent partout dans sous-région et dans nos régions, au grand bonheur des habitants. Les défenseurs des consommateurs, dont l’un des devoirs est d’aider à l’aménagement d’un pays où il fera bon vivre pour chacun selon ses moyens, ont un gros pain sur la planche. Ils qui ont vu leur noble combat annihilé à cause de l’inculture de certains de leurs membres des plus actifs et des revendications politiquement teintées.

La nouvelle loi endiguera-t-elle le chambardement présent et l’obsession des taximen à pigeonner leurs clients accrochés? Tout dépendra de la panoplie devant composer le dispositif règlementaire et des puissants syndicats des propriétaires et des conducteurs, abusent de certaines libertés collectives, bombent le torse et les muscles fermement opposés au statu quo de 200 francs la course. Ceux qui n’ont ni vélo, ni moto ni voiture sont accrochés à ce nouvel espoir-là.  

      Innocent Raphael D.

Niger Inter

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